"Orphée et Eurydice" à Garnier : Pina Bausch au pinacle

Par @sophiejouve1 Rédactrice en chef adjointe de Culturebox, responsable de la rubrique Théâtre-Danse
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/05/2014 à 14H15
Marie-Agnès Gillot

Marie-Agnès Gillot

© Stéphane de Sakutin

9 ans après son entrée au répertoire du Ballet de l'Opéra, on ne se lasse pas d'"Orphée et Eurydice". L'Opéra dansé de Pina Bausch sur la partition la plus populaire de Gluck, est un moment magique de fusion entre chant et danse.

Deuil, violence, paix et mort, les quatre tableaux sont à la fois épurés et d'une grande beauté plastique. L'ouverture est à couper le souffle : un arbre git sur la scène, en retrait Eurydice sur une chaise surélevée est comme suspendue dans l'air. Son voile évoque la mariée et le linceul de celle dont la mort est pour l'instant différée. Un groupe de danseurs évolue au ralenti, tandis qu'à l'écart le vulnérable Orphée entame sa lamentation mortuaire.  
La complainte d'Orphée

La complainte d'Orphée

© Stéphane de Sakutin
Orphée c'est Stéphane Bullion, dont le corps d'éphèbe évoque les statues grecques. Grave et perdu dans ses pensées, les bras le long du buste et les yeux presque toujours baissés, sa danse intériorisée, très contemporaine, contraste avec celle extrêmement déliée des ensembles. 

Dans leurs longues robes fluides un groupe de femme se démultiplie, emportées par une vague de grands pliés, de courbures (qui engagent toutes les vertèbres, un code de beauté chez Pina) et le mouvement de leurs bras qui expriment leurs plus infimes émotions. C'est un des passages les plus fulgurants du ballet.   

https://videos.francetv.fr/video/NI_129797@Culture

Et puis il y a ces couleurs qui s'entrechoquent, le noir et le blanc, le tissu de velours rouge glissé sous les pieds des morts, ces jolies trouvailles de mises en scène comme ces fils tendus façon toile d'araignée, qui figurent le Royaume des morts que traverse Orphée avec difficulté pour rejoindre Eurydice. Eurydice, c'est la grande Marie-Agnès Gillot qui illumine le rôle. Avec ce physique si particulier, ses bras infinis, elle fait penser à Pina Bausch. 
Marie-Agnès Gillot, magnifique Eurydice

Marie-Agnès Gillot, magnifique Eurydice

© Stéphane de Sakutin
Hadès, le dieu des Enfers a autorisé Orphée à ramener sa belle à condition que tout au long du trajet il ne la regarde jamais. Eurydice ne comprend pas ce qu'elle prend pour de l'indifférence. Ses supplications ont raison de la détermination d'Orphée qui finit par se retourner, condamnant les deux à une éternelle séparation.

Parmi les hommes en tablier de cuir qui forment un Cerbères à trois têtes, il y en a un que l'on remarque tout particulièrement. Vincent Cordier sait allier la grâce, la violence et la virilité.

Dans le dernier tableau de minuscules silhouettes tournoient dans un espace clos. Eurydice en longue robe d'un rouge éclatant se rapproche et s'éloigne d'Orphée, jusqu'au baiser final qui lui sera fatal.
Les personnages principaux ont leur "double" chantant, vêtu de noir

Les personnages principaux ont leur "double" chantant, vêtu de noir

© Stéphane de Sakutin
Ce spectacle, outre qu'il nous représente l'un des plus beaux ballets de Pina Bausch (créé en 1975), à l'intérêt de faire entendre en direct le superbe opéra de Gluck. On saluera le Balthasar-Neumann-Chor & Ensemble, mais également Maria Riccarda Wesseling, Yun Jung Choi et Jaël Azzareti qui sur scène incarnent les doubles chantant des personnages principaux. Cette rare juxtaposition de la danse et du lyrique, participe à l'absolue beauté de la soirée.  
Décors, costumes et lumières de Rolf Borzik

Décors, costumes et lumières de Rolf Borzik

© Stéphane de Sakutin


"Orphée et Eurydice" de Christophe W.Gluck. Opéra dansé de Pina Bausch.
Opéra Garnier
19h30 : 3, 4, 5, 8, 9, 10, 12, 13, 15, 16, 17, 19, 20, 21 mai 2014
Réservations : 01 71 25 24 23