Théâtre. "Kvetch" de Steven Berkoff: l'art de contredire!

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/02/2016 à 15H11, publié le 01/02/2016 à 18H00

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Entre hypocrisie et universelle fragilité humaine. Entre compromis social et vérité intime. Sophie Lecarpentier, "éblouie par la crudité de la langue" de l'auteur voit dans cette pièce "comme un cheval sauvage, elle donne envie de la monter à cru".

"Kvetch" du dramaturge britannique Steven Berkoff est une comédie satirique écrite en 1986 sur la vie de juifs new-yorkais écartelés entre les mensonges, les codes de leur étouffant carcan bourgeois et les palpitations de leurs pulsions intimes. Dans cette envie d'en découdre, un déballage de petites et grandes haines, de frustrations et de fantasmes, de ruminations et de désirs inavoués.
 
Les " Kvetch " en yiddish sont ces vilaines pensées qui se terrent au fond du cerveau et qui ont vocation à y rester et le sous-titre de la pièce, "Les mots à l'arrière de nos têtes" dit l'intention de l'auteur. Ce qui va se dire est ce qui ne doit pas se dire dans une inversion de la convention sociale. Le parti pris de cette pièce est de le laisser s’exprimer tour à tour deux voix contradictoires et discordantes. Inviter à l’improviste un collègue de bureau à dîner devient alors une mise à rude épreuve de tous les convives.
Les personnages mis en scène dans un décor à cinq chaises laissé volontairement vide par Sophie Lecarpentier, sont des êtres intranquilles. Leurs vies d’époux, de gendre, d’ami ou de collègue de bureaux sont rongées par le doute et la peur. Le qu'en-dira-t-on. La vieillesse qui arrive. La solitude qui guette. La sensation, réelle ou supposée, d'avoir mauvaise haleine. Autant de fantasmes. Autant d'occasions d’angoisse et de peur existentielle qui hantent "la bonne société".
Kvetch photo 2 © Serge Périchon

Dans ce monde rabougri, la maîtresse de maison ressasse son grand désarroi. Le mari honteux de cette "salope qui n’a pas fait assez à manger " ou d'une belle mère âgée qui pète et rote les voudrait mortes. Et l'invité, séparé et désemparé, se sent sans grand intérêt d'autant qu'il lui est sans cesse demandé ce qu’il fait de ses soirées ? « Je reste enfermé chez moi et je pleure…J’appelle une pute… Je me branle devant la playmate de ma revue favorite… ». 
Kvetch photo 3 © Serge Périchon

Sur scène 4 comédiens et un violoniste talentueux qui alternent avec beaucoup d’engagement physique et d’agilité les "in" et les "off" de leurs personnages. Pour réussir cette gymnastique du double jeu des rôles, moteur de cette comédie, la metteure en scène a fait appel à une chorégraphe. Cette gymnastique enlevée, souple, acrobatique et violente renforce le comique de situations. Pour souligner les flips et les flops, les patatras, et… quelques bouffées d'espoir malgré tout, un impitoyable violon soliloque et appuie là où ça fait mal.
C'est universel, drôle, à effet cathartique. Une mise à mal banalement réconfortante pour qui se reconnaît et trouve dans cette proposition et son traitement une occasion de s’alléger de nos mille misères. Pour la metteure en scène, exploratrice de l'inconscient, il s'agit bien de "dédier ce spectacle à ceux qui refusent d'avoir peur".
Affiche Kvetch © Stéphane Trapier / Atalante Paris

"Kvetch" De Steven Berkoff
Adaptation Mise en scène Sophie Lecarpentier 
avec Stéphane Brel, Fabrice Cals, Bertrand Causse, Anne Cressent, Julien Saada
Théâtre du Rond Point  jusqu'au 28 février 2016 à 18h30
 
Steven Berkoff a aussi écrit "Décadence" mis en scène par Jorge Lavelli au Théâtre de Colline.


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