Francophonie : Emmanuel Macron présente sa "stratégie"

Par @Culturebox
Mis à jour le 21/03/2018 à 10H18, publié le 17/03/2018 à 14H51
Le château de Villers-Cotterêts, futur centre de la francophonie ?

Le château de Villers-Cotterêts, futur centre de la francophonie ?

© Daniel Thierry/Photononstop/AFP

Ce mardi 20 mars, Emmanuel Macron doit prononcer un discours très attendu à l'Académie Française, à l'occasion de la "Semaine de la langue française et de la Francophonie" (17-25 mars). Des annonces sont attendues pour promouvoir le français afin de le faire passer de la cinquième à la troisième langue la plus parlée dans le monde.

Le chef de l'État a choisi "le temple" de la défense du français, l'Institut de France, pour prononcer un discours "positif" à l'occasion de la Journée internationale de la francophonie. Il doit présenter devant les membres de l'Académie française, mais aussi 300 jeunes, "une vision nouvelle, décomplexée, de la francophonie et du multilinguisme", précise l'Élysée.

Une trentaine de mesures attendues

Une trentaine de mesures devraient être annoncées pour améliorer l'enseignement du français, promouvoir sa place - de plus en plus contestée - dans les enceintes internationales et soutenir les artistes qui l'utilisent, comme les écrivains ou les musiciens.

"Je ne fais pas partie des défenseurs grincheux" de la langue française, mais "je suis un défenseur conquérant et ambitieux", a lancé début mars Emmanuel Macron en accueillant le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard.

À ce titre, il n'hésite pas à bousculer les tenants sourcilleux de la prééminence de la langue française en toute occasion. En Inde récemment, comme à Davos ou devant des patrons étrangers, Emmanuel Macron s'est ainsi exprimé en anglais là où ses prédécesseurs, moins à l'aise dans cette langue, privilégiaient toujours le français. Sur les réseaux sociaux, son tweet le plus partagé est "Make our planet great again", lancé pour répliquer à Donald Trump après l'annonce du retrait des États-Unis de l'accord sur le climat.

Un président anglophone, mais offensif sur la francophonie

Parallèlement, Emmanuel Macron s'est montré à plusieurs reprises offensif sur la francophonie. Il a appelé à relever "le défi" de faire du français "la première langue de l'Afrique" dans son discours "à la jeunesse africaine" à Ouagadougou en novembre.

C'est en effet grâce au dynamisme démographique de l'Afrique que la francophonie est l'espace linguistique à la plus forte croissance : +143% prévu entre 2015 et 2065 (+62% pour l'anglais), selon l'Onu. D'ici à 2065, un milliard de personnes devrait parler français, soit cinq fois plus qu'en 1960, au deuxième rang des langues internationales derrière l'anglais et au troisième des langues les plus parlées (internationales ou pas).

Reportage : A-C Lambard, N. Pagnotta

https://videos.francetv.fr/video/NI_1205725@Culture


Le français est actuellement cinquième après le mandarin, l'anglais, l'espagnol et, suivant les estimations, l'arabe ou l'hindi, selon l'Organisation internationale de la francophonie (OIF). Ces dernières années, l'Afrique a fourni 80% de la croissance, ajoute l'OIF. Il faut donc avoir "une conception ouverte" de la francophonie en prenant acte que "le français est désormais plus parlé hors de France que sur le territoire national", indique-t-on à l'Élysée.

Le spectre du passé colonial français brandi par des intellectuels

Mais certains intellectuels africains estiment que Paris, en promouvant ainsi la francophonie, n'a pas encore tourné la page du passé colonial. "La francophonie est malheureusement encore perçue comme la continuation de la politique étrangère de la France dans ses anciennes colonies", explique l'écrivain Alain Mabanckou pour justifier son refus de collaborer avec Leïla Slimani, romancière franco-marocaine que M. Macron a nommée sa "représentante personnelle pour la francophonie".

"Il faut en finir avec cette affirmation - saugrenue - qui voudrait faire de la francophonie un avatar du colonialisme", a réagi la Canadienne native d'Haïti Michaëlle Jean, secrétaire générale de l'OIF, qui regroupe 84 Etats et gouvernements.

Développer l'enseignement du français via internet, et aider les réfugiés

Au delà de l'Afrique, Emmanuel Macron veut accentuer les efforts pour augmenter le nombre d'apprenants du français par internet, par l'implantation d'universités et de grandes écoles à l'étranger et par une meilleure formation des professeurs. À New Delhi, il a ainsi appelé à doubler le nombre d'étudiants indiens accueillis en France pour le porter à 10.000 d'ici 2020.

Il devrait en outre annoncer des mesures pour aider les réfugiés débarqués en France à apprendre le français.

Avant de prononcer son discours, Emmanuel Macron doit recevoir à déjeuner une quinzaine d'acteurs de la francophonie, dont la chanteuse malienne Rokia Traoré, le rappeur MHD ou l'écrivain algérien Kamel Daoud.

La semaine de la Francophonie, à l'occasion de laquelle Emmanuel Macron doit s'exprimer, donne chaque année l'opportunité, aux amoureux des mots, à célébrer la richesse de notre langue avec spectacles, lectures, concours d’éloquence, matchs d’improvisations, ateliers d’écriture. Pour la ministre de la Culture Françoise Nyssen, il s'agit de relier les 300 millions d'hommes et de femmes parlant le français dans le monde.

Semaine de la Francophonie : "la parole" pour thématique

Le thème de la 23e édition de la "Semaine de la langue française et de la Francophonie" est la parole : quels rôles, quelles formes et quels usages prend-elle dans nos sociétés ? Ce thème est au cœur des manifestations organisées dans 70 pays participants au travers de 1 500 événements. En France, ce sont 500 librairies, et des dizaines d’associations, bibliothèques, établissements scolaires ou universitaires, musées, théâtres, hôpitaux, qui proposent des animations. Les médias audiovisuels (France 3, Culturebox...) participent également à l'opération. 

Parmi les événements culturels...

Les élèves musiciens de différents établissements du réseau scolaire mondial de l’AEFE devaient se produire dans l’auditorium de la Maison de la Radio samedi 17 mars. Par ailleurs, la 3e édition des "Voix d'Orléans, rencontres de la Francophonie" se tient les 5, 6 et 7 avril. Cette année, plus d’une trentaine d’intellectuels francophones se retrouvent afin d’aborder la notion de progrès. Axel Khan, médecin, généticien, scientifique ouvre cette 3e édition qui réunira 40 invités, originaires de 16 pays pour des débats d’idées :  20 tables rondes, conférences et rencontres sont proposés. 

Emmanuel Macron et le château de Villers-Cotterêts

Lors de son discours à l'Académie Française, le président pourrait également détailler son projet autour du château de Villers-Cotterêts dans l'Aisne, un joyau de la Renaissance de 23.000 m2 en mauvais état. En septembre dernier, c'est au château de Monte-Cristo, dans les Yvelines, qu'Emmanuel Macron a promis de dédier le château de Villers-Cotterêts "à la culture francophone". C'est là, en 1539, que le pouvoir a imposé l'usage du français dans les actes officiels.

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