Un carnaval de Rio placé sous le signe de la contestation

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/02/2018 à 19H58, publié le 09/02/2018 à 09H53
Carnaval de Rio 2018

Carnaval de Rio 2018

© ESPECIAL / NOTIMEX

Le coup d'envoi du Carnaval de Rio de Janeiro a été donné vendredi sous le signe de la contestation, avec des critiques envers le maire évangélique Marcelo Crivella et la corruption généralisée qui mine le Brésil. L'ouverture officielle a eu lieu lors de la remise des clés de la ville au Roi Momo, monarque obèse et jovial qui symbolise l'exubérance sensuelle de cette fête populaire.

"Je déclare officiellement le carnaval ouvert", s'est écrié le Roi Momo, figure symbolique appelée à régner sur la "Ville Merveilleuse" jusqu'au mercredi des cendres, après avoir reçu les clés de la ville à la résidence officielle du maire.

Le carnaval aura pour point culminant le défilé des écoles de samba, dimanche et lundi soir.

En 2017, Marcelo Crivella, pasteur de l'Église universelle du règne de Dieu, accusé d'être moralisateur par ses détracteurs, avait boudé cette cérémonie quelques semaines après sa prise de fonctions. Il était devenu le premier maire à ne pas assister aux défilés au sambodrome depuis l'inauguration de ce stade en forme d'avenue entourée de gradins en 1984.

"Je ne veux pas gâcher la fête", assure le maire

"Ce n'est pas vrai ce que les gens disent, que (j'ai) une sorte de préjugé contre le carnaval", a affirmé Marcelo Crivella, lors d'un discours peu avant la remise des clés. "Je ne veux pas gâcher la fête", a-t-il insisté, soulignant même que les festivités pouvaient "redonner de l'optimisme" à une ville secouée par la violence et une grave crise financière.

Même s'il était bien présent lors de la cérémonie, le maire s'est toutefois gardé de remettre les clés personnellement au Roi Momo, flanqué de ses "princesses", deux sublimes danseuses vêtues de longues robes recouvertes de paillettes. Légèrement en retrait sur le perron, l'ancien pasteur de l'Église universelle du règne de Dieu a gardé les mains derrière le dos et n'a pas touché les clés, laissant le président de l'office de tourisme de Rio s'acquitter de la tâche... 

13 écoles de samba

Entre-temps, treize écoles de samba se préparent, dans ce contexte, à défiler. Il s'agit des écoles du "Groupe spécial", entre 3.000 et 4.000 personnes chacune, l'élite du carnaval, qui défileront toute la nuit, dimanche et lundi au sambodrome, devant 70.000 spectateurs pour une compétition notée selon des critères précis par 54 jurés. Les écoles sont réparties en plusieurs divisions, la deuxième catégorie défilant les vendredi et samedi précédents.
 
Avec humour et créativité, les messages politiques transparaissent aussi bien sur les déguisements des fêtards du carnaval de rue que sur les chars monumentaux des écoles de samba, qui ont dû préparer leurs défilés avec moitié moins de subventions municipales cette année. Des coupes budgétaires justifiées par l'état des comptes publics de la "Ville merveilleuse". Mais pour de nombreux Cariocas (les habitants de Rio), la crise a bon dos alors que l'afflux massif de touristes devrait injecter près d'un milliard d'euros dans l'économie.

Samedi dernier, de nombreux T-shirts avec le message "Crivella dehors !" avaient déjà été vus lors du cortège "Simpatia é quase amor" ("La sympathie, c'est presque de l'amour"), qui a attiré des dizaines de milliers de fêtards déguisés sur la plage d'Ipanema.

Des chars au ton revendicatif

La colère de la rue trouvera un écho au sambodrome, notamment auprès de Mangueira, une des écoles de samba les plus traditionnelles, qui défilera sur le thème : "Avec ou sans argent, je profite du carnaval".

"Pour la doctrine évangélique, le carnaval, c'est la fête du diable. Un croyant peut penser ça mais pas le maire de Rio", a affirmé Leandro Vieira, directeur artistique de Mangueira. Marcelo Crivella a répondu aux critiques, à sa manière. "Je veux que le carnaval soit joyeux. Si les gens veulent critiquer le maire, pas de problème. Mais il ne faut pas boire et conduire à grande vitesse. Ni se bagarrer. C'est ça qui gâche le carnaval."

Hormis la frilosité du maire envers les festivités, les Brésiliens ne manquent pas de sujets de moquerie pour ce carnaval au ton revendicatif. L'école de samba "Beija Flor" a choisi le thème de Frankenstein pour faire passer l'idée que le Brésil est victime des attaques "monstre" de la corruption et de l'intolérance. Un énorme char à l'effigie d'un rat doit représenter les hommes politiques véreux. Un autre char effrayant, à l'effigie d'un vampire, doit clore le défilé de Paraiso do Tuiti, une allusion au président conservateur Michel Temer, lui aussi accusé de corruption et dont la cote de popularité est basse.

Normes de sécurité renforcées

En 2017, un conducteur avait perdu le contrôle de son char, qui avait percuté une tribune, a tué une journaliste tandis que le toit d'un autre char avait cédé sous le poids des danseurs, faisant de nombreux blessés.

Le maire Crivella a promis de se rendre au sambodrome, non pas pour danser, mais pour vérifier la solidité des infrastructures. Il a aussi annoncé que les conducteurs devraient subir pour la première fois des éthylotests avant les défilés.