En attendant Amman, Jordanie. "Nomad's land": Les Carnets d'ailleurs de Marco & Paula #159

Publié le 03/05/2018 à 07H49
Ancienne carte. Jordanie. 

Ancienne carte. Jordanie. 

Ça y est ! Paula est sur le départ.

Dans une banlieue quelconque l’autre jour, j’ai dû demander mon chemin à une jeune femme pour retrouver le siège d’une ONG pour laquelle j’ai pourtant plusieurs fois travaillé ces dernières années. Mais en quatre ans, les chantiers que je longeais alors en sortant de la station de RER ont été achevés et tous mes repères visuels se retrouvaient chamboulés. Après avoir activé quelques touches de son téléphone, elle m’a indiqué la voie à suivre, vaguement hilare. Je n’étais pas voilée comme elle mais, au regard de la technologie, je n’étais pas moderniste.
Alia al Farissi, peinture

Alia al Farissi, peinture

© onsbouge.unblog.fr
C’était il y a deux semaines, et je me rendais sans réelle conviction à un entretien avec le nouveau responsable des ressources humaines. Il souhaitait me rencontrer. Un mois auparavant, j’avais décliné sa proposition de chef de mission volante. L’idée de missions de quelques mois dans des contextes très différents ne m’avait pas déplu mais il aurait fallu être au siège entre deux escapades et cela, non merci! Pendant l’entretien, la Jordanie est sortie du chapeau. Un chef de mission vient d’ajourner son départ et l’ONG a besoin de le remplacer très vite pendant deux mois. J’ai besoin de travailler. Nous nous connaissons, forces et faiblesses comprises. Je serai cette intérimaire.
 
Les jours ont passé sans plus d’échanges, si ce n’est pour l’acceptation mutuelle du contrat. J’attends de connaître la date de départ. Pour partir, il me faudra au moins trois jours, le temps de voyager depuis la campagne rouennaise, de passer au garde-meuble prendre mes affaires d’été, de mettre à jour mes vaccins, de discuter plus avant des projets en Jordanie et d’accomplir deux ou trois autres petites choses.
 
Travailler en Jordanie me paraît moins dangereux que travailler au Sud Soudan, où une autre organisation me proposait aussi de partir en mission. Ça me paraît plus exotique aussi car je n’ai jamais voyagé au Moyen-Orient. J’imagine Amman comme Alger ou Tunis, la French touch en moins. Le reste du pays ne m’évoque rien; je sais seulement que les projets m’amèneront à la frontière syrienne, moins touristique que le site de Petra.
 
Avant de partir dans un nouveau pays, je ne me renseigne jamais de façon détaillée. Je préfère ne pas trop biaiser mes premières impressions. Comme pour les films et les livres, dont je ne lis jamais les critiques avant de les voir ou de les lire. J’actualise seulement les données de base de ma culture géopolitique pour éviter quelques possibles impairs. Après quelques temps dans le pays, j’approfondis mes connaissances sur les thématiques en lien avec les projets que je coordonne puis, si la durée du séjour le permet, sur des sujets plus éloignés. Avec une mission courte - une dizaine de semaines - je sais déjà que ma connaissance de la Jordanie restera in fine superficielle.
Un graffiti sur la façade d'un immeuble de la capitale jordanienne Amman, le 17 décembre 2017 

Un graffiti sur la façade d'un immeuble de la capitale jordanienne Amman, le 17 décembre 2017 

© AFP
En écrivant l’expression in fine, que j’utilise rarement il faut dire, je réalise qu’elle m’est dictée par le directeur des programmes de l’ONG pour laquelle je vais partir. Nous avons travaillé ensemble il y a dix-sept ans, pour une organisation qui n’existe plus, et il ponctuait déjà ses conversations avec in fine. Il a conservé ce tic de langage.
 
Nous nous sommes observés avec curiosité. A l’époque, je vivais une relation très conflictuelle avec la directrice de l’ONG et, lorsqu’il avait pris son poste, il était resté prudemment en marge de ce conflit aux racines complexes. Puis, j’avais fui le siège pour un poste de terrain. Nous avons effleuré le sujet, pour convenir implicitement in fine que les comportements d’hier ne sont plus nécessairement ceux d’aujourd’hui. Soit les personnalités ont changé, soit le contexte, soit…
Je referme soigneusement la discussion.
 
Hier soir, dans un lieu connecté où nous nous rendons chaque jour pour nous rappeler au monde, je découvre dans un message du jour que mon départ est souhaité avant la fin de la semaine. Le compte-à-rebours est déclenché. Plus question de regarder pousser les poireaux, je dois faire mes valises… et ça vraiment, je n’aime pas. Vivement que je sois à Amman!
 
Mais aujourd’hui, je peux garder encore un rythme tranquille par respect pour le 1er mai, puisque dans quelques jours, je travaille. Enfin.
 

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