Cinéma. Jodorowsky's Dune: fantastique baroque, échec réel

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 16/05/2016 à 10H43, publié le 15/03/2016 à 16H45
Dessin préparatoire de Hans Ruedi Giger pour Dune, 1976.

Dessin préparatoire de Hans Ruedi Giger pour Dune, 1976.

© H.R. Giger

A quoi aurait ressemblé ce film-monstre qui n'a finalement jamais été tourné?

Jodorowsky's Dune - documentaire de Frank PAVICH (USA) - 1h30

Je voulais créer un objet sacré. Dune devait être l'avènement d'un nouveau dieu.

Alejandro Jodorowsky
Ce fou filmant né au Chili a commencé par mettre en scène des dizaines de textes au Mexique, déjà à sa façon. Puis le feu du cinéma le prend, sans rien y connaître et en cachette des syndicats tout-puissants, il adapte une pièce d'Arrabal "Fando et Lys" (1967), un ovni surréaliste, et enchaîne avec "El Topo" (1970), western métaphysique désormais culte. Puis, dans son genre, "La montagne sacrée" (1973) est consacrée chef d'œuvre, complètement barré, indispensable. Le producteur Michel Seydoux, qui avait fait venir la pépite sacrée en Europe où elle avait connu un joli succès, donne carte blanche au réalisateur: "Fais ce que tu veux!". Sans avoir lu le roman SF le plus vendu au monde, Jodo propose Dune. On lui a juste dit que c'est un livre énorme, il précise qu'il aurait pu tout autant choisir Don Quichotte.
Une entreprise folle, estimée à 15 millions de dollars de l'époque. Jodorowsky constitue son armée de "guerriers artistiques". Le premier d'entre eux sera le dessinateur Moebius (Jean Giraud): en lisant Blueberry, il s'était dit "ce sera ma caméra". Moebius dessinera un storyboard hallucinant de 3000 cases, tout y est prévu, cadres et mouvements de caméra. Il recrute Dan O'Bannon, réalisateur et scénariste de génie (il imaginera Alien un peu plus tard) et lui confie les effets spéciaux. Hans-Ruedi Giger, plasticien de l'ailleurs lui proposera des décors jamais vus auparavant. 
Pour le casting, il voit grand et fou: Mick Jagger, Salvador Dali, David Carradine, Orson Welles, tous lui donnent leur accord. Musique? Pink Floyd et Magma, pas moins.
Pirate Ship, dessin préparatoire de Chris Foss pour Dune, 1975.

Pirate Ship, dessin préparatoire de Chris Foss pour Dune, 1975.

© Chris Foss
Tout le monde y croit, le projet est affiné dans ses moindres détails. Il est évidemment très cher, il faut le concours des américains. Un énorme book cartonné et relié est envoyé à tous les studios hollywodiens. Tous recevront Jodorowsky, aucun ne donnera suite. Les explications sont diverses: utopie cinématographique hors normes, réalisateur trop fantasque qui, par ailleurs envisageait un film de pas moins de 12 heures... 
Le projet est à l'eau Jodorowsky est en colère mais s'en relèvera. Son père lui avait dit: "Mon fils, dans ma vie, j'ai triomphé parce que j'ai appris à rater."

Procurer les hallucinations du LSD, sans LSD.

Alejandro Jodorowsky
40 ans après, Jodorowsky's Dune retrace cette fabuleuse histoire. Il donne à entendre un Jodorowsky toujours aussi passionné, emporté par ce qui a été le plus gros projet de sa vie. Sans rancune ou presque quand il constate qu'une partie de son équipe de création a ensuite travaillé sur quelques succès majeurs du cinéma fantastique (Alien, Star Wars) y important certaines trouvailles imaginées pour Dune. A quoi aurait ressemblé cette adaptation très personnelle du best-seller de Frank Herbert? Le documentaire en donne une petite idée en montrant les projets visuels des décors, des costumes et des atmosphères. Il propose une autre indication, de la réalisation cette fois, avec quelques astucieuses animations des croquis du storyboard de Moebius.
Ce Dune pouvait-il être mené à son terme? Pas sûr. Mais le récit de cette fantastique aventure méritait d'être conté.

https://videos.francetv.fr/video/NI_648065@Culture

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