La breakdance, discipline hip-hop, invitée surprise des Jeux Olympiques 2024

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 22/02/2019 à 11H53, publié le 21/02/2019 à 16H13
Le B-Boy américain Morris à la Red Bull BC One, à Moscou le 26 nov 2011.

Le B-Boy américain Morris à la Red Bull BC One, à Moscou le 26 nov 2011.

© Mikhail Metzel/NBC/AP/SIPA

La breakdance, sport olympique ? Pour donner un coup de jeune à l'institution olympique, Paris-2024 a décidé d'inviter à son programme cette danse acrobatique urbaine issue de la culture hip-hop, en compagnie du surf, de l'escalade et du skateboard. La sélection, qui s'ajouterait aux 28 sports déjà au menu, doit encore être validée par le Comité international olympique (CIO), en décembre 2020.

Un pas important pour la breakdance

En cas de validation par le CIO, la breakdance, art majeur du hip-hop avec ses codes et son univers très libre, ferait sa première apparition aux Jeux olympiques en 2024 alors que les trois autres sports - surf, escalade et skateboard - sont déjà invités à Tokyo-2020.

Un "blase" (nom de scène), des "battles" (compétitions en duel), un "lifestyle" (mode de vie), des compétitions organisées en circuit privé et des performances époustouflantes au sol: c'est le monde de la breakdance, art de la rue né il y a 45 ans dans le quartier du Bronx à New York et aujourd'hui sur la liste restreinte des sports invités aux Jeux olympiques à Paris en 2024.

"C'est le pas en avant le plus important de la breakdance depuis que cette discipline existe", s'enthousiasme Mounir Biba, capitaine des Vagabond Crew, invité jeudi par Paris-2024.

Personne n'avait rien vu venir, pas même les aficionados. "Pas une seconde de ma vie j'ai pensé que notre culture pouvait être aux Jeux, c'est un truc de malade !" : Lilou, star de la breakdance, n'en revient pas.

Reportage France 3 Paris Ile-de-France par V.Ponsy/I.Audin/J.levasseur/S.Wislin

Le break est un art mais c'est aussi un sport

Les premiers émois olympiques remontent seulement à 2016 lorsqu'il se murmure dans le milieu du hip-hop que le Comité international olympique (CIO) veut intégrer la discipline au programme des Jeux de la Jeunesse (JOJ) en 2018 à Buenos Aires.

Carlota Dudek, qui a pour "blase" "Seniorita Carlota", était de la fête en Argentine pour la France. "Je ne m'attendais pas à arriver aux Jeux olympiques. Petite, je regardais les Jeux à la télé et je rêvais devant les gymnastes, les trampolinistes", raconte cette jeune fille de 16 ans, qui aime autant l'esprit originel de la breakdance que cette ouverture vers l'olympisme.

"Le break c'est un art mais c'est aussi un sport. On fait de la danse, avec une certaine créativité et une dimension artistique, il faut mêler la musique aux mouvements. Mais pour pouvoir faire tout ça, il faut une préparation physique. C'est ce qui donne l'aspect sportif de cet art", souligne la lycéenne, qui voit les JO comme "une sorte de renouveau du hip-hop" et une évolution naturelle. "Mon coach a découvert le break dans la rue et moi à l'école", relève-t-elle.

"On a rien à envier à un autre sportif sur la préparation physique, la performance ou les risques corporels.", enchérit le coach de la jeune fille, Nahim Sassi. "Le break est né dans la rue mais il n'y est pas resté. Et aujourd'hui, on a tout sauf la reconnaissance".

La breakdance peut commencer très tôt : regardez l'époustouflante BGirl Terra, âgée de 6 ans, à partir de 0:45 dans cette vidéo de battle. On retrouvait cette b-girl phénoménale dans le clip "Platoon" du groupe anglais Jungle. 

La discipline n'est pas structurée

Un des quatre éléments fondateurs de la culture hip-hop avec le graffiti, le deejaying (DJ qui mixe) et le rap, la breakdance se joue aujourd'hui sur les scènes du monde entier, sous forme de "battles" entre B-Boy ou B-Girl avec des performances évaluées par un jury.

La discipline n'est pas structurée, les compétitions sont organisées par les danseurs eux-mêmes, des collectifs ou des associations. Seule une épreuve au niveau mondial fait foi : le BC One (Break Championship), créée il y a 15 ans par la marque Red Bull, très en pointe sur tous les sports alternatifs. "Le BC One, c'est la référence, en termes d'organisation, de confort et de respect du danseur. L'impact est énorme. C'est l'événement le plus prestigieux", souligne Lilou, alias Ali Ramdani, double vainqueur de l'épreuve (2005, 2009).

Fédérer au risque de perdre l'essence du hip-hop

"Le grand souci et le grand débat aujourd'hui, c'est la fédération. Notre milieu est coupé en deux, entre ceux qui pensent qu'on doit fédérer et d'autres qui ne veulent pas perdre l'essence du hip-hop", explique Lilou, sur la scène du break depuis 20 ans, entre compétitions, jury, chorégraphies (notamment pour Madonna) et cinéma.
 
Au niveau international, la breakdance est sous l'égide de la World Dance Sport Federation, qui gère principalement les danses dites de salon. En France, idem avec la Fédération française de danse sportive.

"En France, au sein de la Fédération, le hip-hop existe depuis 15 ans mais sous une forme scénique, pas sous la forme de battles. Il n'y a pas de Championnats de France de breakdance, mais quelques compétitions au niveau régional, il y a encore du travail", reconnaît Charles Ferreira, président de la Fédération française, qui estime à 5/6000 le nombre de licences en breakdance.