Chroniques sudistes : Les carnets d'ailleurs de Marco & Paula, "Nomad's land" #171

Publié le 05/09/2018 à 14H08
"Peu importe d’où vous venez, nous sommes contents de vous avoir comme voisins..."
Dans notre Amérique, tous les gens sont égaux, l’amour est gagnant, la vie des Noirs nous importe, les immigrants et les réfugiés sont bienvenus, les handicapés sont respectés, le corps des femmes leu appartient, les gens et la planète ont plus de valeur que le profit, la diversité est célébrée.

"Peu importe d’où vous venez, nous sommes contents de vous avoir comme voisins..."
Dans notre Amérique, tous les gens sont égaux, l’amour est gagnant, la vie des Noirs nous importe, les immigrants et les réfugiés sont bienvenus, les handicapés sont respectés, le corps des femmes leu appartient, les gens et la planète ont plus de valeur que le profit, la diversité est célébrée.

© Paula

Marco et Paula ont passé leur mois d’août entre Washington DC et la Virginie. Pour Paula, les Américains semblent être devenus schizophrènes.

Lors de précédents séjours, j’ai remarqué que les Américains – au moins sur la côte Est - affichent volontiers leur idéologie à la façade de leur maison. Outre le sempiternel drapeau américain, j’ai souvent vu des plates-bandes piquetées de panneaux clamant le nom d’un candidat shérif ou député du goût des habitants.

 "Flicage participatif" ...

Consternée, j’ai aussi vu placardés sur des poteaux électriques, des rappels fréquents que le voisinage tient à l’œil tout contrevenant à l’ordre public. Je trouve la tonalité et le graphisme de ces panneaux sinistres bien que moins malveillants, à tout bien considérer, que la "Surveillance citoyenne participative" vue récemment dans un village en France. Pourtant, ils me paraissent finalement anodins après la lecture d’un article sur Le flicage participatif*, mis en place dans la ville de Newmark. Une simple inscription sur un site Internet donne accès aux images de soixante-deux caméras disséminées dans la ville. Encore mieux que la téléréalité, n’est-ce pas? les habitants doivent se faire des remakes de La soif du mal d’Orson Welles à l’infini. 
 
Bien plus gai et autrement plus accueillant, j’ai découvert ce mois-ci une autre forme de panneaux: des affirmations de bienvenue aux étrangers. Difficile de ne pas y voir un rejet de la politique "trumpènase", un besoin de clamer que l’Amérique n’est pas seulement celle de Trump.
Autocollants que reçoivent les progressistes dans leur courrier:
Combattre la haine, enseigner la tolérance, réclamer la justice.
Je suis pour la science.
Les familles doivent rester ensemble.

Autocollants que reçoivent les progressistes dans leur courrier: Combattre la haine, enseigner la tolérance, réclamer la justice. Je suis pour la science. Les familles doivent rester ensemble.

© Paula

Trump et le chat ...

Sur les voitures également fleurissent de nouveaux slogans autocollés bien plus ironiques que les classiques "croire en Jésus vous sauvera vous et votre famille" (sans plus de précisions, ce qui laisse le champ libre à un joli nombre d’interprétations). Ainsi, j’ai repéré une patte de chat dont le coussinet s’orne d’un magnifique "Mon chat est plus intelligent que le président". En fait, je découvre une forme d’activisme qui me permet de ne pas désespérer de ce pays. Les divers amis chez qui nous sommes, reçoivent de nombreuses sollicitations d’organisations bien décidées à lutter contre les errements "trumpèriens". Un autocollant joint permet d’afficher son soutien à la science mise à mal par les climatosceptiques, de prôner la tolérance ou de ne pas accepter les séparations familiales comme pratiquées, un temps, à la frontière mexicaine.

 
En fait, je trouve globalement nos amis traumatisés. Il n’est pas une rencontre qui ne se solde par une conversation écœurée sur les agissements du président américain. Les discussions me semblent parfois tourner en boucle sans doute parce qu’il me manque des connaissances de la politique américaine pour en apprécier les nuances.
Manifestants porte-drapeaux sudistes

Manifestants porte-drapeaux sudistes

© Paula
Je n’oublie pas néanmoins que ce foutu "Moule à gaufres" - j’ai relu quelques bandes-dessinées de Tintin cet été - a été élu démocratiquement, et qu’il représente donc les opinions d’une partie de la population, ou du moins la rassure. Je n’ai pas à chercher bien loin. Devant la mairie de Fredricksburg, la ville de Virginie où nous résidions, nous avons trouvé un après-midi quatre gaillards plantés sous un soleil brutal, chacun avec un drapeau sudiste à la main. Depuis le massacre de neuf personnes dans une église de Charleston en Caroline du Sud en 20, le drapeau confédéré est vu par une majorité d’Américains de tout bord, comme un signe ostentatoire de ségrégationnisme. En Virginie, ce drapeau ne peut plus être affiché sur les bâtiments publics; ces bougres semblent s’en émouvoir, assez mollement toutefois.
 
Je me fourvoie peut-être totalement – l’habit ne fait pas le moine, au temps de la guerre de sécession les sudistes étaient démocrates, et cætera et cætera - mais ils pourraient bien être trump-et-rien.
 
* Causette, n°91


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