Nomad's Land, Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula #152: Ma cécité radieuse...

Mis à jour le 15/03/2018 à 08H51, publié le 14/03/2018 à 18H00
Nomad's 152 Couverture © Algérie-Monde.com

Après avoir "labeuré" deux semaines durant, il était temps que je sorte de ma conque algéroise. Nous sommes donc partis, par ce beau vendredi matin, à Tipaza – une ville du littoral, avec les échos d’un poème écrit en d’autres temps et en d’autres lieux.

Il y a une Tipaza moderne, où viennent se détendre les familles algéroises et les jeunes professionnels. Il y a une autre Tipaza, encore aux deux tiers enfouie, une ville romaine perchée sur la côte rocheuse. Il y eut des fouilles avant l’indépendance, pendant dix ans, mais depuis l’endroit est devenu un lieu de détente, puisque la ville antique dort sous une petite forêt d’arbres rabougris par le vent.
 
Les villes antiques – qu’elles aient été phéniciennes, puniques, berbères et romaines – m’attirent comme une lampe à huile capture un papillon de nuit. Je lis mon livre d’histoire au milieu de ce qui n'est souvent plus que tas de pierres – j’y retrouve, à l’insu des foules qui flânent, les rêveries qui accompagnaient les traductions latines du collège, des souvenirs du jeune Alix dont je lisais les albums à la bibliothèque de la ville où, enfants, nous passions les vacances, et puis aussi des scènes de "Rome", la série hyper-réaliste dont je vis deux ou trois saisons une année où je m’ennuyais seul en Afrique – et je battis là-dessus mes propres récits divagants.
Nomad's #152 1 © Casterman
J’ai retrouvé aussi, à Tipaza, le souvenir inventé de ruines où autrefois je traînais ma plume, des tas de pierre avec des fragments d’imaginaire pour des mondes qui ne furent jamais mais trahissent nos peurs contemporaines. Ou la nostalgie de cécités radieuses et inspirantes :
 
Dans la claire insouciance de ma mémoire
Au milieu de ruines Apoliniennes
Et de colonnes tendues vers un ciel radieux
S’élève de la flûte du Dieu Pan
Une sérénade enjouée
Mais ignorée des grillons.
 
Sur cette mélodie ravissante fugue
A pas furtifs
Notre raison
Et la fière Athéna,
Les yeux rongés d’amertume,
Vacille et bascule
Precipitée d’un bloc
Dans le flot iridescent qui,
Inlassable et chatoyant,
Vient s’épancher
En battements lents et langoureux
Mais sans pouvoir effacer, jamais,
Sur le rêve de sable blanc
Posé là comme une nappe de banquet,
Les marques pourpres et brutales
Du Minotaure,
Fulgurant cauchemar
Déboulé du dédale de l’oubli,
Là où s’est perdue
Sur une danse et sur un meurtre
Notre jeunesse innocente et impatiente.
 
Loin, si loin, du Parthénon où
Impassibles et si frêles
Dialoguent des silhouettes
Qui se rêvent encore
De ces cités radieuses dans une éternité d’azur
Mais ne sont plus qu’ombres portées
Sur des ruines silencieuses.
 
Hors la caverne où nous sommes blottis
Vibre, sous un soleil étourdissant
Un monde de marbre
Que dominent les furies.

Nomad's #152 2

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