Hypnotique et épuré, le bel hommage du Ballet de l'Opéra de Lyon à Trisha Brown

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/02/2013 à 12H18
"Newark", une oeuvre majeure de Trisha Brown que le Ballet de l'Opéra de Lyon a intégré à son répertoire

"Newark", une oeuvre majeure de Trisha Brown que le Ballet de l'Opéra de Lyon a intégré à son répertoire

© Michel Cavalca

A l’occasion du Festival Trisha Brown, le Ballet de l’Opéra de Lyon présente jusqu’au 13 février deux œuvres marquantes de la chorégraphe américaine, « For M.G. : the Movie » et « Newark ». Deux pièces à l’ambiance minimaliste, où les gestes sont épurés, décomposés, répétés et où l’immobilisme des uns sert de pivot aux enchaînements des autres.

« For M.G. : the Movie » : simplicité et mystère
Créée en 1991 en hommage à Michel Guy (secrétaire d'Etat à la Culture sous Giscard d'Estaing et fondateur du Festival d’Automne à Paris), « For M.G. : the Movie » s’ouvre sur une scène baignée dans un halo de fumée, avec sur la droite un couple de danseurs, dos au public. L’un d’eux va rester parfaitement immobile pendant toute la durée de la pièce, à savoir 30 minutes. Pendant ce temps, une danseuse court sur la scène en décrivant des cercles ou des figures simples qui s’amplifient puis se réduisent, dans un sens, puis dans l’autre. D’autres danseurs (au total, ils seront neuf, tous revêtus des mêmes collants lie-de-vin) apparaissent, certains se déplaçant avec une lenteur extrême, avant de disparaître. 

Cette chorégraphie se déploie sur des notes égrenées par un piano, sur une très belle partition d'Alvin Curran, qui est en live sur scène. Elles se superposent à une bande sonore où l’on perçoit des bruits de machines, des cris d’homme dans un port (c’est du moins ce qu’on imagine), des pépiements d’oiseaux.
 "For M.G. : The Movie" par les danseurs du Ballet de l'Opéra de Lyon

 "For M.G. : The Movie" par les danseurs du Ballet de l'Opéra de Lyon

© Michel Cavalca
Le tout finit par créer une ambiance très mystérieuse et parfois déroutante. Trisha Brown disait que pour cette pièce « l’action doit à la fois suggérer et échapper à l’interprétation ». Et c’est bien ce qui se passe. On suit cette course qui semble sans fin et qui finit par nous hypnotiser. Le spectateur ne peut pas se raccrocher à une émotion, à une expression.

Les danseurs enchainent des motifs simples, ils se frôlent parfois, mais de cette confrontation ne naît pas forcément une réaction "sensible". Il y a un sentiment d’isolement, voire de solitude qui émane de cette pièce, renforcée par l’ambiance de la bande-son. C’est peut-être le film de la vie avec ces phases d’action, de répétition, d’élan vital puis de repli, et parfois d’un immobilisme qui confine à la mort.
"For M.G. : The Movie " - Ballet de l'Opéra de Lyon

"For M.G. : The Movie " - Ballet de l'Opéra de Lyon

© Michel Cavalca
"Newark", rigueur et couleur
Présentée en deuxième partie, Newark se révèle d’un abord plus facile. Considérée par beaucoup comme une des plus grandes pièces de Trisha Brown, elle a été créée en 1987 avec un titre qui vient d’un jeu de mots phonétique avec « new work » (« nouveau travail), désignant ainsi une création en préparation (Newark est aussi le nom d’un aéroport près de New York).
Dans cette pièce pour six danseurs, plusieurs duos évoluent devant d'immenses panneaux de couleurs primaires qui descendent et se succèdent, créant une suite de tableaux chorégraphiques.
"Newark" - Ballet de l'Opéra de Lyon

"Newark" - Ballet de l'Opéra de Lyon

© Michel Cavalca
Un décor conçu par le peintre Donald Judd où le rouge, le jaune, le bleu éclatent et réveillent notre regard. Car chaque couleur crée une ambiance, des vibrations et des proportions différentes (le jaune agrandit la scène quand le bleu l’électrise et la réduit). Les corps s’y découpent d’autant mieux que les gestes sont d’une extrême rigueur.

https://videos.francetv.fr/video/NI_143683@Culture

Les danseurs évoluent de façon isolée avant de se retrouver par duos masculin-féminin. Dans ce final captivant, les corps se complètent dans des combinaisons à la fois simples et sophistiquées. La pièce est ponctuée d’éléments sonores très basiques et assez brefs qui laissent place au silence. Il y a alors une vraie tension dans la salle, d’autant plus palpable que l’on perçoit juste les pas des danseurs sur la scène et leur souffle dans l’effort. C’est dans « Newark » que se révèle d’ailleurs le mieux le talent des danseurs du Ballet de l’Opéra de Lyon. 
"Newark" - Ballet de l'Opéra de  Lyon

"Newark" - Ballet de l'Opéra de  Lyon

© Michel Cavalca

"Newark et "For M.G. : The Movie" de Trisha Brown par  Ballet de Lyon - les 12 et 13 février à 20h30 à l'Opéra de Lyon - Durée 1h20 avec entracte