Hervé Hamon ("L'esprit de mai") et Alfredo Pita ("Ayacucho"): Un piéton de mai et la part sombre du Pérou. #562

Mis à jour le 30/10/2018 à 18H39, publié le 10/05/2018 à 19H35

De Cabu (assassiné le 7 janvier 2015) on peut retenir cette idée que 68 disait non à la consommation et qu'aujourdh'hui c'est dix fois pire. Du Nobel péruvien de littérature Vargas Llosa que "La méchanceté qui nous empoisonne est partout où il y a des êtres humains, et ses racines plongent profondément dans nos cœurs". Hervé Hamon et Alfredo Pita prolongent ici radicalement la réflexion.

Des mots de minuit, L'Émission #562 du 10 mai 2018

Réalisation: Pascal Stelletta 

Rédaction en chef: Rémy Roche
Montage: Delphin Akotto
Coordination: Marie-Odile Régnier
Direction: Philippe Lefait
© desmotsdeminuit.fr

Leurs mots de minuit sont "mur" pour Hervé Hamon et "Pérou  pour Alfredo Pita...

Un livre s'impose ces temps-ci comme une nécessité. "Le lambeau" de Philippe Lançon (autre victime de  l'attaque terroriste islamiste perpétrée contre le journal satirique Charlie Hebdo le 7 janvier 2015) est un don fait à la littérature et à la condition humaine. Pas moins. Pas plus. De ces livres à emporter dans les trousses de secours du quotidien et de la vie qui va comme elle peut ...
Y trouver ces lignes permet de faire écho aux deux invités de cette conversation: "On parle toujours du "peuple" en France; le "peuple", ils en sortaient . Je ne sais pas si on devient policier par hasard, mais la plupart avaient un sens de l'ordre et de leur mission. Ils n'étaient tendres ni pour les gouvernements, ni pour la hiérarchie, ni pour les "jeunes" que les journaux - dont l'un des miens - défendaient si volontiers ..." 
Le peuple! Les Quechuas au Pérou, les "piétons de mai" en France le constituent uniment.


CONVERSATION :

De mai 68, trouver quelques traces substantielles qu'un sens de l'anniversaire rend innombrables ...
Bibliothèque Mai 68

© PL
... et choisir dans les journaux ceci :      

Il y a une sensation que, aujourd'hui, je vois au fond de toutes les autres durant le mois de mai, celle de ne jamais rattraper ce qui arrive, du réel toujours en avance sur l'imagination -ou ce qu'on s'est interdit jusqu'ici d'imaginer: les lieux sacrés de la société, éducatifs, culturels, investis par tout le monde, l'arrêt progressif puis total du travail, l'égale valeur de la parole. Pour le dire autrement, l'imaginaire était devenu réel .

Annie Ernaux. Libération , 4 mai 2018. 
 ... ou dans les livres du moment cela :

Un vrai dialogue suppose un déplacement qui n'est jamais acquis une fois pour toutes ce n'est pas si simple de parler, de dépasser ce que j'ai appelé "les catégories, les cases et les cas" de parler entre étudiants, entre ouvriers, entre ouvriers et étudiants, entre cadres et ouvriers, et employés, français et immigrés, hommes et femmes, dirigeants et dirigés...

Leslie Kaplan. "Mai 68, le chaos peut-être chantier", P.O.L 2018

Nous avons choisi de prêter attention à la mémoire d'un "piéton de mai": Hervé Hamon est, à l'époque, un "jeune" étudiant breton issu du "peuple" et emporté par un mouvement que le politique et le syndical ne réussirent pas à endiguer et dont la société qui y a trouvé une gigantesque modernité a aujourd'hui largement phagocyté et métabolisé les aspirations ...   
L'Esprit de Mai 68 - Hamon

"Sur fond de polémiques grossières (« ils » sont tous devenus des nantis, « ils » ne voulaient que détruire, etc.), la société française ne parvient toujours pas, cinquante ans après, à étudier calmement mai 68. Nombre de politiques ou d’intellectuels nous garantissent que ce fut la perte de nos valeurs communes, de nos repères partagés. Au fond, ils ont tous eu peur, ceux de droite, ceux de gauche, tellement peur qu’ils courent encore.
Hervé Hamon est un témoin, un « piéton de Mai », mais aussi l’auteur, avec Patrick Rotman, de Génération, ouvrage qui fait référence sur la question. Avec le détachement de l’âge, avec humour, il s’efforce ici de mettre les choses en perspective. Cette grande insurrection, cette grande grève ne fut pas, dit-il, un début, mais une fin. La fin de la révolution conçue comme une guerre, la fin du communisme, la fin de l’ordre patriarcal.
Ce fut encore un mouvement créatif et drôle où l’on pouvait dire « je » au sein de la foule solidaire, où aucune question n’était interdite, où aucun débat n’était hors sujet.
Une société s’est alors mise à jour, de l’ouvrier au professeur, du médecin au paysan. Sans oublier l’essentiel : les femmes.
Mai 68, c’est du passé. Mais, soutient Hamon, du passé qui nous interroge en ce que la vraie révolution est celle de la société civile. Et ça, c’est toujours d’actualité". © Éditions de l'Observatoire.

dédicace Hervé Hamon



Alfredo Pita est né en 1948 au Pérou. Il vit à Paris. Sous la forme du roman, à l'instar du suédois Stieg Larson ("Millénium"), il a choisi de basculer du journalisme à la littérature pour mieux décrire et dénoncer la part sombre peu soucieuse de latitude de l'humanité ...   
"Ayacucho" Des mots de minuit #562
 "Dans l’air pur des montagnes d’Ayacucho règne une odeur de mort. Pourtant, quand Vicente Blanco, reporter espagnol, débarque dans la ville andine pour enquêter sur le Sentier lumineux, il ne voit rien. Les militaires paradent, l’archevêque Crispin joue au basket, les habitants se taisent, les “subversifs” se cachent. Pas de scènes tragiques, pas de barricades, pas de combats. Tout juste, parfois, quelques bruits de balles. Avec deux journalistes locaux qui deviennent vite des amis, Vicente découvre lentement l’horreur de cette guerre sourde et silencieuse, qui dans les campagnes alentour prend les populations en otage. À force de courage et d’investigations, ils ont la preuve que l’armée a trouvé une méthode pour faire disparaître les corps.
Mais la vérité peut s’avérer dangereuse, et les journalistes sont des cibles à abattre. Dans une prose visuelle et lyrique, avec un sens de la narration extraordinaire, Alfredo Pita raconte magistralement cette guerre sale, et rend un hommage vibrant à ses victimes, anonymes ou non. “Le” roman de la violence péruvienne des années 80 et 90". © Métailié
Dédicace Alfredo Pita Des mots de minuit #562


L'objet qui les prolonge ...

Des mots de minuit #562 l'objet Pita Hamon

 



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