Stephen Shames: Power to the people. Photo parlée

Mis à jour le 14/11/2018 à 13H00, publié le 14/11/2018 à 12H59

Photographe blanc originaire de Brooklyn, Stephen Shames fût, dès la fin des années 1960, le compagnon de route du Black Panthers Party et de ses leaders les plus charismatiques. Durant sept années, il milita à sa manière pour donner à voir la dignité du peuple noir et l'importance de la lutte du BP pour le droit à l'auto-défense.

C'est lors d'un énième rassemblement contre la guerre du Vietnam organisé à San Francisco que le photographe Stephen Shames, alors étudiant à l'Université de Berkeley, fait la rencontre de Huey Newton et Bobby Seal. Deux hommes alors parfaitement inconnus du grand public, mais que le monde entier découvrira six mois plus tard dans les médias comme les fondateurs du mouvement Black Panthers. Nous sommes à la fin des années 1960, et le combat pour les droits civiques s'apprête en effet à prendre un nouveau tournant. Sans s'opposer directement à Malcolm X et Martin Luther King, ces deux hommes jettent à cette époque les premières pierres d'une nouvelle approche du droit à l'autodétermination, qui ne sépare par la libération du peuple noir de l'émancipation générale de tous les opprimés. Organisée, hiérarchisée, à l’instar d’un gouvernement, la structure s’étend très vite et se diffuse largement sur tout le territoire américain.
Considérant Bobby Seal comme un "ami et mentor", Stephen Shames commence alors rapidement à fréquenter les rassemblements du mouvement révolutionnaire, qui le fascine tant pour la rigueur de son organisation que pour la profondeur de l'engagement de ses membres. Sept ans durant, il photographie et documente le mouvement, de sa naissance à sa mort, dans toutes ses tribulations. Il bénéfice d’un accès privilégié au monde des Black Panthers, jusqu’à devenir leur chroniqueur principal et le producteur d’une riche documentation photographique de toutes les facettes de leur action.
 

→ Stephen Shames est né en 1947 à Cambridge, dans le Massachusetts. Il fait ses études en Californie à l’université de Berkeley. Il est l’auteur de dix monographies réalisées lors de travaux au long cours s’étendant parfois sur des décennies: Outside the dream et Pursuing the dream ou Bronx Boys ont pour sujet les jeunes américains vivant dans la misère dans les quartiers difficiles des villes américaines, Transforming lives suit les enfants abandonnés de l’Ouganda. En 2016, il écrit avec l’ancien leader des Panthers Bobby Seale le livre Power to the people qui rassemble sept ans de travail sur le mouvement.
Se considérant comme un héritier de la Photo League - ce mouvement photographique de la Côte Est des Etats-Unis, qui dès les années quarante considère la photographie comme un engagement en faveur des déshérités - Stephen Shames s’est engagé tout au long de sa carrière aux côtés des enfants abandonnés et des plus démunis. Il s’est associé à de grandes fondations et associations caritatives pour réaliser ses travaux sur la pauvreté des enfants laissés pour compte du rêve américain. En 1986 il rend compte au Sénat de son expérience au contact de la pauvreté, particulièrement parmi les enfants et les minorités. En 1993, son livre Outside the dream est distribué à tous les membres du Congrès américain, aux gouverneurs des cinquante Etats, ainsi qu’aux directeurs des 500 plus grandes entreprises américaines dans l’espoir d’attirer l’attention sur la misère des populations vivant en marge de la société d’abondance américaine. En 2006, il fonde l’association L.E.A.D Uganda, qui vise à localiser les enfants perdus, orphelins ou exploités en Ouganda afin de les confier à des écoles et de leur permettre de suivre des cursus prestigieux.
Les photos de Stephen Shames sont exposées dans les collections de 30 musées, il a remporté de nombreux prix de photographie; en 2017 et 2018, une grande rétrospective de son travail sur les Black Panthers est présentée en France et au Japon. 


Expo: Power to the people – The Black Panthers
> jusqu'au 6 janvier 2019 à la Maison Folie Moulins, à Lille
Commissariat The Red Eye / François Cheval et Audrey Hoareau


Traduction de l'entretien: Claire Blanchaud
 

 

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