Les films adaptés en série, un pari risqué ?

Le réalisateur du film Hippocrate, sorti en 2014, s'apprête à décliner son long-métrage en série médicale pour Canal Plus. Une pratique de plus en plus courante dans le milieu du cinéma. Retour sur quelques transferts marquants du grand écran au petit écran. 

La série est-elle en train de prendre le dessus sur le 7e art ? Avec l'avènement des plateformes de vidéos en ligne et le succès des franchises comme Game of Thrones, Breaking Bad ou encore House Of Cards, les long-métrages sont de plus en plus souvent adaptés pour la télévision, avec plus ou moins de réussite. Et contrairement à ce que l'on pourrait penser, la série ne s'inspire pas toujours des films acclamés par la critique.

Fargo

Le Fargo des frères Cohen, sorti en 1997, avait créé une ambiance unique, à la fois glaciale et pesante. La série du même non réussit le pari de perpétrer l'esprit du film vingt ans après sa sortie en renouvelant l'histoire de départ. En optant pour le format de l’anthologie, où chaque saison débute avec une nouvelle histoire, Fargo nous plonge dans le nord de l’Amérique rurale du Minnesota. Le même modèle est repris dans l'adaptation télévisée : un policier aux excellentes intuitions, des meurtres et des criminels aux personnalités fortes. Le tout sous une montagne de neige avec le même message qui apparaît au début de chaque épisode : «Ceci est une histoire vraie. Les évènements décrits eurent lieu au Minnesota en 2006. À la demande des survivants les noms ont été modifiés. Sans aucun respect pour les morts, le reste est raconté exactement comme cela s'est passé.»

Le travail scénaristique remarquable effectué par Noah Hawley, bourré de petits détails, s’appuie sur un humour noir présent tout au long des trois saisons. Parfois extrêmement violent, Fargo séduit par une photographie travaillée. Les paysages enneigés à perte de vue participent grandement à l'atmosphère de la série. L’intrigue, mise en place avec quelques clins d’œil à l’œuvre originale, bénéficie de la présence d’excellents acteurs. Avec notamment un Martin Freeman au sommet de son art dans la première saison, bien loin de son rôle dans le Hobbit qui lui collait à la peau. La troisième saison met à l'honneur un acteur connu du grand public pour son rôle de Remus Lupin dans Harry Potter : David Thewlis, récompensé par le prix d'interprétation du Festival de Cannes en 1993, est méconnaissable. Autant de rôles qui placent cette adaptation dans une autre dimension. Un bien bel hommage à l’œuvre des Frères Cohen.

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Mondwest devient Westworld 

Mondwest, c’est cet O.V.N.I cinématographique sorti en 1973 et réalisé par Michael Crichton. Un film qui n'a jamais réussi à marquer durablement le monde de la science fiction malgré un brillant concept : un parc d’attractions à thèmes où les visiteurs côtoient des robots à l'apparence humaine. Le tournage s'est d'ailleurs révélé être un cauchemar pour le réalisateur, qui a dû négocier avec la production pour le choix des acteurs et l'orientation du scénario. Michael Crichton a même été contraint de tourner la totalité du long-métrage en 30 jours avec un budget d'un (petit) million de dollars. Mais le film a mal vieilli et pâtit de la comparaison avec la série Westworld lancée en 2016 et qui reprend une partie de l'intrigue de Mondwest.

La série va bien plus loin que le film et complète une ébauche, limitée par la technologie et les effets spéciaux du temps de Mondwest. Elle repose sur des décors et costumes d'époque ultra réalistes. Ce qui manquait cruellement au film original. Westworld plonge le spectateur dans un western grandeur nature. Le questionnement psychologique sur la conscience des robots est au centre de la série. Doit-on les considérer comme l’égal des êtres humains? Une réflexion complexe se dessine au fil des épisodes, évoquant les avancées de la science et la place de l'homme dans les nouvelles technologies. Anthony Hopkins campe le créateur de génie et donne un peu plus de crédit à un univers parfaitement mis en scène durant les 9 épisodes. La saison 2, extrêmement attendue par les fans après un épisode final grandiose, sortira courant 2018.

