THEATRE. "C'est (un peu) compliqué d'être l'origine du monde", drôle de déprime

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 21/10/2015 à 16H59, publié le 21/10/2015 à 12H00
Chloé Olivères, Tiphaine Gentilleau

Chloé Olivères, Tiphaine Gentilleau

© GiovanniCittadiniCesi

Un spectacle de filles pour les filles? Les hommes rient presque autant face au désarroi d'une femme qui devient mère. L'humour n'empêche pas la pertinence du questionnement.

Ca commence par un test positif de grossesse désirée, et pourtant tout s'éffondre dans son entourage et dans sa tête.
Elle est actrice, sa metteuse en scène bobo-arty-raide remet en cause sa participation à sa création:
"- A ce stade, ça ne change rien...
- Ça change tout. Je te rappelle que tu joues une prostituée!  Je suis ravie pour toi, mais c'est compliqué."
La gynéco c'est pas mieux, elle prescrit une batterie d'analyses en tous genres et ouvre grand le parapluie en interdisant pratiquement tout:
"- Le tabac et l'alcool: on arrête, les sushis et la viande rouge: c'est fini, les légumes: on les lave au vinaigre, plus de voyages, et le sexe: terminé les positions acrobatiques."
Tout à l'avenant, comme si le monde se dressait contre son avenir féminin, elle même torturée de questions sur son futur statut de mère que la psychanalyste ne veut pas entendre.
Le pire est à venir et ce sera de plus en plus drôle. En tout cas drôlement dit. L'enfantement, paradis ou enfer? 

Tabou?
"C'est une sorte de pièce-manifeste, concède Claire Frétel, à la mise en scène, on a eu envie de ruer dans les brancards du "maternellement correct". Il ne s'agit pas de se venger mais de prendre la parole sur un sujet qui reste curieusement un peu tabou." La parole est crue, comme dans une autofiction, une autodérision. Mais de qui se vengeraient-elles? Des mecs? Non, même si les nouveaux pères ne prennent pas encore bien, voire toujours pas du tout, la mesure de la tempête que représente la maternité dans le corps, l'âme et l'emploi du temps d'une femme. Les filles en prennent aussi dans la tête et dans le ventre: jalousie, incompréhension, voire négation, apparemment il ne faudrait pas croire à ce que l'on pourrait imaginer être une complicité de genre. Astucieux effets de l'écriture et de la mise en scène : sur le plateau les deux comédiennes s'échangent les rôles: les gentilles, les méchantes, les indifférentes.
Thiphaine Gentilleau, Chloé Olivères

Thiphaine Gentilleau, Chloé Olivères

© Giovanni Cittadini Cesi
Un texte qui cite ici ou là quelques écrivaines, parfois pour les railler, qui ont écrit ou théorisé sur la maternité, Edwige Antier, Elisabeth Badinter (Bad inter). Et bien sûr Simone de Beauvoir (SDB, comme salle de bains). Le collectif de création s'appelle Les filles de Simone, on ne sait si cet ascendance est une chance ou un fardeau, sans doute les deux. L'héritage des manifestes féministes est parfois difficile à assumer, les discours se déclinent mal dans la sphère privée. Même dans le microcosme bobo, moqué au passage, sûrement encore moins dans les cités. 
Triste? Elles arrivent à en faire rire. L'humour et l'insolence n'enlèvent rien à la crudité du propos, ils invitent à y réfléchir. Les deux comédiennes sont idéales dans ces rôles de victimes-procureures, Tiphaine Gentilleau, glaçante, Chloé Olivères, au contraire pétillante, elle sait justement s'arrêter avant d'en faire trop.

https://videos.francetv.fr/video/NI_530406@Culture

C'est (un peu) compliqué d'être l'origine du monde  -  Création collective Les filles de Simone
texte: Tiphaine Gentilleau, mise en scène:  Claire Frétel - avec Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères
Paris - Théâtre du Rond-Point jusqu'au 31 octobre 2015

  • du 4 au 7 novembre Elancourt (78) - Le Prisme
  • 13 novembre - Plaisir (78) - Théâtre Eurydice
  • tournée 2016 en préparation.


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