Olivia Gay, photographe: mettre les femmes en lumière

Mis à jour le 30/10/2018 à 22H11, publié le 10/04/2018 à 12H00

Elle éclaire les femmes de l'ombre et s'interroge sur elle-même. Elle explique ici sa photo lumineuse d'une grand-mère palestinienne exilée dans un camp.

Sa mère avait une passion pour les actrices, elle les admirait, les regardant encore et encore dans leurs films qu'elle repassait infiniment sur son magnétoscope. Belle jeune fille, elle rêva d'être elle aussi sous la lumière des étoiles et voulut être mannequin. Longtemps elle conserva et compulsa les photos que l'on fit d'elle alors, elle les avait rassemblé dans un album qu'elle avait nommé "Le  livre noir"…
De cette ascendance peut-être compliquée, Olivia Gay est née photographe et photographe des femmes. Mais celles qu'elle fixe depuis toujours derrière son objectif n'ont rien à voir avec un glamour hollywoodien. Elles sont prostituées, ouvrières, prisonnières, domestiques, bonnes sœurs, exilées ou d'autres oubliées de la vie et de l'histoire. Avec une question qui la taraude: "Aurais-je pu être elles?"
La photographie serait-elle une forme de miroir?
Ce qui frappe quand on parcourt les portfolios d'Olivia Gay c'est bien cette exclusivité féminine, c'est aussi, aussitôt, sa façon de mettre ces femmes en lumière. Au sens figuré mais d'abord au sens propre. Elle utilise peu les projecteurs, c'est le jour qui les éclaire, même quand il est opacifié par les grillages d'une cellule de prison. C'est la lumière "naturelle" des ateliers et des lieux de travail. Et quand c'est la nuit des prostituées de La Havane ou de Rio de Janeiro, ce sont des ampoules blafardes qui illuminent les affreuses.

Iconique et sociale

Journaliste, ethnologue, anthropologue? qu'importe les étiquettes ses photos disent parce qu'elle montrent. "J'ai fait des images pour apprendre à parler…"
Il y avait donc une logique à ce qu'Olivia Gay aille rencontrer des femmes palestiniennes, tenter de comprendre, en tout cas de témoigner du drame de l'expulsion, de l'exil, du confinement dans des camps. Encore des prisonnières d'une histoire confisquée et c'est une grand-mère au regard résigné mais incandescent quelle choisit pour cette Photo parlée. L'enfermement d'Othmana dure depuis 70 ans, il rappelle celui de toutes les femmes qu'elle a photographiées. Conforme plastiquement aussi à l'ensemble de son travail:

Cette photo contient les éléments essentiels d’une "image" que je choisis de garder et de présenter: le regard, la lumière, le cadre, la composition. Toutes ces références à la peinture, au tableau, à une esthétique caractéristique des images que je cherche à faire: iconiques et sociales à la fois, à partir d’une réalité qui m’entoure, celle de mon temps.

Olivia Gay
On en convient volontiers.
 
→ Olivia Gay est née en 1973 à Boulogne-Billancourt.
Elle a étudié l’histoire de l’art à Bordeaux et la photographie à Boston, USA et diplômée de l’ENSP d’Arles.
Chargée de cours, histoire et techniques de la photographie, Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne 
Elle réalise les Jineteras, son premier travail photographique en immersion avec des jeunes prostituées cubaines en 1997. Ses travaux sont régulièrement exposés, à la Galerie du Château d’Eau à Toulouse (2017), à la Fondation MAST à Bologne (2015), ou encore au Centre Photographique Ile de France (2013, et ont fait l'objet de publications (Revue Le Salon, ESA Metz-Lorraine, Galerie du Château d’Eau, Pinacothèque de Sao Paulo). 
En 2010, elle est lauréate du Prix GD4 ART, Fondation MAST, à Bologne.
En 2018, elle est lauréate du Prix Joy HenderiksHSBC 2018 pour " Envisagées".
Elle anime régulièrement des ateliers en milieu carcéral.
 


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