Les lectures d'Alexandra. "Le chagrin d’aimer" de Geneviève Brisac: en quête de mère

Mis à jour le 21/08/2018 à 16H02, publié le 14/08/2018 à 12H00

Après le bouleversant "Une année avec mon père", Geneviève Brisac consacre un roman à celle qui a tout d’un personnage de roman: sa mère. Portrait kaléidoscopique d’une femme aux identités multiples.

"Vous ne savez pas quelle chance vous avez d’avoir une telle mère. Elle est tellement drôle, tellement originale (…) La vieillesse elle ne saura jamais ce que c’est", assure une vendeuse à l’auteur de "Week-end de chasse à la mère". Comment faire en effet pour ne pas adorer cette femme aux identités multiples qui se fait appeler selon les jours Hélène ou Madame Michka alors que son vrai nom est Jacqueline et que l’auteur de ce livre choisit pour plus de commodité de nommer Mélini? Cette femme dont ses employées disaient qu’elle était "très intelligente, tout le monde est d’accord, mais compliquée. Exigeante. Difficile. Coléreuse même. Et terriblement compliquée. Trop intelligente, je dirais. Effrayante presque". N’oubliant qu’une chose: son irrésistible fantaisie.
Sacré personnage en effet que cette "Juliette Gréco qui ne se serait pas fait refaire le nez" qui ne se déplace jamais sans son paquet de Disque Bleu et affirme sans ciller qu’elle déteste les enfants surtout les bébés - "tous des cons" - les amies de sa fille, Simone de Beauvoir et les femmes en général. Qu’on ne s’y méprenne pas Mélini a des principes: elle ne fraie qu’avec les princes et les clochards, appelle tous les flics "mon lapin", porte des chaussettes à doigts et vole dans les magasins. Une femme excentrique, fantasque, inénarrable que Geneviève Brisac a pourtant choisi de raconter rappelant à l’envi que "on écrit pour comprendre ce que l’on ne comprend pas".
L’auteure de Petite est donc partie sur les traces de cette femme qui avait tous les talents sauf celui d’aimer son enfant. Cette femme qui prétend avoir oublié jusqu’au jour de sa naissance. "Tu n’as rien à voir avec tout cela qui s’appelle l’amour. Rien.", lui dira-t-elle. "Le chagrin d’aimer" aurait pu virer au règlement de compte mais l’amour l’a emporté. Point de sentimentalisme pour autant dans ce magnifique roman dont l’humour irrésistible n’est jamais que l’envers d’une tristesse inconsolée.
"Le chagrin d'aimer" couv.
162 pages
 
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