Cinéma. "Troppa grazia" de Gianni Zanasi, une femme soudain pleine de grâce

Mis à jour le 27/12/2018 à 23H39, publié le 25/12/2018 à 12H26

Le cinéaste italien réussit une jolie fable sur la prise de conscience dans un monde de corruption de tous ordres, portée par Alba Rohrwacher, une comédienne d'exception.

Elle est cash pourtant tout sauf sûre d'elle. Mais elle a du talent, celui d'une femme forte et fragile. Faut voir comme, d'entrée de film, Lucia vire un amant pourtant ancien mais qui la trompe.
Ne plus se tromper, ce serait désormais sa devise. Elle vit avec sa fille Rosa, grande ado peu bavarde au visage d'ange, née d'une vague histoire de jeunesse, oubliée depuis longtemps. Lucia approche la quarantaine, c'est peut-être ça qui l'inquiète aussi, l'heure des choix, raisonnables mais aussi raisonnés.

Visitations

Un petit boulot tranquille et confortable, elle est géomètre dans une ville moyenne italienne qui périclite. Une ancienne relation lui propose un bon plan: mettre à jour les cotes d'un immense terrain en pleine et jolie campagne que des promoteurs veulent remplacer par un gigantesque complexe commercial. Lucia comprend vite que le projet est non seulement affreux mais pourri de corruption. Mais bon, elle signe les plans, un peu coupable quand même. Car à plusieurs reprises, une déconcertante femme au voile bleu lui est apparue. L'étrange créature qu'elle est seule à voir prétend être la Vierge Marie et lui a intimé de plus en plus violemment l'ordre de substituer à la construction du centre commercial l'édification d'une… église. "Suis-je en train de devenir folle?" demande la visitée en larmes à un psy rencardé en urgence par une amie. Non, c'est le contraire suggérera cette jolie parabole très cinématographique: elle est en train de revenir à la raison.

Miracle païen

En dépit des apparences (et des apparitions), rien à voir avec une variation sur la religion, celle qui éloigne de l'âme. C'est le trouble de Lucia, elle à qui on a fait croire aux miracles quand elle était enfant, qui en a gardé une certaine vulnérabilité face à toutes formes de puissance avec qui il est recommandé de trouver des arrangements. Pourtant là, pour la première fois, ça coince.
L'apparition n'est pas la Madone, reste de catéchisme, c'est le double de Lucia, son ange, son âme, les freudiens diraient son surmoi. L'apparition est pourtant miraculeuse, elle va la mettre en ordre avec elle-même, contre les petits et grands compromis qu'elle avait fini par oublier dans la gangrène fortement contagieuse de la corruption.

Alba Rohrwacher

La fable porte, sa mise en image peine un peu dans sa seconde partie et un final moins convaincants quand on s'est enthousiasmé de l'imagination à l'œuvre dans l'exposition. Mais d'un bout à l'autre, on se régale du talent de son actrice principale, Alba Rohrwacher, tellement touchante. Elle fait rire autant que participer à son désarroi, jamais d'artifice de jeu, elle confirme à nouveau son statut de grande actrice du cinéma italien.


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