"Un monstre à mille têtes" du mexicain Rodrigo Plá: quand l'insécurité sociale conduit au tribunal...

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 30/03/2016 à 12H05, publié le 06/10/2015 à 22H59

https://videos.francetv.fr/video/NI_526140@Culture

A la fin de la projection de "Un monstruo de mil cabezas", au fond de la salle, une spectatrice s'exclame : "Vive la Sécu!" Nous venons de suivre à l'écran la dérive asociale et violente de Sonia Bonet, une femme qui exclut, coûte que coûte, qu'une assurance puisse refuser de financer la gélule qui pourrait sauver son mari cancéreux.

Un monstre  à mille têtes
"Un monstruo de mil cabezas" (un monstre à mille têtes) commence avec la mort qui rôde dans un intérieur citadin et middle class et une rémission qui dépend d'un bon vouloir assurantiel et d'une société privée et profitable qui verse des primes aux médecins pour qu'ils refusent de valider tous les dossiers recevables.

Confrontée à cette adversité, une épouse bascule, avec son fils, dans une errance nocturne qui lui fait chercher les pions, médecins ou actionnaires, qui peuvent donner droit et menacer pour obtenir les bonnes signatures.

https://videos.francetv.fr/video/NI_666388@Culture


Plá installe dans ce film serré (75') un dispositif faits de retours en arrière, de commentaires off et de hors-champ qui multiplient les points de vue et installe l'ambivalence des témoignages. C'est cette multiplicité qui sert le point de vue du réalisateur. Un regard sur une société du désordre qui s'organise pour chasser l'intrus, ou fait abandonner ceux dont il serait impossible de s'occuper (cf infra les films précédents du réalisateur). Une société qui finit par étouffer celles et ceux qui sont à sa périphérie. Plá réussit à suggérer l'oppression sociale en multipliant les portraits. Il laisse au spectateur la possibilité d'entendre et de voir comment s'organise, dans une complexité de réactions et de situations, la mécanique arbitraire d'un destin que l'idéologie du marché a déjà largement bornée...  

Pour ce mot à mot, nous avions retrouvé Rodrigo Plá à Biarritz en octobre 2015.   
 

dmdm photo Rodrigo Pla © Benjamin Hoffman

Le film de Rodrigo Pla a obtenu le prix du jury du Festival de Biarritz en octobre 2015. 

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Deux autres film de Rodrigo Plá :

"La demora"
 (2012) (Prix d'interprétation féminine à Biarritz en 2012 pour Cécilia Baranda):
Une femme qui élève seule ses trois enfants en vient à abandonner son père malade sur une place publique.

Laura Santullo qui est la femme et la coscénariste de Rodrigo Pla dit de ce film : "Toutes les personnes ont leur raison de faire ce qu’elles font. Et il est très difficile, en dernière instance, de les juger. C’est en lisant un article qui donnait des chiffres impressionnants sur les cas d’abandon de personnes âgées que j’ai eu l’idée d’écrire cette histoire. Je m’étais alors demandé comment on pouvait arriver à de telles circonstances. Par ailleurs, en tant que créateurs, nous avons toujours refusé de juger nos personnages dans nos films. Les personnages qui se trompent sont extrêmement intéressants, surtout quand leur décision revêt une dimension morale"


"La zona" (2007) Scénario :
"Alejandro, un adolescent, vit dans la Zone, une cité résidentielle murée, un havre de richesses et de privilèges, située au centre de la ville de Mexico, protégée par un service de sécurité privé. Tout autour, c'est la pauvreté la plus choquante. Aux petites heures de son anniversaire, 3 enfants des bidonvilles alentours pénètrent à l'intérieur de l'enceinte, s'introduisent dans une des maisons de la Zone. Le vol qui s'ensuit tourne mal et une vieille femme est tuée, sa femme de ménage s'échappe et prévient les vigiles, qui agissent brutalement et tuent sur le coup 2 des 3 enfants. Le troisième – Miguel- s'enfuit, et s'enfonce plus loin dans la Zone. Un groupe de résidents se rassemblent dans la maison d'Alejandro et décident plutôt que de prévenir les autorités, de poursuivre eux-même l'intrus et rendre leur justice. La chasse à l'homme commence. Les résidents de la Zone – adultes et enfants – sont alors pris dans une frénésie ardente de violence en ébullition. Les insoumis sont d'abord soupçonnés, ensuite traités avec une hostilité non dissimulée".
 


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