Baxter Dury, plus british que jamais

Elégant comme un Parisien, Baxter Dury n’a pourtant jamais été aussi british. Le dandy vient de sortir son 5 album Prince of Tears, plus sombre et plus “anglais” que ses précédents. Rencontre avec un artiste sorti grandi d’une rupture amoureuse. Le concert de Baxter Dury au Trianon sera en direct sur Culturebox le 1er décembre puis en replay. 

Les yeux tirés, Baxter Dury arrive nonchalant. Les murs de l'hôtel parisien où il nous retrouve sont couverts de Unes du célèbre magazine de charme LUI. Il y jette un coup d’oeil, puis baisse les yeux. Visiblement fatigué en cette matinée de novembre, le Prince a séché ses larmes. Il semble même heureux. Et pour cause, à 45 ans, sa carrière ne s’est jamais aussi bien portée. “Ca fait deux mois que je n’arrête pas, je rêve d’une semaine de vacances à pêcher” blague-t-il. En pleine promotion, le dandy fait le tour des médias britanniques et français pour parler de son 5e album, Prince of Tears, qu’il a écrit après une rupture amoureuse. Va-t-il un jour chanter avec des choeurs en français, lui qui plaît tant aux frenchies? “Non, je suis un chanteur anglais, je ne chanterai jamais qu’en anglais”. Décidément.

The professional

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Enfin reconnu en Grande-Bretagne

"Prince of Tears a plus de succès en Grande-Bretagne que les précédents albums", affirme le chanteur avec le sourire. Il était même classé 30 dans les charts Itunes du Royaume-uni. Si sa gouaille à la Gainsbourg et son charme cockney avaient déjà conquis les Français dès son 3 album, Happy Soup, le chanteur était resté dans l’ombre de son père outre-Atlantique. Ian Dury y est une icône: l’auteur de Sex, Drugs and Rock’n’roll a marqué durablement des générations d’Anglais et l’histoire du rock.  

Le fils sort à présent de l’ombre de son père. “Je pense que c’est mon meilleur album mais surtout le plus anglais”, s’explique-t-il, “c’est plus littéral, plus sinistre, plus sarcastique peut-être aussi”. Et le chanteur a tout de british, de l’accent à l’humour: “l’album est meilleur, ça ne se discute pas, il est même meilleur que n’importe quel autre album au monde” lâche-t-il, sourire en coin, avant d’ajouter “bon, dans six mois je ne dirai probablement plus cela”.

Lors de l’écriture de l’album, il écoutait “du vieux jazz mais aussi beaucoup de groupes britanniques, notamment Madness.  Des influences que l’on sent tout au long des morceaux. "To be British" c'est aussi être “plus direct, aller à la confrontation, même si je chante quelques morceaux plus doux”, ajoute-t-il.

 

Un Baxter plus intime

En bon héritier, Baxter chante avec insolence des textes parfois vulgaires. Sur Miami ou Oi, il joue à la petite frappe, avec un soupçon de mauvaise foi et beaucoup d’auto-dérision. "Tu ne sais pas à quel point j'ai du succès (...) Et tu ne peux pas m'attraper, parce que t'es trop grosse, alors va te faire foutre!", lâche-t-il sur Miami, avant de se révéler plus doux, plus fragile sur Prince of tears.

Et tout son charme tient à ça: derrière son personnage, se révèle un chanteur très authentique, à fleur de peau. “Je suis plus descriptif, plus réaliste et mon personnage est le même tout au long de l'album même si mes chansons sont indépendantes les unes des autres”, confie-t-il.

Dans la chanson Oi, il raconte un souvenir où il se fait tabasser par un garçon à l’école. Une histoire qu'il a réellement vécue, "je m'inspire de plusieurs expériences similaires que j’ai eues, mais je parle surtout d’une personne que j’ai connue plus jeune, un mec très violent. C’était assez difficile cette époque-là” se remémore-t-il.

 

“L’effet magique de la musique”

L’engouement autour de cette nouvelle oeuvre tient aussi à la métamorphose du chanteur. Car si le succès lui sourit, l’artiste, incarnation du flegme britannique, reste très naturel. Avec cet album, il passe d’une musique plus douce et pop à quelque chose de plus brut, tout en créant un univers magique. “Je m'intéresse beaucoup à l’effet magique de la musique et de l’image. Pour Miami par exemple, j’ai été influencé par ces vieux films glauques et réalistes des années 60-70, très bien produits. J’aime la contradiction entre le thème et la très belle production”, explique-t-il.

Et cette magie tient beaucoup à l'esthétique des clips: la vidéo de Miami très colorée, semble tout droit sortie de l’ère disco. La magie est d’autant plus forte qu’elle joue sur le contraste entre la voix rauque et brute et la musique entraînante, aux accents pop et disco. C'est un Baxter Dury envoûtant que l'on retrouve. La rupture amoureuse a blessé l'homme, mais a magnifié l'artiste. 

Oumeïma Nechi

Le concert de Baxter Dury au Trianon sera en direct sur Culturebox le 1er décembre puis en replay