Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula #132: Fils d’esclave! Perfide!

Mis à jour le 01/11/2017 à 18H11, publié le 01/11/2017 à 12H53
Attention : vous allez passer par le portail du Patrimoine Culturel Immatériel!
		En 2003, 137 États ont signé lors d'une conférence générale de l'Unesco la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui se manifeste dans les domaines suivants :
		    1.      les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ;
		    2.      les arts du spectacle ;
		    3.     les pratiques sociales, rituels et événements festifs ;
		    4.      les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ;
		    5.      les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

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En 2003, 137 États ont signé lors d'une conférence générale de l'Unesco la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, qui se manifeste dans les domaines suivants :
    1.      les traditions et expressions orales, y compris la langue comme vecteur du patrimoine culturel immatériel ;
    2.      les arts du spectacle ;
    3.     les pratiques sociales, rituels et événements festifs ;
    4.      les connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers ;
    5.      les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel.

Après avoir baguenaudé quelques semaines sur des chemins de traverse, Marco doit s’avouer vaincu: cette fois-ci, plus d’échappatoire, il va devoir pondre sa chronique. Il s’assoit? Il s’assied?…

Une semaine sur deux, le mardi soir devient le pire moment de la semaine: je m’assois face à mon ordinateur, et avant même de me lancer dans l’écriture me demande pourquoi je ne dirais pas plutôt "je m’assieds". Comment voulez-vous écrire dans des conditions pareilles? Il faut maintenant que j’aille traîner sur l’internet pour démêler ce nœud gordien (ici, je vous épargne ce qui me passe par la tête…). Ce qui apporte une autre possibilité: "je m’asseois". C’est bien pour ça que j’ai émigré dans le monde anglo-saxon il y a quelques décennies: pour ne plus avoir à résoudre ces problèmes ridicules. Tellement ridicules d’ailleurs que je ne trouve que des sites anglophones pour discuter de la question “est-ce que je m’asseois, m’assois, ou m’assieds?” En tout cas, ça m’assomme.
 
Donc, un mardi soir sur deux je quitte l’espace brumeux et sans doute pré-verbal dans lequel j’erre la plupart du temps pour me coltiner une séance d’écriture en "français" - j’y mets des guillemets comme l’on prend des pincettes. Tiens, peut-être est-ce que je devrais plutôt écrire une rubrique pour le New Yorker - que je soupçonne d’être la lecture favorite de Woody Allen. Mais, bon, pour le moment, c’est l’heure de ma francophobie.
 
Initialement, avant que je ne m’asseye, cherchant sur quel sujet je pourrais bien me torturer cette fois-ci, je pensais à cette position d’observateur d’entre deux monde que j’occupe, et qui me donne à voir des choses que je ne comprends pas vraiment, mais sur lesquelles je me retrouve à gamberger malgré tout, sans précaution. De par la familiarité que j’ai développée avec quelques collègues ivoiriens, et peut-être aussi de par mon aversion à me cloîtrer dans une position expatriée, je suis parfois le témoin de scènes ou de discussions dont il me manque pratiquement toutes les clés, mais que je collectionne comme les pièces d’un puzzle abandonné sur la place d’un vieux marché.
 
Or donc (ça recommence. Encore une expression que j’ai dû aller ausculter sur l’internet - à force d’exil je crois bien que le français m’est devenu une langue vaguement étrangère quoiqu’encore familière) - or donc, j’ai quelque fois pu observer certains collègues ivoiriens se traiter mutuellement d’esclave. Avec un grand sourire et une claque dans le dos. J’en ai parlé avec un ami passeur (quelqu’un qui, vivant dans au moins deux cultures, peut vous aider à faire sens, depuis votre petit monde, de ce qui se passe dans un autre monde). Il m’a demandé de quels groupes étaient les protagonistes, ce dont je ne me souvenais pas, mais il a avancé l’hypothèse que c’était peut-être un Senoufo parlant avec un Yacouba.
"Enfants au Niger"

"Enfants au Niger"

© Agence Anadolu
J’ai donc appris qu’entre certains groupes (ethniques, tribaux, claniques, ou autres) on pouvait se traiter de tous les noms - mieux, que l’on se devait d’affubler l’autre de toutes sortes d’épithètes désobligeants. C’est une manière de gérer les conflits, ont avancé quelques anthropologues. Ils appellent cette pratique “l’alliance de plaisanteries” ou “la parenté de plaisanteries” - et cela n’a rien à voir avec la blague belge, ou irlandaise, ou corse, ou…. vous n’irez pas raconter une blague belge à votre collègue belge, n’est ce pas? Ici, oui. Le Senoufo racontera une blague Yacouba à un Yacouba. Il la racontera peut-être même dans un enterrement Yacouba. Histoire de faire tomber la tension (interprétation d’anthropologue blanc, bien sûr).

- Je suis ton frère de plaisanterie, donc je te connais. Comme tous les Keïta, tu es un fanfaron irréaliste. Je n’ai pas traduit un traître mot de tes rodomontades.
- Fils d’esclave! Perfide! s’écria Djigui. (Entre frères de plaisanterie, il est coutumier de se traiter réciproquement d’esclave). Si tu n’étais pas un Soumaré...
- Un Soumaré authentique n’a cure des menaces d’un Keïta. Arrête de gesticuler; le blanc pourrait avoir des soupçons. Il croit que tu es heureux de l’arrivée des blancs..
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["Monnè, outrages et défis", roman de Ahmadou Kourouma - 1990]
De Funès et Bourvil dans Le Corniaud de Gérard Oury

De Funès et Bourvil dans Le Corniaud de Gérard Oury


 

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