Gilles Defacque, un clown est mon ami ... dans la mise en abîmé d'Eva Vallejo à La Manufacture

Mis à jour le 20/07/2018 à 01H06, publié le 19/07/2018 à 15H45
Defacque Avignon 2018 © PH. L

Autant de chaises comme autant de stations d'un long chemin de traverses et de péripéties d'un clown qui "n'aurait pas eu le temps de tout dire". De quoi mettre en scène le portrait éclaté de Gilles Defacque, directeur du Prato, à Lille. Le spectacle est signé par la compagnie "L'interlude T/O" (Eva Vallejo & Bruno Soulier). Notre ami est facétieux. Pas que. Il est triste. Pas que. Complexe, alors

On ne lui verra un nez rouge qu'une fois pendant ce spectacle délocalisé par La Manufacture à quelques encablûres d'Avignon dans une salle de sport qu'un France-Croatie ne remplirait pas. Accompagné au piano par Bruno Soulier, auteur de la partition et virtuose d'un marquage à la culotte musical, esseulé sur sa piste rectangulaire, il est en noir comme son T-shirt, ses tentures et son mur du fond. Et en blanc, comme ses cheveux et comme ses moustaches.

Pas dupe du off ...

Le privilège de l'âge et du temps de parcours. "Il"? Étrange personnage, volontairement perdu, dans la fragmentation de ce portrait d'acteur né un 9 août de fin de guerre mondiale - la deuxième -, dans ses souvenirs et ses textes. Pas dupe pour un sou d'un off, de celui-ci qui culmine à 1500 spectacles, comme des autres. D'ailleurs, Gilles Defacque a écrit à sa maman un 8 juillet d'autrefois : "Hier nous avons eu une personne qui nous dit qu'elle allait parler du spectacle à une autre personne qu'elle connaît à Lyon et qui m'a dit qu'elle pouvait connaître quelqu'un qui pourrait être intéressé par faire venir le spectacle chez elle ..."        
Gilles Defacque Des mots de minuit Avignon 2018 © Frédéric Iovino

Les grains de sable du contre emploi ...

Et cet Auguste-là a du pain sur cette planche qui aurait pu être surréaliste (un poncif) en d'autres temps. De clown, il n'aurait donc que le nom surtout quand le dossier de presse ajoute "Auteur, comédien, metteur en scène de spectacles qui explorent les formes les plus multiples du rire et de la poésie, dans des solos, grandes formes en salle ou chapiteau, formes à géométries et terrains variables."  De fait, clown classique il est, circassien il est comme le démontre son travail au Prato (le Théâtre International de Quartier Pôle National Cirque - Lille) qu'il dirige depuis sa création en 1973Mais interfère ici le parti pris de mise en scène d'Eva Vallejo, habituée des dialectiques texte-musique-mouvement. Elle le dirige à contre-emploi dans les méandres éclatés de ses palabres et de ses gestes. Elle ne lui accorde son nez qu'une fois et jaunit les rires d'un spectateur confronté à la perte de ses repères de piste, à ces errances voulues de pitre erratique. Et il émeut, un faux air à la Dali, l'œil rond, dans l'infini de ses textes, dans sa recherche acrobatique d'un micro à pied qui se dérobera toujours, dans le diapason éclaté des références que la metteuse en scène a picoré, oui picoré, dans la bibliographie de ce créateur de "nombreux spectacles", "fou de littérature et de poésie".

Gilles Defacque Des mots de minuit Avignon 2018 2

© Frédéric Iovino

Un autrement facétieux boulot de clown ...

Paradoxalement c'est cette incohérence, ce porte-à-faux "malaisant", ce changement de registre permanent - la disruption mise en scène - ces imperfections et ces incongruités qui touchent. Nous voilà, spectateurs coinçés par ces coq-à-l'âne dans notre peine à sourire. À la folie du monde j'oppose mon silence, mon mur de papier, mon amusée et douloureuse incompréhension. Même le texte qui finit par s'envoler ! Au pays de l'absurde comme raison d'être, je t'emmerde, Monsieur Loyal, laisse-moi à ma mise en abîmé et à mon introspection, à mes fragments, à mes gouffres silencieux. À mon concertina pour souffler, quand-même ! Et au bassin minier et à ses douleurs. Ch'ti aussi je suis...
Un autrement boulot de clown, amuseur et homme bien tourmenté "au "cœur qui se dévisse" et "dont le nom s'écrit en gifles majuscules" aurait chanté Piaf. Pas étonnant qu'on ne lui voit le nez rouge qu'une fois. Un clown est mon ami en scène ... 
 

Gilles Defacque

Directeur du Prato
Théâtre International de Quartier à Lille et Pôle National Cirque.
Implanté depuis l'origine dans le quartier populaire de Moulins à Lille, le Prato est un lieu et une équipe de comédiens autour de Gilles Defacque, auteur, metteur en scène et directeur.
Ancien professeur de Lettres, né dans une salle de Bal-catch-cinéma : « Le Mignon Palace », il décline cette enfance et transmet le clown
Auteur, clown, comédien, metteur en scène de spectacles qui explorent les formes les plus multiples du rire et de la poésie dans des solos, grandes formes en salle ou chapiteau, formes à géométries et terrains variables : Bégaiements (autobiographie de la vie vécue d’un petit homme) », « Ça partirait de Friville-Escarbotin », depuis 2008 « Loin d’être fini »/ solos « Opéra Bouffe Circus » (2002), « Mignon Palace » (2007) « Soirée de Gala (forever and ever) » (2013) avec des comédiens, des circassiens et les musiciens de Tire-Laine/ salle ou chapiteau.
« Le Tournage Imaginaire », avec des circassiens, des fanfares, déclinées en fixe ou déambulatoires; ses improvisations littéraires ou thématiques... ses Cabarets Express, du Bout du Monde ou Cirque, « Autour de Chagall », « Les Lignes d'Erre de Deligny »... En 2017, il reprend le chemin du clown avec Clément Delliaux de la Cie de l'Oiseau Mouche « Clément ou le courage de Peter Pan » et crée pour La Clef des Chants « Crise de voix », un trio lyrico-burlesque.

De Samuel Beckett, il crée et interprète « Fin de partie », « Oh les beaux jours », « En attendant Godot ». Il joue aussi avec Eric Lacascade « Les Barbares » (2006) et David Bobée « Gilles » (2010). Fou de littérature et de poésie, Gilles Defacque est également publié :
« Parlures 1 - une entreprise poétique de publication des écritures de Gilles Defacque » (éd. Invenit / le Prato), « Parlures 2 » (éd. Muba / Invenit / le Prato) à l'occasion de son exposition au MUBA (Musée Eugène Leroy Tourcoing) « Journal d'un quelqu'un », « La Rentrée Littéraire de Gilles Defacque – Créer c'est résister » (éd. La Contre Allée).

Il apparaît au cinéma notamment dans La vie est un long fleuve tranquille en 1988 et Quand la mer monte... en 2004.

On n'aura pas le temps de tout dire.

Mise en scène, scénographie : Eva Vallejo
Musique et interprétation live : Bruno Soulier
(Fondateurs de L'Interlude Thêatre/Oratorio)


Du 6 au 26 juillet 2018 à 13 h 55 à La Manufacture / Avignon (relâche 12 et 19 juillet) Du 11 au 16 octobre au Prato / Lille
Les 18 et 19 octobre au Théâtre de Vienne
Les 16,17 et 18 novembre Théâtre élisabéthain du Château d'Hardelot


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