Un panorama de la musique française à la Folle Journée de Nantes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/01/2013 à 17H14
L'Orchestre Lamoureux, qui a interprété le Boléro, lors de sa création par Ravel

L'Orchestre Lamoureux, qui a interprété le Boléro, lors de sa création par Ravel

© DR

"L'heure exquise", c'est un vers de Verlaine. Et c'est le nom donné cette année par René Martin à cette "Folles Journée de Nantes" dont il est le concepteur et le maître d'oeuvres. 316 concerts en 5 jours pour un panorama des musiques françaises et espagnoles de 1850 à nos jours. Le mélomane Bertrand Renard nous débroussaille cet âge d'or foisonnant.

L’âge d’or de la musique française (1860-1940) coïncide avec celui de la peinture : les impressionnistes et les fauves d’un côté, de l’autre un foisonnement de talents dominés par Debussy et Ravel. Ce sont les mêmes harmonies, les mêmes couleurs puissantes, la même attention aux sensations, aux éclats de lumière.

Coup de projecteur sur César Franck : un belge qui a rénové la musique française 
César Franck, (1822-1890), c'est ce Belge qui court le cacheton pour enseigner le piano et l’orgue sera le rénovateur de notre musique. Il réunit le lyrisme français et la rigueur allemande, Berlioz et Beethoven, et surtout il transmet à ses élèves cet équilibre. Sa « Sonate pour piano et violon » est une des plus belles du répertoire, comme son « Quintette avec piano ». Franck sera une des vedettes de Nantes.
La pianiste Anne Queffélec

La pianiste Anne Queffélec

© DR
Renaud Capuçon, Michel Dalberto, Anne Queffelec...serviront ces grands compositeurs français
Autour de Franck s’est formé un petit cercle d’admirateurs qui fonde en 1871 la Société Nationale de Musique avec pour devise « Ars Gallica » et pour principe jouer et encourager les compositeurs français. Ces admirateurs –la « bande à Franck »- sont Ernest Chausson (merveilleux « Poème pour violon et orchestre » ou le « Concert » que défendra Renaud Capuçon), Henri Duparc (auteur des plus belles mélodies françaises), Vincent d’Indy (lumineuse « Symphonie cévenole »).

Gounod, Bizet, Saint-Saëns...
Jusqu’alors la bourgeoisie du temps allait à l’Opéra. Pour s’amuser, Offenbach. Pour pleurer,  Gounod (« Faust »), Saint-Saëns (« Samson et Dalila ») ou Bizet (« Carmen », l’œuvre la plus représentée au monde). On découvrira à Nantes des messes de Gounod, de Bizet, outre les suites de « Carmen » et de l’ »Arlésienne », une délicieuse symphonie composée à 17 ans (Bizet était un enfant prodige). Et bien sûr, puisque l’austère Saint-Saëns était capable d’humour, son « Carnaval des animaux » sera joué chaque jour devant un parterre d’enfants fascinés… et de parents réjouis.

https://videos.francetv.fr/video/NI_143645@Culture

Massenet, Debussy et Ravel  
Gounod, Saint-Saëns, Bizet, faisaient autre chose que de l’opéra. Massenet aussi. Le compositeur de « Manon » et de « Werther » sera défendu par Michel Dalberto. Michel Dalberto et Anne Queffelec, deux « stars » du piano qui joueront magnifiquement…le jeu ! Elle dans un programme autour de Satie, Dalberto, aux côtés de Ravel et Debussy.
    
Deux figures dominent donc cette période : Claude Debussy (1862-1918) et Maurice Ravel (1875-1937).  Pendant quelques temps on les a opposés : Debussy, chéri des musiciens et des théoriciens, Ravel, chéri du public : Pierre Boulez, jeune, le détestait pour cela (avant d’en devenir l’un des meilleurs interprètes !). Debussy, inventeur de formes et d’un langage musical qui ouvre vers l’avenir, Ravel, qui ferme au contraire son époque par la perfection qu’il donne à des formes anciennes. Mais surtout pour nous, mélomanes, la poésie profonde, la sensualité des sonorités debussystes, la tendresse pudique et noire de Ravel.
                                  
Redonner sa place à Gabriel Fauré
J’ajouterai une troisième immense figure, Gabriel Fauré (1845-1924). Le plus injustement méconnu malgré –ou à cause- de son fameux « Requiem : trop fameux car il donne l’image d’un compositeur éthéré, presque mièvre, qui, d’ailleurs, n’était pas très à l’aise avec l’orchestre de sorte qu’il est peu joué par ceux-ci. Mais sa musique de chambre, du « 1er quatuor avec piano » de sa jeunesse au « Trio » de ses 78 ans est une des plus belles, des plus lyriques, des plus poétiques qui soient . Fauré sera heureusement abondamment joué à Nantes, ainsi que son œuvre pour piano, plus secrète et, disons-le, plus difficile.

Et 3 phares d'aujourd'hui : Messiaen, Dutilleux ou Boulez
Voilà un panorama incomplet pour des « heures exquises » mais surtout éblouissantes ! René Martin, comme la musique française, ne s’est pas arrêté à la guerre ; il a poussé jusqu’aux contemporains, Messiaen, Dutilleux ou Boulez, trois « phares » d’aujourd’hui. Sans compter les « développements » espagnols dont je vous parlerai par ailleurs. L’occasion en tout cas de rappeler la richesse de notre patrimoine musical, hélas ! trop souvent négligé par nos programmateurs. Car depuis plusieurs années les meilleurs défenseurs de la musique française dans les salles de concert et les bacs à disques… sont les Anglais.

La Folle Journée de Nantes 2013