Fan de Disney, nous avons trouvé ton maître... ou presque !

Sébastien Roffat possède tous les CDs, ouvrages et DVDs Disney. Même son immense bibliothèque ne suffit pas à les contenir : certains sont sous son lit.

En janvier 2018, son site aura dix ans : on y trouve toutes les paroles des chansons Disney, de Blanche-Neige à Vaiana, qu'il a retranscrites... à l'oreille ! À 37 ans, ce professeur d'histoire a une priorité : transmettre et éduquer, au-delà de l'admiration qu'il voue au cinéma d'animation. Rencontre avec un fan lucide. 

 

"- Le mot "Mariage" ?

-Mulan ! Dans Honneur à tous ou Réflexion...

-Exact ! Et celle-ci : "N'oubliez pas, de me rappeler, de vous pulvériser après mon rendez-vous..."

-Euh... Hercule !"

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Impressionnant. 

Encore exact. Et il n'aura hésité qu'une demi-seconde. "Je ne suis pas très fort à ça", avoue-t-il pourtant. "J'ai fait des dîners avec des fans hardcore et eux, ils connaissent tous les doublages dans l'ordre... Tous les moindres mots des dialogues !", poursuit-il, modeste et fasciné. Sébastien Roffat a trouvé meilleur que lui à ce jeu. Pourtant, à force d'écouter les chansons Disney en boucle pour en écrire toutes les paroles sur son site - sobrement intitulé "Chansons Disney" -, il est un fan aguerri du genre.

En entrant chez lui, rien ne laisse transparaître sa passion : un sapin de Noël banal trône au coin du séjour, des parchemins de caractères chinois calligraphiés sont accrochés au mur. Pas de peluche Mickey ou de poster de Scar : il déteste les produits dérivés et n'en a aucun. Mais une musique, faible et enjouée, fait soudain tendre notre oreille. "Ah ça ! C'est la dernière B.O. que j'ai achetée : The Star, un film d'animation sur Noël fait par Sony", explique-t-il immédiatement. Car Sébastien Roffat ne se limite pas à Disney : c'est le cinéma d'animation entier qui le passionne.

Un exemple de musique d'ambiance chez Sébastien Roffat

Monomaniaque, mais pas fou

 

"J'écoute une B.O. par jour, au moins !", rit-il en indiquant une étagère remplie de CD : tous les disques des films Disney, par ordre de parution... Et même des produits connexes : comédies musicales, albums de reprises "We Love Disney" signées Elodie Frégé, Nolwenn Leroy ou encore Ben l'Oncle Soul... sans compter le Roi Lion en chinois ou Mulan en danois ! "Ça ne sert à rien, mais c'était d'occasion à 5€, alors... et puis la boîte est belle !", soutient-il en souriant. Et après un silence, la confession : "...oui, je suis un petit peu monomaniaque des paroles."

Sous cette apparence enfantine se cache un sérieux bosseur : Sébastien a réuni ses deux passions, l'histoire et le cinéma d'animation, dans sa thèse terminée en 2012 : "L'émergence d'une école française du dessin animé sous l'Occupation (1940-1944)". 1 300 pages, plus de 1000 articles de presse recopiés sur le sujet, 7 ans de travail... Et le Prix de la Chancellerie 2013 avec 10 000 euros de récompense. "Je ne savais même pas qu'il y avait de l'argent à la clé !", s'étonne-t-il à nouveau. Une belle reconnaissance pour le jeune professeur d'histoire de collège qui, à l'âge de ses élèves, était déjà fan. "Je soulais mes parents", rit-il. "Dès 5-6 ans, je découpais et répertoriais tous les articles de presse qui parlaient de Disney. Et à mes 14 ans, le Roi Lion est arrivé. Ça a été un déclic : j'ai acheté ma première B.O. Depuis, je ne m'arrête plus !"

 

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Le succès du Roi Lion en 1994 aura définitivement lancé Sébastien Roffat sur la voie Disney.

Un instant, le CD redémarre. Il faut changer la musique de fond. Et pourquoi pas le spectacle musical du Roi Lion en japonais ? "Je vais souvent voir les spectacles à l'étranger. J'ai vu le Roi Lion à Tokyo, je viens de voir Aladdin à Londres en septembre... Et en février je pars à New York, voir la Reine des Neiges !" Une tournée qui nourrit la soif d'exhaustivité du fan tout autant que ses colloques, ouvrages... et parfois même ses cours d'histoire.

Éducation et distance critique

 

Entre le chapitre sur les totalitarismes et celui sur la mondialisation, Sébastien Roffat s'autorise parfois un écart "cinéma d'animation sous l'Occupation", généreusement dispensé à ses élèves de 3ème d'un collège de Puteaux. Une façon de relier sa passion au métier qu'il exerce depuis 14 ans maintenant. Dans cette même volonté de transmettre, il a publié plusieurs livres : en 2005  sur la propagande dans le cinéma d'animation, puis en 2007 sur Disney et la France. Il a également ouvert une collection "Cinéma d'animation" chez son éditeur L'Harmattan, en 2009.

Sébastien Roffat a écrit 6 ouvrages. Les trois premiers ci-dessus portaient déjà sur le cinéma d'animation ou Disney.

Sébastien Roffat a écrit 6 ouvrages. Les trois premiers ci-dessus portaient déjà sur le cinéma d'animation, ou Disney.

Dans la même veine, Sébastien Roffat donne régulièrement des conférences sur des sujets insoupçonnés. Dernière en date : "Comment et pourquoi les intellectuels et le public français furent-ils divisés par Blanche-Neige et les sept nains en 1938 ?". Si si, Blanche-Neige divise. "La Nouvelle Revue française avait démonté le film, Cocteau l'avait qualifié d'"affreux"... Parce que soudain, Disney optait pour une esthétique réaliste. Alors que le surréalisme dominait toutes les années précédentes, c'est une vraie rupture", raconte-t-il sobrement, sans s'arrêter.

Ce début du XXè siècle fascine notre adepte, au vu de ses livres et de ses conférences. En revanche, sur la période récente, Sébastien Roffat se fait beaucoup plus critique : "Les années 2000 c'est une catastrophe pour Disney", lance-t-il. "Et même aujourd'hui il y a un manque d'audace atterrant. Revoyez la scène de transformation de la reine en sorcière dans Blanche-Neige :  impensable aujourd'hui d'avoir une scène aussi sombre !".

Pour lui, la production se normalise aujourd'hui pour mieux surfer sur une vague rentable : celle de la facilité. "J'aimerais que Disney me surprenne, un jour. Ce qui est casse-pieds avec eux, c'est cette volonté d'édulcorer : Le Bossu de Notre-Dame aurait pu se terminer comme le roman de Hugo, avec Esméralda qui meurt et Quasimodo aussi... Mais non, chez Disney il fallait que ça finisse bien... C'est comme si on prenait les enfants pour des cons." Parole de fan. Mickey sait ce qui lui reste à faire.

Raphaël Abd El Nour