Delphine Horvilleur et Gérard Mordillat en deux mots : rabbin et pourfendeur #554

Philippe Lefait
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 16/08/2018 à 20H37, publié le 16/11/2017 à 19H02

Quand il dit "il reste ce pire à dire", Mordillat dit tout ce qui le meut dans le cinéma ou la littérature, encore aujourd'hui quand le laissé-pour-compte grimpe sur la table de la prédation dans cette tour improbable du bout de notre rue. Que le festin change de camp! Virevolte va bien à Madame le rabbin mais femme rabbin Horvilleur. Infiniment, elle épuise la ronde des mots et de leur silence

L'une comme l'autre vont à l'os. Celui du sens du texte, inépuisable. Celui d'une fracture sociale qui n'en finit pas de produire ses effets partout et pour une immense majorité. Si le concept de premier de cordée n'était pas dangereux de ses potentiels dommages collatéraux, on leur laisserait bien une tête d'avance en matière de fouille sémantique ou de poing levé...   
Delphine Horvilleur donne l'impression d'avoir un sens inné de l'éxégèse quand aucun mot ne semble supporter chez elle de point final. Elle a fait des études de médecine, du journalisme - y compris chez France 2 - avant de recevoir à New-York en 2008 une ordination rabbinique - plus facile à obtenir pour une femme aux États-Unis. Membre du Mouvement juif libéral de Franceelle officie dans le quinzième arrondissement de Paris. En France, elles ne sont que trois à être ministres du culte juif. Petit chiffre mais grande signification pour une intellectuelle engagée qui défend une lecture toujours ouverte des textes sacrés et monothéistes et qui s'interroge aujourd'hui avec l'islamologue et historien Rachid Benzine sur leur verrouillage idéologique et patriarcal. Elle a magistralement demonté dans "En tenue d'Ève" ce que recouvrait la conception d'une impureté du corps féminin.      
Mille et une façon juif musulman Horvilleur DMDM #554
"Pourquoi ce livre ?

Intervenant l'une et l'autre sur la scène intellectuelle et médiatique française et sur des thèmes assez semblables, il était inévitable que nous ayons envie de nous rencontrer et que nous y parvenions un jour.
L’une est rabbin, l’autre est islamologue. L'une est femme et l'autre homme, et ce n'est pas une mince différence ! Juive ou musulman, nous le sommes chacun de manière singulière… Il y a mille et une façons d’être juif ou musulman !
Mais au-delà de nos différences, nous avons tous deux compris que la Bible et le Coran n’étaient pas étrangers l’un à l’autre. Et tous deux nous revendiquons la liberté de la recherche et de la parole religieuses : une liberté responsable, qui prend en charge les questions et affronte les conflits. Or, de nos jours, partout des fondamentalismes et des mouvements identitaires se prévalent de traditions anciennes qu'ils croient pouvoir faire remonter aux origines de leur foi.
Nous en sommes convaincus : être « héritier » ne consiste pas à mettre ce qui a été reçu dans un coffre fermé à clé, mais à le faire fructifier. Cela ne consiste pas à reproduire à l'identique ce qui a été reçu, mais à le renouveler.Nous espérons que notre parole libre et résolument fraternelle fera surgir beaucoup d'autres paroles libres et fraternelles!
D. H. et R. B.

Delphine Horvilleur est rabbin. Elle a publié En tenue d’Ève et Comment les rabbins font des enfants (Grasset, 2013 et 2015).
Rachid Benzine est islamologue. Il a publié Les Nouveaux Penseurs de l’islam (Albin Michel, 2004), Le Coran expliqué aux jeunes (Seuil, 2013) et Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? (Seuil, 2016, adapté au théâtre sous le titre Lettres à Nour).
Avec le concours de Jean-Louis Schlegel."
©Seuil

Il cite Mallarmé quand la musique et la poésie s'allument de feux réciproques. Chez lui, ce sont la littérature et le cinéma qui s'auto-entretiennent. Il peut aussi penser que ce sont les fous et les poètes qui s'en sortent. Il n'a pas tort. Il suffit de lire, de regarder, d'écouter ou de pencher -toujours- la tête sur nos prothèses numériques pour s'en rendre compte. Il fait partie de la bande récréative et radiophonique des papous dans la tête. Il sait faire rire. Une autre forme de vengeance et de combat contre les injustices. Et ça dure depuis un bail. Sa bibliographie et sa filmographie sont longues comme des jours sans pain. Ce qui tombe finalement assez bien quand, dans son dernier roman, il invite la misère du monde au grand festin que s'étaient réservés nos biens connus prédateurs, bonus inclus. Gérard Modillat a la constance de ceux qui un jour se sont engagés.      

La tour abolie Mordillat  DMDM #554
"Quand les pauvres n’auront plus rien à manger, ils mangeront les riches. »
La tour Magister : trente-huit étages au cœur du quartier de la Défense. Au sommet, l’état-major, gouverné par la logique du profit. Dans les sous-sols et les parkings, une population de misérables rendus fous par l’exclusion. Deux mondes qui s’ignorent, jusqu’au jour où les damnés décident de transgresser l’ordre social en gravissant les marches du paradis.
Avec la verve batailleuse qui a fait le succès de La Brigade du rire, Gérard Mordillat, l’auteur de Vive la sociale ! et de Les Vivants et les morts, livre une fable prodigieuse sur la société capitaliste et la révolte de ceux qu’elle exclut." ©Albin Michel


 nous écrire, s'abonner à la newsletter: desmotsdeminuit@francetv.fr


► La page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.

► @desmotsdeminuit