Les lectures d'Alexandra. "La Revenue"-Donatella Di Pietrantonio: l'adoption en question

Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 11/03/2018 à 13H29, publié le 11/03/2018 à 12H00

Troisième roman de l’italienne Donatella Di Pietrantonio et premier à être traduit en Français, "La revenue" récompensée en 2017 par le prestigieux Prix Campiello, retrace l’histoire d’un double abandon. Poignant.

La revenue c’est le surnom donné à cette jeune fille renvoyée du jour au lendemain dans sa famille d’origine, dont elle ignorait jusqu’à l’existence, par sa famille adoptive. L’histoire d’un double abandon au cœur de l’été. Nous sommes en août 1975 sur cette "terre lumineuse et souffrante des Abbruzes" dont l’auteur est originaire. Ce jour-là, la vie de celle qui n’était encore qu’ une enfant va irrémédiablement basculer. "J’étais orpheline de deux mères vivantes. L’une m’avait cédée son lait encore sur ma langue, l’autre m’avait rendue à l’âge de treize ans. J’étais fille de séparations, de liens de parenté faux ou tus, de distances. Je ne savais plus de qui j’étais issue. Au fond, je ne le sais toujours pas". 
Passé le choc de la révélation, la jeune fille va devoir s’habituer non seulement à une nouvelle famille mais aussi à un nouveau milieu. Quitter le confort d’une vie bourgeoise pour un nouveau foyer dans lequel elle va découvrir la violence et la pauvreté. Contrainte de partager sa chambre avec sa nouvelle sœur et ses quatre frères, la jeune fille passera ses nuits à relire son histoire à l’aune de maigres indices pour tenter de comprendre l’inacceptable: "Pourquoi?". Pourquoi ceux qu’elle croyait ses parents l’ont-ils rendue tel un vulgaire paquet? Pourquoi sa mère biologique, qu’elle ne parviendra jamais à appeler maman, l’a-t’ elle donnée? Pourquoi les deux familles ont-elles choisi de lui cacher la vérité? 

Roman des origines, La revenue retrace le parcours douloureux d’une jeune fille en quête d’elle-même. Au temps de la sidération succèdera celui de la colère, de la rage, puis de la honte. Honte de ne pas être comme les autres, honte des siens, honte d’avoir été abandonnée, comme si ce fardeau-là ne suffisait pas. Sans jamais précéder son héroïne, Donatella Di Pietrantonio va peu à peu éclairer les zones d’ombre de cette histoire complexe comme souvent le sont les histoires d’adoption. Il fallait un tact infini et une sensibilité à fleur de peau pour aborder un tel sujet. Une connaissance intime aussi. Sans doute.
« La revenue » couv.

Seuil - 240 pages


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