La mémoire DMDM: André S. Labarthe (1931-2018): "Bien que j'aille pas beaucoup au cinéma ..."

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 06/03/2018 à 00H37, publié le 05/03/2018 à 22H57

« Le cinéma ne m’intéressait pas tellement pour les films ... Pour moi, le cinéma est d'abord lié à la clandestinité. Quand j’étais au collège, il fallait s’échapper. C’était à Sarlat en Dordogne. Il y avait une sorte de transgression dans ce plaisir..." disait le critique et cinéaste au chapeau et à la clope maïs, le surréaliste collectionneur de -mains et pieds- ses rognures d'ongles

André S. Labarthe : réalisateur, scénariste, documentariste, producteur, certes mais aussi collectionneur de corne en bocaux... Il y a dans cette anecdotique singularité de coupe-ongles dévoilée dans cette émission ("un truc que je comprends pas") la dimension fantasque d'un amateur d'art, d'un auteur de porno sous pseudo, d'un mangeur de la vie, d'un inventeur d'initiale - S.- pour éviter les confusions avec ses homonymes, d'un homme de cinéma qui aimait laisser la porte ouverte au hasard. Le cinéma : celui qu'il a fait ou fait faire, celui des réalisateurs qu'il a observé dans ses montages si personnels.
Il en avait parlé par écrit dans Les cahiers du cinéma où Bazin l'avait recruté au milieu des années 50. Il fallait qu'il aille les rencontrer avec une caméra outre Atlantique. Il fut bien reçu. On ne sait pas s'il portait son chapeau quand il a fréquenté chez eux, dans leur ranch ou leur plantation Walsh et Capra. Chez le réalisateur de "La chevauché fantastique", ce fut cocasse. Le film fut réalisé avec un John Ford sourd, borgne, taiseux qui ne voulait pas répondre à des questions baragouinées en anglais. De cette adversité naissait un style.
Et cela donne des documentaires brut de décoffrage, bout-à-bout d'images pas franchement léchées mais tellement inspirées, d'extraits longs comme des jours sans pain, de silences, de paroles sans image, ou de rushes. Comme je veux, comme je le sens, comme ça advient. Une manière de faire faire ou de faire son cinéma qu'il poursuivit avec Buñuel pour Cinéastes de notre tempscollection documentaire aux cent titres cosignée avec Janine Bazin, la femme d'André. Ils développent une idée : poser le regard d'un cinéaste sur un autre cinéaste : celui de Rivette sur Renoir, celui de Marker sur Tarkowski par exemple. De quoi bluffer le diffuseur télé qui oublie de faire pression. 

Les films, c'est ce qui m'aide à comprendre ce qu'est le cinéma !

André S. Labarthe. DMDM, 2006.
Cassavetes. Moretti. Cronenberg. Scorsese. Les Dardenne. Iosseliani... Toujours la même ligne, le même "champ d'expérimentation", même quand l'émission change de crémerie. Pas pédagogique pour un sou. Tout en respect du sujet filmé et de l'esprit de son cinéma. Pas forcément d'interview. Plutôt des paroles à la volée. On laisse venir. Pas de calibrage. Ce qui ne l'empêche pas quand l'aventure s'arrête de passer à autre chose.     
L'esthète Labarthe filme des peintres, des écrivains, des musiciens, des intellectuels, des chorégraphes (Tàpies. Sollers. Forsythe)
Presque une nouvelle nouvelle vague à lui tout seul dans ses façons de faire, acceptant peu la contrainte, se méfiant de la fiction, lui préférant le mélange des genres, aimant "les écritures en liberté" comme les associations libres mélangeant surréalisme, psychanalyse, cinéma, danse ou littérature.     
  • La mémoire DMDM André S. Labarthe © DMDM/France 2

    "L'objet qui le prolonge ..." Sa collection de bocaux (il fut grand amateur de boites) qui contiennent les rognures de ses ongles dans de petits papiers pliés sur lesquels sont indiqués le nom du lieu et la date du jour de coupe. Une "lubie" qui a duré "plusieurs dizaines d'années". Apparemment, une exclusivité DMDM. 

    Des mots de minuit. Extrait de l'émission n°256 du 13 décembre 2006. 
    Réalisation : Jean-François Gauthier
    Rédaction en chef : Rémy Roche
    Production : Thérèse Lombard et Philippe Lefait

    André S. Labarthe y était reçu avec y était reçu avec le metteur en scène et interprète Jean René Lemoine, le pianiste Franck Avitabile, le dessinateur et romancier Frédérick Pajak.

  •  

  •  La mémoire desmotsdeminuit
  •  
  • ► nous écrire, s'abonner à la newsletter: desmotsdeminuit@francetv.fr
  •  La page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.
  •  @desmotsdeminuit