Exposition du photographe malien Malick Sidibé à la Fondation Cartier. Les images de la joie, les portraits du bonheur.

Mis à jour le 06/11/2017 à 12H15, publié le 23/10/2017 à 16H35
La joie de la jeunesse malienne des années 60. de Malick Sidibé.

La joie de la jeunesse malienne des années 60. de Malick Sidibé.

© André Mangin

"Mali Twist", c’est plus de 260 photos, la plupart inédites, du grand portraitiste malien. Instants de fêtes, corps renversés par la danse, rires plein de vie, et l'insouciance du bonheur, mille vies simples à Bamako. Cette rétrospective jubilatoire honore Sidibé un an après sa disparition.

Le Mali est indépendant depuis deux ans. L’heure est encore à l’ivresse et à la découverte grisante de la liberté. Il faut imaginer un instant le photographe perché sur son VéloSolex dans les rues de Bamako en 1962, où allez-vous monsieur Sidibé, avec tous ces appareils photo sur votre dos, où allez-vous alors que la nuit vient de tomber? Je vais à une fête, forcément! aurait répondu Malick Sidibé (1936-2016).
Ses appareils photos étaient de toutes les soirées dans ces années de libération et de joie de la jeunesse malienne. Les fêtes ne pouvaient commencer tant que Malick n’était pas là. Tout le monde voulait se faire photographier. Le temps alors était à l’insouciance, aux rires, aux pattes d’eph. Dans les boîtes de nuit résonnaient le twist, le rock et bien sûr la musique cubaine, toutes ces danses qui se pratiquent en couple, une chorégraphie alors inédite à Bamako, un mouvement des corps accompagnant et donnant à voir une vraie révolution morale dans ce pays traditionaliste. Les clubs de Bamako s’appellent Le Saint-Germain-des-Prés, ou Les Beatles. Les soirées durent alors jusqu’à l’aube, et se prolongent sur les bords du fleuve Niger. La joie de vivre et la spontanéité, voilà ce que le grand Sidibé a su saisir. Dans les regards des personnes photographiées, il y a bien sûr la joie de vivre, mais aussi, au fond des yeux, une confiance visible du client dans celui qui lui tire le portrait. Sidibé, surnommé "l’œil de Bamako" est un photographe de la bienveillance. Dans son objectif n’importe quel passant  se transforme en fêtard.
Les nuits de Bamako 1962

Les nuits de Bamako 1962

© Malick Sidibé
C’est l’âge du bonheur pour le Mali, c’est l’âge d’or des portraitistes africains, et ses vedettes, Seydou Keïta, Youssouf Traoré et bien sûr Sidibé deviendront bientôt des stars de la photographie mondiale.
Les images de Sidibé de ces années-là sont aussi simples que puissantes. Des photos qui font du bien, à ceux qui les regardent, comme si Malick avait aussi le pouvoir d’un guérisseur.  
La fête durera jusqu’aux années 70. Au Mali, arrivera le temps gris du parti unique*, qui avec un pouvoir politique rigide et omniprésent se méfiera de sa jeunesse, et tentera de contrôler, à défaut de l’éteindre, sa joie de vivre. Sidibé se retira alors dans son minuscule studio, abandonnant les dance-floor brûlants, pour continuer son œuvre de portraitiste de proximité : une petite pièce, pas ou peu de recul, et le défilé des anonymes venus y laisser une trace de leur passage. La foule des anonymes semblait ne jamais cesser au Studio Sidibé. On venait se faire photographier avec sa bicyclette, ses enfants, ou avec son  nouveau costume. Sidibé savait arrêter le temps et en dire la beauté modeste et puissante de ses passagers.
Portrait, une mère et son fils.

Portrait, une mère et son fils.

© Malick Sidibé
L’exposition est organisée et dirigée par un excellent découvreur de talents africains, André Magnin, le commissaire de cette rétrospoective. C’est lui qui a fait découvrir cet artiste de la joie en Europe. C’était déjà lui en 1995, pour la première exposition en Europe de photos de Sidibé, et déjà à la Fondation Cartier.
C’est la première fois que l’on peut voir ces grands ensembles vintages extraits de la collection personnelle de l’artiste. Comme tous les trés bons photographes de la danse, Sidibé n’échappe au paradoxe de cette ambition : figer le mouvement d’un art, la danse, qui n’est que mouvement.
Je me souviens de ce que m’avait dit un jour le grand musicien espagnol Pedro Bacan :

La fête, c’est un moment où la vie change et devient définitivement autre!

C’est exactement ce que Sidibé a réussi à capter : le changement de la vie.
Pour décorer musicalement la salle de cette exposition du son du Bamako d'alors, c’est l’intellectuel écrivain et réalisateur Manta Diawara, qui a concocté une playlist incandescente qui sied parfaitement aux clichés festifs de Sidibé.
En sortant, pour que votre visage de bonheur ne s’oublie pas, les organisateurs ont même songé à installer un studio Sidibé, où vous pourrez vous faire tirer le portrait, que vous dansiez ou pas. 

* Le coup d’État militaire du 19 novembre 1968 porte au pouvoir un Comité militaire de libération nationale présidé par le lieutenant Moussa Traoré.

Malick Sidibé "Mali Twist" 
Fondation Cartier (Paris) - jusqu'au 25 février 2018

261 Boulevard Raspail, 75014 Paris

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