"Le Sillon" de Valérie Manteau, Prix Renaudot 2018. Lire avec "Des mots de minuit"

Mis à jour le 08/11/2018 à 20H42, publié le 07/11/2018 à 20H55

Un livre de la reconstruction hésitante et expatriée après celui de la sidération et de la peur ("Calme et tranquille" en 2016). Il y a l'amour et une coupe de l'histoire contemporaine de la Turquie et de son sultan moderne dans "Le Sillon". Une Turquie où fut assassiné en 2007 de trois balles dans la tête le journaliste et opposant d'origine arménienne Hrant Dink. Toute ressemblance avec Charlie

Valérie Manteau a eu besoin de quitter la France après l'attentat contre Charlie Hebdo dans lequel elle perd plusieurs amis. Un amoureux fantasque et motorisé d'Istanbul lui permet de quitter la macération et de se vacciner contre la peur déjà explorée dans Calme et tranquille. La Turquie, un ailleurs et un chemin de traverse pour refaire son monde et le monde à coup de raki. Personnellement, l'auteure explore des émois et des états d'âme à transir les amoureux. Pour le reste, dépassant les pages du journal intime, elle questionne un régime autoritaire où les opposants sont emprisonnés ou assassinés comme en 2007 le fut Hrant Dink, le créateur du premier journal bilingue turc-arménien Agos.    

Valérie Manteau - Lecture

Valérie Manteau - Lecture

La petite histoire éditoriale et folklorique des prix littéraires retiendra qu'en décernant son prix à Valérie Manteau pour Le Sillon (Le Tripode), qu’il ne retenait plus dans sa deuxième liste, le jury du Renaudot s'inscrit dans le sillon ouvert par l’attribution du prix Femina à Philippe Lançon pour Le Lambeau. Lançon qui s’est vu décerner par le même jury un "prix spécial".
Valérie Manteau et Philippe Lançon ont travaillé pour Charlie Hebdo. La liberté de presse est l'un de leurs sujets. 

"Le Sillon" Valérie Manteau Couverture

"«Je rêve de chats qui tombent des rambardes, d’adolescents aux yeux brillants qui surgissent au coin de la rue et tirent en pleine tête, de glissements de terrain emportant tout Cihangir dans le Bosphore, de ballerines funambules aux pieds cisaillés, je rêve que je marche sur les tuiles des toits d’Istanbul et qu’elles glissent et se décrochent. Mais toujours ta main me rattrape, juste au moment où je me réveille en plein vertige, les poings fermés, agrippée aux draps ; même si de plus en plus souvent au réveil tu n’es plus là.»
Récit d’une femme partie rejoindre son amant à Istanbul, Le Sillon est, après Calme et tranquille (Le Tripode, 2016), le deuxième roman  de Valérie Manteau."
© Le Tripode

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