Elisabeth Vigée Le Brun, femme rebelle brossée en 5 tableaux

Autoportrait (1800)

Jusqu’au 11 janvier, le Grand Palais accueille 150 portraits d’Elisabeth Vigée Le Brun (1755-1842), femme artiste qui n’a pas hésité à balayer d’un coup de pinceau les conventions de son époque.

 

Autoportrait au chapeau de paille (1782)

Autoportrait au chapeau de paille (1782)

Elle exerce un métier d’homme

Sa palette bien en évidence, Elisabeth Vigée Le Brun regarde droit dans les yeux celui qui l’observe et esquisse un sourire ironique. Oui, elle travaille, ce qui est plutôt mal vu chez les femmes de son rang, oui, elle exerce le métier de peintre traditionnellement réservé aux hommes, mais en plus, elle l’assume puisque c’est en tant que telle qu’elle choisit de se valoriser sur cette toile en 1782. Très tôt, la petite Elisabeth s’est glissée dans l’atelier de son père le portraitiste Louis Vigée pour glaner quelques conseils donnés à ses élèves ou un morceau de pastel tombé par terre. Elle crayonne tout : ses cahiers d’écriture, les chutes de papiers de l’atelier, les murs du dortoir du couvent de la Trinité où ses parents la place à 5 ans… Elle a presque 7 ans quand son père repère son talent : « Tu seras peintre, mon enfant, ou jamais il n'en sera ». Quand il meurt cinq ans plus tard, elle fait de cette prophétie le défi de sa vie. Et elle deviendra la portraitiste la plus connue de son siècle.

La Reine en gaulle (1783)

La Reine en gaulle (1783)

Elle fait poser la Reine en « petite tenue »

Le succès ne se fait pas attendre et les commandes affluent dans la bourgeoisie, la noblesse et la cour. Elle deviendra, à 24 ans, la portraitiste attitrée de la Reine Marie-Antoinette. Une complicité s’installe entre ces deux femmes du même âge, au point qu’un jour Elisabeth Vigée Le Brun pousse l’audace à faire poser Marie-Antoinette en « gaulle », une simple robe de mousseline que les dames de la cour ne se permettaient de porter qu’à l’intérieur. Scandale ! Bien vite, le tableau est décroché du Salon de l’Exposition de 1783 et remplacé par un portrait dans une tenue plus conventionnelle. Mais il est trop tard. « La Reine en gaulle » a eu le temps de séduire et lance la mode d’un nouveau naturel qui fera fureur dans les années 1780. Et encore un point pour Madame Vigée Le Brun.

La Paix ramenant l‘Abondance (1783)

La Paix ramenant l‘Abondance (1783)

Elle force les portes de l’Académie royale de Peinture

Sa réputation est maintenant forgée et son avenir matériel assuré, mais cela ne lui suffit pas. Elle veut une reconnaissance officielle, et pas des moindres : celle de l’Académie royale de Peinture, où ne siègent que quatre femmes. Grâce au soutien de la Reine, elle y est admise en 1783. Pour réaliser son morceau de réception, elle rompt avec ses habitudes. Le portrait est un genre mineur, et elle veut prouver aux 70 Académiciens qui la tolèrent qu’elle mérite sa place parmi eux. Elle s’attaque donc au « grand genre » de la peinture d’histoire. C’est la chasse gardée des hommes qui sont seuls à pouvoir représenter le nu académique ? Peu lui importe. Elisabeth Vigée Le Brun contourne les règles et s’en tire en représentant une allégorie de « la Paix ramenant l’Abondance », dont elle découvre impertinemment le sein. Pardonnez-la, Messieurs.

Auoportrait (1790)

Autoportrait (1790)

Elle « brave » la Révolution

1789. Il ne fait pas bon être l’ami des rois, surtout quand on s’offre d’ostentatoires « soupers grecs » à 20 000 Francs, alors que le peuple mendie du pain dans la rue. Il n’en faut pas plus pour que les sans-culottes saccagent son hôtel particulier et tentent d’y mettre le feu. Déguisée en ouvrière, elle fuit Paris et gagne l’Italie, où l’Académie de Florence lui commande un autoportrait. Elle se représente peignant une toile, mais sur cette toile, elle ne dessine pas ses traits, mais ceux de « l’Autrichienne » qui déchaîne les passions à Paris. Petit pied de nez à ceux qui lui ont fait quitter son pays.

Portrait de Caroline Bonaparte et de sa fille Laetitia Joséphine (1807)

Portrait de Caroline Bonaparte et de sa fille Laetitia Joséphine (1807)

Elle offense les Bonaparte en public

Paris a bien changé quand Elisabeth Vigée Le Brun y revient en 1807. Ce sont les Bonaparte qui y font la loi. Napoléon lui commande d’ailleurs le portrait de sa sœur Caroline Murat. Cette enfant gâtée irrite l’artiste. Elle lui fait maintes fois recommencer ses peintures pour être représentée dans une tenue plus à la mode, arrive en retard aux séances de pose, quand elle ne les annule pas au dernier moment… Un jour, la portraitiste craque : «J’ai peint de véritables princesses qui ne m’ont jamais tourmentée et ne m’ont jamais fait attendre ! », lâche-t-elle en public à voix haute. Cet affront  affecte vite le nombre de ses commandes. Mais ça lui est bien égal. Avec son habituelle indépendance d’esprit, elle s’en va vers la Suisse.

Marie-Amélie Blin