Muriel Tramis devient la première femme conceptrice de jeux vidéo à être décorée de la Légion d'honneur

Par Culturebox @Culturebox
Mis à jour le 19/07/2018 à 10H58, publié le 18/07/2018 à 19H24
Muriel Tramis lors d'un entretien en 2017

Muriel Tramis lors d'un entretien en 2017

© Sébastien Genvo

Pionnière du jeu vidéo dans les années 80 et 90, Muriel Tramis devient la deuxième personnalité française du monde vidéoludique, et la première femme, à recevoir la plus haute distinction de l'Etat. Parcours de la pionnière derrière les jeux "Gobliiins", "Urban Runner" ou encore "Adibou"

Dans un monde du jeu vidéo qui a tendance à ne pas faire de cadeau aux femmes et aux minorités, elle fait figure d'ovni. Muriel Tramis, née en 1958 à la Martinique est la première femme conceptrice de jeux vidéo (ou "game designer) à être nommée Chevalier de la Légion d'honneur. Le couronnement d'un parcours aussi atypique que prestigieux, pour celle qui se destinait à une carrière en tant qu'ingénieure dans l'armement.

Son coup de foudre avec le milieu balbutiant du jeu vidéo a lieu à la faveur d'un stage en 1986, lors duquel elle rencontre le nouveau studio de jeu vidéo Coktel Vision. Elle accepte alors de développer le premier jeu inspiré de la culture antillaise, "Méwilo", avec l'aide du romancier martiniquais Patrick Chamoiseau. Le joueur y incarne un chercheur du paranormal, arrivant sur l'île de la Martinique en 1902 pour y enquêter sur une mystérieuse affaire de zombies.
L'entretien de Muriel Tramis avec le chercheur Sébastien Genvo sur la chaîne Youtube de ce dernier.

Pionnière du jeu d'aventure

Avec Coktel Vision, elle développe au cours des années 80 et 90 une demi-douzaine de jeux d'aventures et d'énigmes qui ont posé les jalons du jeu d'aventure en "point'n'click" à la française. On retrouve notamment "Freedom", où le joueur doit mener une révolte d'esclave dans la Martinique du XVIIIè siècle, et la série à succès "Gobliiins". Elle touche aussi à l'érotisme avec les jeux "Emmanuelle", "Geisha" ou encore "Fascination".

Même ceux et celles nés trop tard pour connaître les jeux de Muriel Tramis dans les années 80 sont, pour beaucoup, familiers des logiciels éducatifs de la gamme ADI, avec lesquels cette génération a grandi, notamment Adi et Adibou.

Le jeu éducatifs "Adibou 2" testé par le youtubeur Squeezie

Un prochain retour sur scène ?

Dans les années 90, elle se trouve à nouveau à l'avant-garde d'une nouvelle technique, la "full motion video" (ou FMV), qui consiste à utiliser de véritables images filmées dans un jeu dans l'espoir de le rendre plus réaliste. Les jeux tournent alors sur des disquettes, qui peuvent rarement contenir plus d'un ou deux mégaoctets (le même ordre de grandeur que le poids d'une seule photo prise avec un smartphone). Elle produit ainsi "Lost in Time" en 1993 et son dernier jeu "Urban Runner" en 1996. 

En début d'année 2018, elle annonce son retour dans le milieu du développement de jeu via son studio Sensastic Prod. Cependant, le financement participatif destiné au remake de "Méwilo" échoue en avril, ne réunissant que 9% des 50 000 euros demandés.
Le premier jeu vidéo Gobliiins (1991)