Cinéma. "Diamantino" de Gabriel Arrantes et Daniel Schmidt: un film-bijou qui fait rire et du bien

Mis à jour le 14/12/2018 à 17H48, publié le 27/11/2018 à 12H00

Parabole salutaire, le film s'amuse de quelques maux qui nous menacent dans un univers cinématographique impeccablement maîtrisé.

Un film ou un rêve lumières allumées? Les deux. Difficile de raconter un rêve même s'il imprègne parfois la journée suivante, voire plus. Comme un film de rêve.
Les faits? Un footballeur portugais qui ressemble fortement à un vrai, comme lui icône mondiale d'un pays. D'où vient son génie? D'après ce film farceur, dans les moments cruciaux de ses matches, il verrait la pelouse envahie par de gigantesques petits chiens au poil long, un environnement soyeux qui lui fait tout réussir. Pourtant, le voilà ratant un penalty décisif en coupe de monde. Sa carrière s'arrête brutalement, pas son destin.
Diamantino a des sœurs jumelles qui vivent sur sa fortune, pas question de s'appauvrir après cette infortune, cousines incertaines mais assoiffées de Cruella, elles vendent pour un bon prix leur frère à un projet diabolique imaginé par une officine d'extrême-droite populiste et xénophobe: cloner le génie pour construire une imbattable équipe qui serait le fer de lance d'une reconquête nationaliste. L'intéressé se laisse faire, sans rien comprendre, il faut dire qu'à part le foot, il ne comprend pas grand-chose. Beau jeune homme et tablette de chocolat ventrale, toujours puceau il fait la pub pour caleçons bien remplis, mais petit pois dans la tête il est complètement déconnecté du réel.
Diamantino pub © ufodistribution
Sauf que lors d'une balade sur son yacht de milliardaire, il avait croisé et sauvé les occupants épuisés d'un frêle esquif de migrants. Sur le plateau d'une trash-animatrice tv qui explore sournoisement sa chute il lance, tout naïf qu'il est: "Je veux adopter un migrant!". Ça tombe bien pour le couple lesbien d'agentes des services secrets qui enquêtent sur d'éventuelless évasions fiscales du champion. L'une d'elles, la belle Aisha, black et androgyne, a la capacité de se transformer en jeune migrant africain: Diamantino l'adopte.
Les ingrédients sont dans la casserole, le piquant mitonné réservera quelques très inattendues mais succulentes surprises à savourer.

Un film transgenre(s)

Loufoque, burlesque, discrètement critique si ce n'est vengeur, Diamantino est d'abord un régal pour des yeux cinémas. Un visuel maîtrisé de bout en bout, un vrai style qui emprunte à tous les genres, on pense parfois aux géniales inventions de Guy Maddin. Dans la forme comme sur le fond, la parabole bien actuelle interroge le genre dans de pittoresques suggestions queer qui parsèment le film sans heureusement le prendre en otage.
Le tandem de réalisateurs portugo-américain a des idées derrière la caméra. Ils ont choisi l'humour pour stigmatiser quelques maux qui menacent. De l'hypnotisante addiction des foules pour le foot à l'hypocrisie qui fait office de bonne conscience face à la question des migrants, de la trash tv à la montée tranquille des nationalismes populistes, l'inventaire est moins drôle, le sourire peut virer au jaune.
Autant en rire une fois encore. Pour s'en défendre.
Diamentino fait du bien là ou ça fait mal.

 tous les "Ciné, cinoche"

 nous écrire: desmotsdeminuit@francetv.fr

► La page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.

► @desmotsdeminuit