Pierre Drachline tel qu'en lui-même : avant sa mort, il a signé un "Eloge de l'imposture" à paraître en septembre 2016

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 16/12/2015 à 10H05, publié le 08/12/2015 à 22H46

https://videos.francetv.fr/video/NI_576186@Culture

Fumer dans le collectif malgré l'interdit, se gausser des travers de l'humanité en général et du contemporain boboisé en particulier, tremper le stylo dans l'exigence formelle et la distance corrosive pour dire la faille des êtres et des vies. Drachline, comme écrivain et comme éditeur laisse des traces qui l'empêchent d' "en finir avec l’espèce humaine – Et les français en particulier".

Le titre exact de ce livre était "Pour en finir avec l’espèce humaine – Et les français  en particulier" . Du Drachline pur, dans une radicalité et des colères qui le faisaient désespérer parfois du genre humain. Parfois seulement. Sous la clope et la longueur du cheveu, la tendresse des fidèles en amitié et des embarqués sur la même galère... Paradoxalement, ce dernier dimanche de fracas politique lui a été épargné. Il aurait pu imaginer des seconds tomes au "Dictionnaire humoristique de A à Z",  au "Dictionnaire humoristique des Surréalistes et Dadaïstes"; une suite pour "Les Marx Brothers: pensées, maximes et anecdotes", ou, plus sûrement encore, pour "Le Grand Livre des méchancetés"
Mais cet as du pamphlet -complice de Raoul Vaneigem ou de Jean-Claude Pirotte- qui ciblait l'ultralibéralisme, "l'économie cannibale" et son avatar financier ou les hystéries de l'immédiateté médiatique et des pseudo-révolutions refusait de comprendre ces femmes et ces hommes toujours plus volontairement soumis à un ordre injuste. Pour sûr, l'émancipation et la liberté lui allaient mieux au teint, comme sa mauvaise foi bienvenue d'éditeur (Cherche-midi) engagé, remarquablement cultivé et influent ...

En 1999, alors critique littéraire au journal Le Monde, il était sur le plateau Desmotsde minuit pour parler du livre de Clotilde Escalle "Herbert jouit"

   
--------------------------------------

 
« Le hasard, en rien objectif, a voulu ensuite que je fréquente des hommes, fort différents les uns des autres qui, à des titres divers, ont été retenus derrière les barreaux plus longtemps qu’ils n’avaient vécu avant d’être incarcérés.
Je dissimulais ma gêne en me livrant à des pirouettes de mathématicien. J’additionnais la solitude et les humiliations pour mesurer l’amplitude de leur souffrance. Les chiffres me donnaient le tournis. Mes calculs ne menaient à rien.
Je les ai écoutés, lus parfois, sans jamais me hasarder à les interroger sur les ressorts intimes de leurs survie. De quel droit aurais-je poussé l’indécence jusqu’à prétendre comprendre leur vécu?

Il me semble déjà qu’à les évoquer je trahis leur confiance. Ils ne m’ont pas mandaté pour transmettre leurs paroles. Le scribe l’emporte souvent sur l’homme. »
"L'île aux sarcasmes",
Flammarion 2007.

                                               

---------------------------------------------------

Drachlin © TRiol

         

« Il faudrait leur donner à lire les articles d’Emile Pouget. Ce dernier invitait les prolétaires à pratiquer le sabotage, à rendre coup pour coup. Ses brûlots dans Le Père Peinard à la fin du XIXe siècle forment un précis de lutte des classes.Une telle lecture, aujourd’hui, ne servirait sans doute à rien. Les progrès de l’aliénation interdisent tout espoir. Un mouton, fût-il enragé, demeure un mammifère promis aux abattoirs. Rien de plus. De la viande." 

... / ...

"Tout connaît une accélération. La décomposition du petit milieu éditorial en est une illustration. naguère, pour prétendre signer un volume de souvenirs chez un éditeur, il fallait avoir une carrière accomplie ou, mieux, faisandée. Courtisanes, voyous, politiciens, artistes, sportifs faisaient de la figuration en librairie et connaissaient les faveurs des gogos lors  des salons.

Vendre un autographe, fût-il apposé sur la page de garde d’un volume, est une forme de prostitution paresseuse.
Quelques-uns de ces « auteurs » se vantaient de ne pas avoir lu leur « livre ». Cet aveu ne signait pas une forme d’honnête intellectuelle, mais leur détachement face à une péripétie commerciale.

Désormais, il n’est pas rare que des jeunes gens proposent leurs « Mémoires ». La télévision est devenue une fabrique d’idoles jetables. Starlettes de la télé-réalité, médaillés olympiques, victimes d’un fait divers, tout est à vendre sur le grand marché des glorioles. Et puis, évidemment, il y a les confessions à l’encre de bidet. Fi du libertinage! La parole est à la triperie. A la barbaque pas fraîche. La nouvelle bourgeoisie se délecte des turpitudes supposées des maîtres qu’elle a choisis pour être ses représentants dans la comédie des pouvoirs. »

« Pour en finir avec l’espèce humaine et les Français en particulier » 
cherche midi, 2013.



____________________________
Le 12 novembre 2015, sous sa responsabilité, paraissait "Toujours aussi cons! 300 dessins toujours d'actualité"  de Cabu, un recueil de caricatures extraites de publications antérieures. «Elles tournent en dérision le racisme, l'extrême droite, les religions, les fanatismes, les pollueurs, l'exclusion sociale, la mort, le terrorisme, la sexualité et les hommes politiques» souligne la présentation. La préface est de Riss. Pierre Drachline et Philippe Héraclès, directeur du cherche midi en signent la postface.
 

livres Drachline

© cherche midi


La mémoire desmotsdeminuit...


La page facebook de Des Mots de Minuit. Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.

@desmotsdeminuit