Aharon Appelfeld (1932-2018) : "Je suis resté seul au monde... J'ai absorbé la voix et la douleur des victimes"

Mis à jour le 04/01/2018 à 20H19, publié le 04/01/2018 à 19H52

"Chaque être, à un moment donné de sa vie, sent qu'il est sur le point de tomber, que des forces arrivent pour le dévorer. L'humanité entière est concernée" ajoute dans cet entretien qu'il accorde à DMDM l'écrivain israélien qui restera l'un des puissants mémorialistes de la Shoah. L'exil a été la réalité de la vie de celui qui conclut ici: "J'ai de la chance, je n'ai pas absorbé le mal humain!"

Extrait de l'émission du 12 juin 2013. 
Réalisation : Anthony Mutti
Rédaction en chef : Rémy Roche
Production : Thérèse Lombard et Philippe Lefait

L'interview d'Aharon Appelfeld a été réalisée par Sophie Joubert et filmée par Paul Albertini alors que L'Olivier, son éditeur français de référence publie cette année-là "Les eaux tumultueuses"
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  • "Aharon Appelfeld est né en 1932 à Czernowitz en Bucovine. Ses parents, des juifs assimilés influents, parlaient l’allemand, le ruthène, le français et le roumain. Quand la guerre éclate, sa famille est envoyée dans un ghetto. En 1940 sa mère est tuée, son père et lui sont déportés et séparés. À l'automne 1942, Aharon Appelfeld s'évade du camp de Transnistrie. Il a dix ans. Il erre dans la forêt ukrainienne pendant trois ans, "seul, recueilli par les marginaux, les voleurs et les prostituées", se faisant passer pour un petit Ukrainien et se taisant pour ne pas se trahir. « Je n'avais plus de langue. »" © L'Olivier
Aharon Appelfeld Des mots de minuit  Janvier 2018 Mémoire

(Traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti)

"À la fin des années 30, la maison Zaltzer était devenue un lieu de villégiature idéal. Les habitués qui s’y retrouvaient chaque été, célibataires et juifs pour la plupart, venaient là avec un but précis : jouer aux cartes, boire et faire l’amour. Cet été-là, Rita est la première arrivée. Elle a hâte que les autres envahissent de nouveau la pension, pour lui faire oublier l’angoisse diffuse qui l’étreint. Mais ils se font attendre. Un orage éclate, le fleuve en crue se gonfle et déverse sa boue dans la cour de l’auberge. L’inquiétude monte elle aussi, se glisse dans les âmes, exalte les conversations.
Le monde vacille, et de ce tohu-bohu émergent quelques images – une synagogue abandonnée, un bar, un pont sur une rivière. Et, très loin, comme en rêve, le rivage de la Terre promise. Proche de Badenheim 1939, avec sa ville d’eaux étrange et ses signes prémonitoires, ce roman d’Aharon Appelfeld est de ceux qui annoncent la fin d’un monde, celui d’une Mitteleuropa encore ignorante du sort qui l’attend."
© Éditions de L'Olivier


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