Feuilleton photographique. Gérard S: l’étrange spectacle…

Mis à jour le 26/12/2017 à 10H17, publié le 25/12/2017 à 12H00
Gérard S illustration © Hervé Bacquer

"De New-York à Paris, en passant par bien d’autres lieux. J'ai découvert des gens, et des objets magiques qui, dans de minuscules éraflures, conservent les marques du temps. J'ai réalisé les portraits de ceux qui protègent ces empreintes de la disparition. Avec l'image de cette trace, j'ai préservé la mémoire de l’oubli." H. B.

Gérard S triptyque © Hervé Bacquer

Je l’appelais, mémé, simplement. J’avais 5 ou 6 ans, et je la voyais, toujours enfouie dans son fauteuil en osier, enveloppée dans ses coussins qui la bordaient. Elle était toujours vêtue d’une blouse noire, à petits points gris clairs, qui lui donnait un aspect un peu triste, et qui ajoutait aux années d’épreuves. Cependant, son doux visage était avenant, malgré une vision défaillante. Que faisait-elle toute la journée dans ce fauteuil près de la cuisinière à charbon de bois? Elle méditait en lançant de petits gémissements discrets. À certains moments elle sortait de la poche de sa blouse, une tabatière en argent, vieux souvenir de son grand-père. Ô richesse affective! Après avoir forcé l’ouverture de la petite boîte, elle prenait, délicatement une pincée de tabac fin, et elle le prisait, et je sentais bien qu’elle y prenait du plaisir. Quel étrange spectacle, pour le très jeune enfant que j’étais, et qui ne comprenait vraiment pas, ce qu’elle pouvait ressentir d’agréable.

Gérard S. – Caudéran (33) – novembre 2017
Gérard S objet © Hervé Bacquer
Gérard S autographe

 

© "Le Laboratoire de Lumière" - 2017

 Mémoire d'objets, la collection


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