Rush Hour

Tout n’est pas toujours rose dans le passage du film à la télévision. Preuve en est avec Rush Hour, la fameuse saga portée à l’écran par la doublette Jackie Chan et le fantasque Chris Tucker. Trois films à succès, qui ont vu le jour rentre entre 1998 et 2007, mettant en scène les aventures des deux flics Carter et Lee. Sur fond d’humour kitsch et déjanté, Rush Hour a su se faire une place de choix dans le genre action - comédie.

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Avec un tel duo emblématique, l’adaptation télévisée se devait de trouver des remplaçants à la hauteur. Le choix s’est porté sur deux inconnus : Jon Foo et Justin Hire. Le concept reste le même, un policier de Los Angeles s’associe à un autre d’Hong Kong, aux prises avec une bande de criminels notoires. Sans surprises, les deux compères se noient dans un océan d'inepties, bien loin de l'humour tapageur du film. Après 13 épisodes et des audiences en berne, la chaîne CBS décide tout simplement de mettre un terme à la série.

En 2018, un quatrième film de la franchise est en préparation avec bien évidemment Jackie Chan et Chris Tucker malgré l’échec cuisant du dernier épisode sorti il y a un peu plus de dix ans.

Buffy tueuse de vampires devient Buffy contre les vampires

Certains l’ont vite oublié mais avant de devenir une série à succès, Buffy contre les vampires c’était d’abord un film. La première apparition de la célèbre chasseuse de vampires sur grand écran s'est révélée être un fiasco. Le long-métrage Buffy tueuse de vampires n'est d'ailleurs jamais sorti sur les écrans français. Les dialogues dignes des plus grands nanards du cinéma, méritent au moins la peine d'être écoutés en VF.

L'échec commercial et critique du long-métrage n'a pas empêché le scénariste Joss Whedon de se lancer dans la réalisation d'une série peu de temps après. Il avait d'ailleurs fustigé l'attitude de la production pour avoir selon lui totalement interprété son script. Le titre change et devient Buffy contre les Vampires. Le succès est sans précédent. Sarah Michelle Gellar devient l'idole de tous les jeunes dans le rôle titre de Buffy.
Après 144 épisodes, la série s'arrête en 2003 et reste à ce jour la référence des productions mettant en scène des vampires juste avant l'arrivé de la trilogie Twilight.

L'Arme Fatale

L'Arme Fatale, c'est d'abord un film sorti en 1987, puis en 1989, puis en 1992 et enfin en 1998. Roger Murtaugh, flic à Los Angeles, vient tout juste de subir une crise cardiaque et se voit contraint de calmer son activité. C'est sans compter sur l'arrivée de son nouveau partenaire : Martin Riggs, ancien membre des forces spéciales et suicidaire sur les bords depuis la disparition de sa femme. Ils forment l'un des duos les plus emblématiques du cinéma, porté par Mel Gibson et Danny Glover à l'écran. Un cinquième épisode serait même en cours de production avec tous les acteurs originaux de l'Arme fatale.

Histoire d'user jusqu'au bout la licence, une série a été lancée en 2016 par Fox. On pouvait pourtant craindre le recyclage d'un film culte mais la série s'en sort avec les honneurs. Elle reprend la quasi totalité de l'intrigue du film, en proposant des scènes de cascades spectaculaires et un humour calqué sur les répliques de Mel Gibson et Danny Glover. Clayne Crawford joue le rôle de Martin Riggs et campe parfaitement le flic déjanté qui tranche avec le sérieux et le calme de son partenaire Roger Murtaugh.

Le scénariste des films, Shane Black, a longuement travaillé sur le nouveau script de la série et cela se ressent. Les fans de la saga sont comblés, peut-être un peu trop. Cependant, finie la célèbre réplique « Je suis trop vieux pour ces conneries », du pré-retraité Roger Murtaugh. Elle est remplacée par sa montre qui mesure son rythme cardio vasculaire et l'avertit dès que la tension monte, avec des bips. Au final, la série ne surprend pas et colle à l'histoire originale. Elle rappelle au bon souvenir d'une saga qui a traversé les âges.

La deuxième saison a même commencé en septembre dernier, boostée par de bons résultats.

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Thibault Marotte