Sylvie Guillem et ses nuits magiques de Fourvière

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 15/06/2012 à 10H22
Sylvie Guillem dans "Bye" de Mats Ek aux Nuits de Fourvière

Sylvie Guillem dans "Bye" de Mats Ek aux Nuits de Fourvière

© Bill Cooper

L'étoile Sylvie Guillem a l'habitude de venir briller dans le ciel des Nuits de Fourvière à Lyon. Pour l'édition 2012, elle est sur la scène du Grand Théâtre avec "6000 miles away" les 12, 13 , 15 et 16 juin. Cette création, dédiée aux sinistrés de Fukushima, réunies trois pièces de 25 minutes chacune, signées William Forsythe, Mats Ek et Jiri Kylián. La danseuse partage la scène avec d'autres artistes Et pourtant, la star ici, c'est bien elle. Pourquoi ? Réponse avec ce reportage de Sophie Jouve et Didier Dahan qui ont rencontré Sylvie Guillem une heure avant le début de la première à Fourvière.

https://videos.francetv.fr/video/NI_483303@Culture

 

Sylvie Guillem jouit d'une aura particulière auprès du public. Dites que vous allez voir un spectacle de la danseuse, et vous entendrez un "Ouah ! quelle chance !" accompagné de un ou plusieurs mots d'admiration sur le travail de cette danseuse hors-norme. Alors quand vous vous retrouvez dans le Grand Théâtre de Fourvière (lieu magique), que la pluie a décidé de se mettre en RTT ce soir là, et qu'en face de vous, il y a  "La Guillem" sur scène, vous savourez votre plaisir, comme un mets délectable. 

https://videos.francetv.fr/video/NI_483327@Culture

Le menu commence donc avec une pièce de William Forsythe, qui entretient avec Sylvie Guillem une complicité de longue date. Pour "Rearray", elle partage la scène avec un danseur, en alternance Nicolas Le Riche (12 et 13 juin) et Massimo Murru (15 et 16 juin). Pour rester dans la métaphore culinaire, "Rearray" se mange plutôt froid. Le chorégraphe a beaucoup travaillé sur l'équilibre, le rapport des corps, l'espace mais de façon très intellectuelle. Les gestes sont saccadés, complexes et d'une précision à couper le souffle. On est bluffé par le talent des deux interprètes. Mais la musique de David Morrow, composée de sons brefs et hétéroclites, n'aident pas le spectateur à ressentir une émotion. Ni les habits de scène des danseurs, très neutres, ni la lumière, assez sombre, qui règne sur le plateau.

Sylvie Guillem avec Nicolas Le Riche dans "Rearray" de William Forsythe

Sylvie Guillem avec Nicolas Le Riche dans "Rearray" de William Forsythe

© Bill Cooper

Plus chaleureux, c'est  27'52" de Jiri Kilián qui prend la suite avec sur scène Aurélie Cayla et Lukas Timulak. On imagine la pression que ressentent peut-être ces deux jeunes danseurs qui succèdent devant le public à deux stars de la danse, en sachant que, forcément, on va les comparer. Ils sont excellents, d'autant que là aussi, le chorégraphe a imaginé des combinaisons très exigeantes. Les corps se cherchent, s'évitent, se retrouvent. Aurélie Cayla est superbe. Et si la première pièce dégageait une sensation d'austérité, ici, la musique de Dirk Haubrich, résolument moderne, est beaucoup plus envoûtante.

https://videos.francetv.fr/video/NI_483331@Culture

Après l'entracte, le troisième volet de "6000 Miles away" voit le retour de Sylvie Guillem avec "Bye",  un solo que Mats Ek a créé spécialement pour elle. Une ingénieuse utilisation de la vidéo permet de faire entrer la danseuse sur scène puis d'autres personnages. Sylvie Guillem est certainement au sommet de son art dans cette pièce portée par la dernière sonate pour piano de Beethoven. Poupée de chiffon à la détente de chat, elle peut tout se permettre, alternant  gestes très classiques et postures surprenantes, douceur et frénésie. Avec sa jupe aux genoux, ses socquettes et son petit gilet de laine, la danseuse dégage quelque chose de fragile et d'enfantin. Mais la maîtrise est bien là. A 47 ans, Sylvie Guillem semble ne pas connaître les outrages que peut faire le temps sur un corps malmené  par les exercices quotidiens : "J'ai la chance d'avoir une bonne carcasse ! Un corps à la fois puissant et souple. Je n'ai pas à me battre contre" reconnaît-elle. Quand on lui parle de retraite, elle répond : "Tant que je prendrai du plaisir, tant que j'innoverai, je continuerai". Il y a donc fort à parier que nous reverrons Sylvie Guillem un soir de juin sous le ciel étoilé de Fourvière.

Sylvie Guillem, corps et âme dans "Bye" de Mats Ek

Sylvie Guillem, corps et âme dans "Bye" de Mats Ek

© Bill Cooper