Laura Kasischke. "Eden Springs": l’ancêtre de Disneyworld. Les lectures d'Alexandra

Mis à jour le 03/10/2018 à 17H21, publié le 30/09/2018 à 12H00

Publié en 2010 aux Etats Unis, le dernier roman de Laura Kasischke s’inspire d’une histoire vraie. Celle d’un prédicateur au regard de velours qui promettait à ses adeptes la jeunesse éternelle. Nombreux sont ceux mais surtout celles à avoir succombé. Un sujet Kasischkien en diable.

"Un jour cet endroit sera le paradis. Dieu sera là, il marchera parmi nous, suivi de ses anges. Les portails seront sertis de diamants. Il n’y aura plus ni maladie ni vieillesse ni mort. Ceux qui ont la foi seront ici aussi. Nous y resterons pour l’éternité et nous vivrons ensemble dans la beauté et la paix ».
Voici ce que promettait le prédicateur Benjamin Purnell né en 1861 et qui eut très tôt la révélation de sa mission: créer un paradis sur terre. Il s’y emploiera dès 1903 en installant sa communauté à Benton Harbor dans le Michigan. Ses fidèles étaient nombreux. Venus des quatre coins des Etats-Unis. En 1908 on en recense plus d’un millier. "Le roi Ben" ainsi qu’on le surnommait exigeait de ses fidèles qu’ils ne se coupent pas les cheveux, ne mangent pas de viande, n’aient pas de rapports sexuels. Le mode de vie de la colonie était loin d’être sinistre pour autant comme l’attestait sa célèbre équipe de baseball. 
En 1908 le gourou dont chacun s’accordait à louer la douceur se mit en tête d’agrandir La maison de David, véritable ville dans la ville qui comptait déjà un zoo, un cinéma et une station d’essence. Il créa Eden Springs, parc d’attractions qui servira de modèle au moment de la construction de Disneyworld: "Si vous cherchez le Paradis sur Terre c’est à Eden Springs que vous le trouverez!" assurait alors une publicité.

Adolescence, sexe, mort

Tout semblait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes. Las le Roi Ben avait un penchant prononcé pour les jeunes filles. Qui le lui rendaient bien. "A ses yeux, nous étions comme des fruits. A nos yeux, il était comme Dieu. Il nous a dit que si nous avions foi en lui nous aurions la vie éternelle -pas juste de l’esprit mais du corps aussi. Quand viendrait la fin, nous retrouverions le corps de notre jeunesse, à l’identique. Svelte, sans tâche, parfumé". Elles seront nombreuses à succomber. Certaines tomberont enceintes de ses œuvres. Jusqu’au jour où l’une d’elles sera retrouvée enterrée dans le verger de la communauté.
Tel est le point de départ du dixième roman traduit en français de Laura Kasischke dont la route ne pouvait que croiser celle de l’étrange parc d’attraction aujourd’hui à l’abandon. Sujet rêvé en effet que ce Paradis avant la chute qui entre en résonnance avec les thèmes de prédilection de son œuvre: le Midwest, l’adolescence, le sexe, la mort. Tous les ingrédients sont là, réunis dans ces articles du New York Times que la romancière cite en exergue de chaque chapitre et auxquels elle donne un prolongement romanesque saisissant. Loin de prendre parti, Laura Kasischke met des mots d’une poésie infinie sur une affaire qui avait défrayé la chronique déployant ainsi toute son ambiguïté.
Fascinant.
Illustration du livre Eden spring
 
Page à Page - 184 pages

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