Boris Charmatz fait ses adieux à Rennes samedi avec "La Ruée"

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Mis à jour le 22/11/2018 à 17H40, publié le 22/11/2018 à 14H29
Le chorégraphe Boris Charmatz au Théâtre national de Bretagne, à Rennes, le 21 novembre 2018

Le chorégraphe Boris Charmatz au Théâtre national de Bretagne, à Rennes, le 21 novembre 2018

© Damien Meyer / AFP

Après dix ans passés à la tête du "Musée de la Danse" à Rennes, le danseur et chorégraphe Boris Charmatz fait ses adieux samedi à la Bretagne avec "La Ruée", en clôture du Festival TNB (Théâtre national de Bretagne).

Née de "l'Histoire mondiale de la France" de Patrick Boucheron, historien associé au TNB, "La Ruée", dernière création et expérimentation de Boris Charmatz à Rennes, se présente comme une "exposition vivante" de ce livre collectif à succès.
 
Plus de 46 chapitres de cet essai, qui revisite l'histoire de France sous le prisme de l'interaction entre l'Hexagone et le monde, ont été confiés à des artistes. A charge pour eux d'en lire, commenter et interpréter des passages pendant trois heures dans tous les espaces du TNB.
 
"Cela faisait longtemps qu'on voulait envahir, amicalement, le TNB", raconte à l'AFP Boris Charmatz, qui évoque "un déploiement du livre, comme si on en arrachait les pages, dans l'enceinte du théâtre, où le spectateur sera libre d'aller et venir". Le TNB baignera pour l'occasion dans le jeu de lumières du créateur Yves Godin.

Chef de file de la "non-danse"

Ce spectacle épique vient clore le foisonnant Festival TNB, un "précipité de la saison" qui marie danse, théâtre, cinéma et arts plastiques en une quarantaine de spectacles.
 
"Nous avons voulu donner de la place à des propositions singulières comme 'La Ruée' qui auraient peut-être eu du mal à être intégrées dans la saison", explique à l'AFP Arthur Nauzyciel, directeur du TNB.
 
Artiste à la renommée internationale, Boris Charmatz est considéré comme l'un des chefs de file de la "non-danse", faisant profession d'investir tous types d'espaces publics et de décloisonner, comme Arthur Nauzyciel au TNB, les frontières entre les arts. De son passage à Rennes, le danseur de 45 ans retiendra "des années extraordinaires", lui qui a rebaptisé à son arrivée "Musée de la danse" le "Centre chorégraphique national de Rennes".

Les danseurs en archives vivantes

Je voulais inventer un nouveau type d'espace public pour la danse, qui se pose des questions de collection, de muséologie, d'exposition de la danse", explique-t-il.
 
Alors qu'à l'époque "personne ne croyait à ce projet", "un catalogue sur le Musée de la Danse figure aujourd'hui au MoMA", se plaît-il à raconter. Boris Charmatz s'est en effet ingénié à "ouvrir des pistes" sur ce que pourrait être un "musée" de la danse. Dans son spectacle "20 danseurs pour le 20e siècle", présenté à Londres et New York, des danseurs interprètent un solo du répertoire de danse du siècle dernier. "Chaque danseur est son propre musée, constitue lui-même des archives vivantes", plaide le chorégraphe.
 
Si des petits Rennais ont investi la Cour d'honneur du Festival d'Avignon avant de présenter le spectacle "Enfant" à Berlin, Londres et Amsterdam en 2011, les Rennais se souviendront aussi de "Fous de danse". Cette danse collective géante a réuni à trois reprises pendant 12 heures quelque 16.000 danseurs, amateurs et professionnels, dans les rues de la ville.
 
Le chorégraphe a également introduit dans la ville, la nuit, une danse "hallucinée" assortie d'improvisations verbales : "Danse de nuit".

La danse au musée et dans la rue

"Très vite, on a été considérés comme un musée 'think tank' et les portes des grands musées se sont ouvertes", raconte le danseur, rappelant que les musées d'art "sont devenus des musées d'installations, de films, et des lieux d'expériences".
 
Amener la danse contemporaine dans la rue, aller à la rencontre de nouveaux publics, telle est la signature de Charmatz, qui s'apprête aujourd'hui à redevenir un chorégraphe indépendant, et qui va travailler pendant trois ans dans les Hauts-de-France.
 
Le Festival TNB présente jusqu'à samedi une dizaine de spectacles dans de multiples lieux, dont un hôpital psychiatrique. Parmi les temps forts, une création théâtrale du cinéaste Christophe Honoré. Lors du festival, une centaine de programmateurs étrangers ont également pu découvrir une douzaine d'artistes français émergents.