Où reprendre pied à N'Djaména? Les carnets d'ailleurs de Marco & Paula, "Nomad's land" #175

Mis à jour le 03/10/2018 à 17H05, publié le 03/10/2018 à 17H00
Des chèvres, un piège à mouche et une colline artificielle 

Des chèvres, un piège à mouche et une colline artificielle 

© Paula

Paula cherche des lieux où se détendre car sans surprise, la mission s’avère avide de son énergie.

Ce dimanche, depuis une heure, la concession dans laquelle je réside est sans courant. Parce qu’il tourne depuis 24h, nous avons dû arrêter le générateur. Je me suis posée entre deux fenêtres pour ne pas me liquéfier et disparaître, absorbée par mon gros fauteuil en vrai-faux velours.
J’aurais pu aller voir ailleurs si l’air est plus frais. Je n’ai même pas pris la peine de regarder si la voiture était disponible; je ne voulais pas bouger. Depuis le week-end dernier, j’ai eu ma dose de découverte de la vie sociale made in N’Djaména.

Un cheval ...

Le samedi, en repérage sur les indications de Marco et confortée par des sites Internet peu diserts, j’étais passée voir si le ranch de Chagoua qui gère le golf, avait toujours des chevaux. Il y en avait deux que j’ai trouvés entravés, broutant une herbe jaunâtre, manifestement insuffisante. Le lendemain matin, j’ai donc pu me promener, accompagnée d’un jeune et de son petit frère, tous deux à pied, chargés de m’indiquer le chemin. En fait, il faut se déplacer en fonction des golfeurs, des lavandiers et des pêcheurs de cette zone du lac. Cette balade n’a clairement pas été un grand moment. Je me suis plus amusée ensuite à sortir mes brosses et à gratouiller mon cheval, surveillée par toute la famille qui s’est installée dans les écuries.

Et une carte de visite ...

Le golf, évidemment, est un bon endroit pour faire du réseautage. J’ai d’ailleurs retrouvé un collègue d’une vie nigériane antérieure et échangé mon téléphone avec le chef du protocole de la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture, des mines et de l’artisanat (un cinq en un révélateur d’une forte volonté de mutualiser les expertises, de la rareté des tchadiens experts en subtilités protocolaires ou du faible nombre de réelles entreprises). Ce monsieur m’a appelé quelques jours plus tard pour que je vienne séance tenante le retrouver dans un hôtel de la place, rencontrer des investisseurs en visite. Ou je n’ai pas été claire sur ce que mon ONG faisait ou son assemblée manquait de parité, j’ai décliné son invitation, j’avais d’autres chats à fouetter que des costards-cravates. D’ailleurs, je n’étais pas allée au golf pour distribuer ma carte de visite. Je voulais monter à cheval.
 
Puis, en début de semaine, je suis allée au cinéma, voir un improbable film Chercher la femme, film qui m’a bien fait rire, ce que j’ai pu faire très tranquillement vu que nous n’étions que trois spectateurs ce soir-là. Je reconnais que la présence des insectes dans cette salle en plein air est assez dissuasive; j’avais pour ma part, opté pour une tenue anti-moustiques intégrale. C’était à l’Institut français et je sais que je vais guetter leur programmation; dès que le climat sera devenu plus sec, il y aura moins de ces petits monstres vrombissants.
Nomad's #175 1 © Tripadvisor.com

Au bar ... 

Un autre soir, j’ai été boire un verre dans un bar. Un collègue partant en vacances m’a proposé de venir attendre avec lui l’heure du décollage. Comme l’aéroport est dans la ville, nous avons donc été dans un bar comme je ne les aime pas: une paillotte bruyante, pleine d’expatriés. Je comprends toutefois l’engouement du lieu pour ceux qui souhaitent le soir venu, oublier qu’ils sont à N’Djamena. Ils payent cher une bière qui, pour la marque locale, ne fait pas moins de 65cl, ils retrouvent les mêmes personnes, ils se racontent les mêmes histoires.

L’autruche de Farcha

L’autruche de Farcha

© Paula

De l'autruche ...

Et pour finir, je suis partie en exploration hier samedi pour trouver la ferme de Farcha du nom d’un quartier de N'Djaména. Au bout d’une piste redevenue praticable maintenant que les pluies sont de plus en plus espacées, nous sommes arrivés dans un espace étonnant. On y trouve des chevaux, une autruche, des oies, des grues couronnées, des vaches (croisement surprenant de montbéliardes et de vaches locales – imaginez une vache avec une tête familière et une bosse de zébu) et des chèvres. Des enclos vastes et propres avec des abris, des grattoirs pour les chèvres, des pièges à insectes, de la verdure, du calme et des fromages. Les propriétaires étaient absents mais devraient rentrer cette semaine. On me dit qu’ils sélectionnent leurs cavaliers. Je ne connais pas encore leurs critères mais je les pense plus axés sur la manière d’être – à cheval ou à pied - que sur le pouvoir d’achat.
 
J’ai besoin d’un tel lieu pour reprendre pied, ma mission est pleine d’imprévus et je dois pouvoir rester sereine. Par exemple, ce soir, entre 18h et 19h, j’ai dû m’occuper d’un accident de moto dont a été victime un membre de l’équipe et de l’autre main demander en urgence un rendez-vous à un avocat à la suite d’une convocation pour après-demain de l’inspection du travail de la ville de Sarh, à une journée de route d’ici.
 
C’est la vie au Tchad ...
 
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