Les lectures d’Alexandra. "La fille qui brûle" de Claire Messud: ce que grandir veut dire

Mis à jour le 04/06/2018 à 10H14, publié le 03/06/2018 à 12H00

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Le cinquième roman de l’américaine Claire Messud brosse un tableau sombre et troublant de l’adolescence à l’ère des réseaux sociaux. Parents sensibles s’abstenir.

"Entre le printemps de l’année de cinquième et l’automne de troisième, il s’écoule beaucoup de temps. Il se produit beaucoup de choses. Certaines, comme un accident de la route ou un infarctus, vont très vite; d’autres beaucoup plus lentement, comme la désagrégation d’une amitié ou d’un couple (…) si bien qu’on ne s’aperçoit de rien, jusqu’à ce qu’une crise surgisse, et qu’alors il soit trop tard. " Le roman de Claire Messud commence justement à ce moment-là. Les jeux sont faits. Nul ne saura rien de ce qui s’est joué à Royston petite ville du Massachusetts avant d’avoir refermé ce livre aussi brûlant que son titre le laisse supposer. La fille qui brûle c’est Cassie, diminutif de Cassandra, prénom qui à lui seul résonne déjà comme une malédiction. Une jeune fille aux cheveux d’ange pourtant. Si blonds qu’ils en paraissent blancs. Si menue qu’elle ressemble à un oisillon. "Mais on aurait eu tort de prendre sa minceur et sa pâleur pour de la fragilité. Il suffisait de la regarder droit dans les yeux pour voir qu’elle était solide. Forte est sans doute un meilleur mot". Julia, la narratrice de ce roman, aussi brune que son amie est blonde, va tenter de comprendre pourquoi et à quel moment les choses ont dérapé.

Passage délicat

Cassie et Julia se connaissent depuis la maternelle. Elles s’imaginent amies à la vie à la mort mais l’adolescence va se charger de les séparer. Car tel est bien là l’unique et ambitieux sujet du cinquième roman de Claire Messud. Raconter ce qui se trame en chacun de nous dans ce passage si délicat de l’état d’enfant à celui d’adulte. La violence de cette mue. Les dérives qu’elle autorise. La lucidité dont elle s’accompagne. Rien de nouveau sous le soleil de 2018 si ce n’est les réseaux sociaux qui exacerbent le mal de vivre, la solitude, le sentiment de danger. Soudain "Le monde s’ouvre sous vos yeux; l’histoire se déploie derrière vous et l’avenir devant vous, et vous prenez conscience de la vie intérieure, sauvage et inconnaissable, de chaque personne autour de vous, conscience que chacun vit dans un monde muet aussi riche et étrange que le vôtre, et que vous n’avez aucun espoir de connaître quoi que ce soit à fond, pas même vous."
Trempant sa plume au cœur de nos peurs, de nos croyances et de nos fantasmes, Claire Messud signe un grand roman sur ce que signifie grandir aujourd’hui.
La fille qui brûle couv.

Gallimard - 256 pages
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(Illustration de l'article: © Catherine Hélie-Gallimard)
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