Ciné, cinoche #061113

Rémy Roche
Par @desmotsdeminuit
Mis à jour le 16/08/2017 à 16H56, publié le 05/11/2013 à 00H00
Le medecin de famille © medecin de famille film aff dmdm

- Le médecin de famille - Quai d’Orsay - Une femme douce

Le médecin de famille, de Lucia Puenzo (Argentine – 1h33)

Patagonie, 1960. Un couple et ses trois jeunes enfants reprend la gestion d’un hôtel familial. Leur premier client est un homme étrange à l’accent allemand. Ils ne le savent pas, c’est le Dr Mengele en fuite, l’expérimentateur méthodique et cynique des camps de concentration nazis. Il s’intéresse de près à leur fille de 12 ans, Lilith qu’il estime trop petite pour son âge et pour laquelle il propose un "traitement". Si le père se montre méfiant, la mère -enceinte- et surtout la petite Lilith semblent fascinées par cet homme. L’odieux personnage se servira ensuite des jumeaux nouveaux-nés de la mère pour poursuivre ses expériences eugénistes.

Lucia Puenzo maîtrise son sujet à hauts risques, elle maîtrise aussi une belle proposition cinématographique. En filmant à hauteur de cette gamine fascinée par celui dont elle ignore qu’il est un prédateur, le diable. Pas si innocente mais elle n’a pas les armes pour se défendre de l’ignoble.

Si le scenario s’embourbe parfois dans le détail ou la surcharge, casting, mise en scène et image sont impeccables.

La cinéaste argentine avait déjà convaincu avec "XXY" (2007), déjà un sujet délicat (l’hermaphrodisme d’une adolescente) puis "El niño pez" (l’homosexualité de deux très jeunes filles).

Depuis 10 ans le cinéma argentin livre des perles, en voici une nouvelle.

 

LE MÉDECIN DE FAMILLE (WAKOLDA), la bande annonce


Quai d’Orsay, de Bertrand Tavernier (France – 1h53)

Chronique parfois hilarante d’un jeune stagiaire d’un ministère des Affaires Etrangères dont l’aristocrate mais agité et vaniteux titulaire imagine qu’il fait la diplomatie mondiale. Et de la poésie.

La BD qui a inspiré le film avait le grand talent de ne jamais représenter précisément  le vrai visage du ministre, en l’occurrence Dominique de Villepin, plutôt une esquisse saisissante de ses attitudes orgueilleuses et cycloniques. Elle était signée Christophe Blain pour les efficaces dessins et Abel Lanzac (pseudo) pour les bulles, qui savait de quoi il parlait puisqu’il avait vraiment travaillé au cabinet du ministre en question. Tavernier s’en tire pas mal, même s’il hésite entre une comédie à la française (avec pas mal de ses tics) et un portrait plus fouillé d’un homme qui se croit de pouvoir. Bien que navigant entre ces deux registres, Thierry Lhermitte est convaincant. Mais Niels Arestrup en directeur de cabinet habile et résigné est au moins aussi délicieux.

 

"Quai d'Orsay" : la bande-annonce


Une femme douce, de Robert Bresson (1969 – France – 1h30)

Une femme dite douce se suicide. Son mari, un prêteur sur gage égoïste et matérialiste s’interroge sur le geste de sa femme dont il a découvert trop tard la richesse d’âme.

L’épure cinématographique bressonienne à l’état… pur. Théâtralisation des situations, dialogues (minimaux) et jeu mécanique sur des voix blanches post-synchronisées, hors-champs sonores démonstratifs, la stylisation est radicale, d’aucuns diront intégriste. Froide jusqu’à la désincarnation des personnages dont on ignore les fondements quand on quitte le film.

Si l’un des sujets du film est l’incommunicabilité, on peut suggérer que Bresson a lui aussi un problème de communication avec le spectateur.

Inventeur incontestable, Bresson revisite les fondamentaux du cinéma, les dépouille. D’autres construiront sur ce champ de ruines.

Un certaine bien-pensance fait qu’on adule Bresson, la critique qui se croirait idiote à ne pas le faire, et rares sont les cinéastes (pas seulement quelques maîtres anciens) qui n’y font référence, pour beaucoup de façon un peu dévote quand leurs productions sont pourtant apparemment à l’opposé.

Il faut tenter l’expérience Bresson, on est à l’os du cinéma. Qu’on peut préférer plus en chair.

L’homme privé Bresson n’était pas si austère. Anne Wiazemsky, qu’il a dirigée (et draguée) dans "Au hasard Balthazar" en donne une vision plus crue, à peine romancée dans "Jeune fille" (Gallimard – 2007)      (>>)

 

 

et toujours les e-toiles de DMDM 3.0

  • Un château en Italie   (>>)
  • La bataille de Solferino
  • La vie d’Adèle
  • Gravity