Cinéma. "People that are not me" de l'israélienne Hadas Ben Aroya: femme au bord de la crise de repères

Mis à jour le 24/10/2018 à 23H48, publié le 23/10/2018 à 12H02

Alizé épicurien ou vent de panique? Le film jalonne les inquiétudes d'une jeune femme moderne et révèle une formidable réalisatrice-actrice.

Soit Joy, 25 ans, beauté papillonnante, sérénité inquiète, naturellement charmante, volage et végétarienne, une jeune femme qui se trouve et se perd dans la nonchalance impatiente de la modernité de Tel Aviv. Si elle pleure, cœur vraiment brisé, de sa rupture avec Jonathan (dont elle s'avoue être responsable), c'est d'un sourire tranquille qu'elle habille son doux visage et son âme incertaine quand elle ne se déshabille pas avec quasiment le premier venu.

Drague

Ainsi Nir, un thésard un peu torturé, elle en tombe amoureuse malgré une partie de sexe incomplète et l'injonction de l'intéressé de ne pas en tomber amoureuse. Il sait bien qu'il est effectivement compliqué, torturé par un fantasme sexuel auquel elle cédera pour tenter de le garder. Tout sauf être seule.
Ou Oren, elle l'allume mais c'est encore raté, c'est la panne, il ne peut pas sans vrais sentiments, sans une intimité installée.
Restent les lieux de drague de la nuit qui entretiennent le rêve alimenté à la techno et la vodka-tonic. Rien à faire, c'est ce Jonathan perdu, exactement à l'inverse de toutes ces ivresses, qu'elle veut. Si l'on n'en croit la sidérante scène finale, ça ne semble pas réciproque.

Paraître pour être

Qui est donc cette séduisante Joy? Une créature virtuelle clonée des réseaux sociaux ou simplement une femme à la dérive de son temps qui, lui aussi, est dans la dérive? Perdue mais souriante dans un monde de l'immédiat de la consommation de besoins de plus en plus artificiels, sans cesse renouvelés par les marchands, digérés aussi vite qu'absorbés, souvent en solitaire. Se divertir pour oublier.
Mais il faut paraître pour être, dans un réel plus concret que Facebook où on peut être ami avec le monde entier sans contact. Joy imagine que c'est le sexe qui empêche, en tout cas trompe, la solitude. Elle s'y attelle, pas de bol, dans la vraie vie, elle tombe sur des compliqués, des névrosés, ou sur rien.
Hadas Ben Aroya

Hadas Ben Aroya

© Wayna Pitch
On s'attache à cette chronique d'une paumée au doux regard noir, parce qu'elle est sans le pathos, nombriliste et compliqué, qui accompagne tant d'autofictions littéraires. Il y a une vraie fraîcheur, une authenticité qui force l'empathie. Et une formidable comédienne qui se dévoile: Hadas Ben Aroya, est aussi la scénariste et la réalisatrice d'un film-vérité.
Audace et courage de se montrer, on lui souhaite le meilleur pour sa carrière de cinéaste talentueuse. Et pour sa vie de femme.

People that are not me - Hadas Ben Aroya (Israël) - 1h20

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