Angelin Preljocaj présente "La Fresque", sa dernière création, à Aix-en-Provence

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/09/2016 à 14H34
Angelin Prelcojaj et ses danseurs à Aix-en-Provence, à la fin d'une représentation de sa chorégraphie "La Fresque", le 19 septembre 2016

Angelin Prelcojaj et ses danseurs à Aix-en-Provence, à la fin d'une représentation de sa chorégraphie "La Fresque", le 19 septembre 2016

© Anne-Christine Poujoulat / AFP

A bientôt 60 ans, dont trente à la tête de la troupe qui porte son nom, Angelin Preljocaj, l'une des principales stars de la danse contemporaine en France et à l'international, dit danser encore "tous les jours". Il est actuellement en tournée avec sa dernière création "La Fresque", inspirée d'un conte chinois.

"Ne serait-ce que parce que quand je suis en création, j'aime chercher le mouvement dans mon corps. Comme disait Nietzsche, qu'un jour où on n'a pas  dansé soit considéré comme un jour perdu", dit à l'AFP Angelin Preljocaj, dont la  nouvelle création "La Fresque", inspirée d'un conte traditionnel chinois, est actuellement en tournée après avoir été présentée le 20 septembre dernier à Aix-en- Provence.

Reportage : N. Berthier / J-C. Duclos / B. Vidal

https://videos.francetv.fr/video/NI_822757@Culture

 
"J'ai été aidé au niveau de la dramaturgie par ce conte magnifique, qui raconte cette histoire incroyable et un peu fantasmagorique d'un homme qui tombe amoureux d'une image d'une femme et qui est transporté à l'intérieur même de cette image", affirme à l'AFP le chorégraphe, qui a dirigé cinq danseuses et cinq danseurs dans cette pièce, très applaudie par une salle presque comble. "Peinture sur le mur", le conte qui a inspiré son ballet, "est d'une modernité incroyable", affirme Angelin Preljocaj.
 
"Aujourd'hui, il y a toute une génération de jeunes qui sont confrontés à ce qu'on appelle les réalités virtuelles. Quand on voit les gamins qui cherchent des Pokémons dans la rue il n'y a rien d'aberrant à dire qu'un homme rentre dans une image pour aller voir une jeune fille dont il est tombé  amoureux."
"La Fresque", dernière création d'Angelin Preljocaj, à Aix-en-Provence

"La Fresque", dernière création d'Angelin Preljocaj, à Aix-en-Provence

© Anne-Christine Poujoulat / AFP


Musique de Nicolas Godin, costumes d'Azzedine Alaïa

Dans une atmosphère grave, les danseurs se détachent sur un fond noir, parfois zébré par des projections blanches, qui ressemblent à des volutes de fumée, à des mèches de cheveux en gros plan ou à un ciel étoilé, lors d'un intense pas-de-deux entre le jeune homme et la femme de la fresque.

Tout au long de la pièce, les cheveux des danseuses jouent un rôle central,  fouettent l'air ou se transforment en lianes tombant du plafond. La musique alterne synthés, guitares rock, violons, saxophones. Elle est signée Nicolas Godin, du duo Air avec lequel Angelin Preljocaj a déjà collaboré en 2003 sur "Near Life Experience".
 
Il s'agit également de la deuxième collaboration du chorégraphe avec le couturier franco-tunisien Azzedine Alaïa, qui signe des costumes simples et  fluides, notamment en noir et blanc, avec quelques touches de rouge, vert,  beige. En 2013, le couturier avait déjà réalisé les costumes du ballet "Les Nuits".
 
"On a eu envie de recommencer, on a une complicité et une affinité  artistique très fortes, c'est une force de la nature", affirme Angelin  Preljocaj, qui dit ne pas avoir cherché explicitement à travailler avec des  artistes français tout en soulignant qu'il y "a des talents en France, il faut le dire". 

