La relève de l'électro arabe s’exporte

FB Sama_Ghislain Chantepie

Depuis quelques années, la scène électro française danse au rythme arabe. Des noms comme Acid Arab ou Omar Souleyman remplissent les boîtes de nuit. Mais de l’autre côté de la Méditerranée, une jeune génération émerge et redessine le genre. Playlist de ces DJ arabes qu’il faut absolument connaître.

 

Qu’ils viennent de Beyrouth, Ramallah, Alep, Tunis ou du Caire, de jeunes artistes bousculent les codes de l'électro et des musiques traditionnelles arabes pour faire danser les foules des deux côtés de la Méditerranée.

Le Libanais Hadi Zeidan mixe les sons et les cultures

D’Oum Kalthoum à Pink Floyd, Hadi Zeidan mixe les plus grandes voix arabes ou occidentales à sa douce électro. Ce franco-libanais a fondé la Beirut Electro Parade, un festival itinérant, et la plateforme Paris-Beyrouth-Damas qui promeuvent la scène alternative arabe, notamment en Europe. Entre chants traditionnels et sonorités modernes, il cherche également à mélanger les cultures pour créer une ambiance festive et dansante.

Venu de Syrie, Hello Psychaleppo : un son apocalyptique à Beyrouth

Il enflamme les nuits de Beyrouth avec un genre unique: l’électro-tarab. Samer Saem Eldahr de son vrai nom a fui la ville syrienne d'Alep pour Beyrouth. Il y développe alors un répertoire qui fusionne des sons modernes avec le tarab, un concept clé de la musique arabe que l’on pourrait traduire par une "grande extase" qui permet d’exhaler l’âme dans le tourbillon de la musique et de la danse. Hello Psychaleppo, passé par les Transmusicales de Rennes, partage sa nostalgie d’un pays brisé à travers un son psychédélique. L’un de ses meilleurs sons "Tarab Dub", issu de son dernier album Gol Lah, mixe la voix de la grande chanteuse égyptienne Oum Kalhtoum avec des sons trip-hop. D'autres comme "Badawiya Lovin" s'inspire de sons bédouins. 

Palestinienne installée à Paris : Sama, pionnière techno

Son nom signifie "ciel" en arabe. Avant, Sama était “Skywalker”. Cette DJ palestinienne ne cesse de faire parler d’elle. Récemment installée à Paris, elle est la première productrice techno palestinienne. A contre-courant de la mode “arabo-électronique”, elle produit de la techno et de la house très poussées et audacieuses. Formée à Londres en ingénierie du son, elle est aujourd’hui en résidence à la Cité internationale des Arts à Paris où elle travaille sur son prochain album, tout en se produisant en festival, comme récemment aux Transmusicales de Rennes.

Egyptienne installée à Beyrouth, Aya Metwalli : la psyché expérimentale

Installée à Beyrouth, cette chanteuse égyptienne de 29 ans a produit elle-même son premier EP Beitak en 2016. Depuis, elle conquiert peu à peu les clubs de la ville qui ne meurt pas. A partir d'une musique originellement acoustique, elle est passée à un son expérimental en incorporant des éléments électroniques. Sa voix suave tranche avec un instrumental à base de guitare électrique et de beats entêtants. De quoi créer un univers à la fois lyrique et abstrait, à la limite de l’effroi.

Venue de Tunisie : Deena Abdelwahed, l’iconoclaste

Elle casse les codes. Deena Abdelwahed propose une alternative à la culture tunisienne de clubbing très mainstream. Novateur, expérimental, saccadé, le son de la jeune tunisienne lui a permis de signer chez le français Infiné. De quoi booster sa carrière mais aussi ses élans créatifs. A travers son album Klabb ("Chiens") se révèle un désir de liberté au service d’une expression libérée et pointue. Et du Berghain (à Berlin) à la Villette Sonique (à Paris), Deena Abdelwahed prend place parmi les grands noms de l’électro. Avec cette génération d’avant-gardistes, le futur de la scène électro est assuré de l'autre côté de la Méditerranée.

Oumeïma Nechi