Près de 50 pièces depuis les années 1980

Depuis le milieu des années 1980, Preljocaj  a chorégraphié près de 50 pièces, dont des créations reprises sur les plus grandes scènes du monde, du New York City Ballet à la Scala de Milan. Il est aujourd'hui directeur artistique du Pavillon noir à Aix-en-Provence, un centre chorégraphique conçu  pour lui par l'architecte Rudy Riciotti et inauguré en 2006, où il dirige une troupe de 24 danseurs.
 
Né à Sucy-en-Brie (Val-de-Marne) en 1957 - ses parents réfugiés ont fui  l'Albanie du dictateur stalinien Enver Hoxha -, Angelin Preljocaj  grandit avec quatre soeurs à Champigny-sur-Marne "dans les cités de cette municipalité communiste que j'affectionne particulièrement", confie-t-il.
 
Pourquoi devient-il danseur ? "C'est une photographie de Noureev qui m'a happé, le montrant dans un saut magnifique, avec un visage illuminé de  l'intérieur et la légende 'Rudolf Noureev transfiguré par la danse'. J'étais un  gamin, ça m'a fait un choc."

La danse, un combat

Dès le début, la danse est pour lui "un vrai combat, contre ma famille, contre les gens de la cité qui ne comprenaient pas, puis ça a été un combat  d'imposer une compagnie de danse et une esthétique contemporaines dans un  milieu où la danse classique était très portée par les institutions".
 
Preljocaj  évoque la "chance" d'avoir eu alors au début des années 1980 "un ministre qui a su mener un combat en notre faveur, Jack Lang".
 
Avant le Pavillon noir, sa troupe est installée à Châteauvallon, à côté de Toulon (Var), mais elle quitte les lieux en 1995 après les élections municipales. "Je n'étais pas d'accord avec les tendances politiques du nouveau maire Front national et j'ai préféré partir. Quand on est un centre  chorégraphique national, on a dans son conseil d'administration des membres de la municipalité et je ne voulais pas vivre ça."
 
C'est Jean-Claude Gaudin, élu maire de Marseille cette même année, qui "a  eu l'élégance de me proposer de rester dans la région. Après une période de nomadisme, c'est la ville d'Aix qui nous a accueillis".

Les Balkans toujours en filigrane

"J'y suis depuis vingt ans avec un bonheur incroyable, pour l'instant je n'ai pas l'intention de partir", affirme-t-il, confirmant humblement avoir été "souvent approché" pour prendre la tête du ballet de l'Opéra de Paris.
 
De son pays d'origine, où il ne retournera qu'après la chute du régime en 1991, il garde la maîtrise de l'albanais, qu'il parle avec un accent français "horrible ou hilarant", plaisante-t-il, ainsi qu'un certain nombre de  thématiques qui surgissent régulièrement dans ses ballets.
 
"Les Balkans, c'est quelque chose qui finit par sourdre, en filigrane, peut-être dans tous mes spectacles", affirme-t-il, à l'instar de son "Hommage aux Ballets Russes" de 1993, qui met en scène le mariage traditionnel albanais, basé sur le rituel du rapt.
 
"J'ai toujours été étonné des mariages français très gais. En Albanie, une sorte de drame se déroulait, les femmes pleuraient, les hommes tiraient des coups de feu en l'air... c'était très fort comme choc culturel", observe-t-il.

Nourrir la danse par l'extérieur

En 1990, il situe sa création "Roméo et Juliette" dans le contexte des régimes totalitaires des pays de l'Est, et travaille avec deux autres artistes des Balkans, le dessinateur de bande-dessinée Enki Bilal et le musicien Goran Vejvoda.
 
A la rentrée 2016, il a présenté à la Mostra de Venise son premier long-métrage, "Polina, danser sa vie", réalisé avec la cinéaste Valérie Müller,  son épouse, et se dit passionné par le cinéma. Il vient également de réaliser la publicité du nouveau parfum Hermès.
 
"La meilleure façon de nourrir la danse, c'est par l'extérieur. Il ne faut pas entrer dans une sorte d'auto-nutrition", affirme Angelin Preljocaj.