Francophonie : Emmanuel Macron veut doubler le nombre d'élèves dans les lycées français à l'étranger

Par @Culturebox
Mis à jour le 20/03/2018 à 19H52, publié le 20/03/2018 à 17H39
Emmanuel Macron, mars 2018 

Emmanuel Macron, mars 2018 

© LUDOVIC MARIN / AFP

Lors d'un discours à l'Académie Française, à l'occasion de la "Semaine de la langue française et de la Francophonie" (17-25 mars) ce 20 mars, Emmanuel Macron a fixé l'objectif de doubler le nombre d'élèves dans les lycées français à l'étranger, qui accueillent actuellement près de 350.000 jeunes dans 500 établissements à travers le monde.

Les lycées français à l'étranger sont "la colonne vertébrale" de l'enseignement du français, a déclaré le chef de l'Etat. "Ce réseau sera consolidé et dynamisé", a-t-il indiqué, afin notamment de répondre à la demande croissante d'enseignement français à l'étranger.

Des établissements "partenaires"

Pour cela, il faudra développer, selon lui, les établissements "partenaires" et créer des pôles régionaux de formation, comme au Mexique, pour former les nouveaux enseignants.

Emmanuel Macron a énuméré une trentaine de mesures destinées à renforcer "la place et le rôle" de la langue française et du plurilinguisme, notamment en améliorant son enseignement en Afrique. Il a annoncé l'ambition de doubler le nombre d'étudiants étrangers en France venant des pays émergents, qui doivent être accueillis dans de meilleures conditions. Un plan sera présenté début 2019.

Améliorer l'accès au français pour les réfugiés en France

Le chef de l'Etat a également insisté sur la nécessité d'améliorer l'accès au français pour les réfugiés en France, qui ont droit actuellement à 250 heures d'apprentissage. Mais "je vous défie d'apprendre le français en 250 heures", a-t-il dit, en annonçant que le volume de cours gratuits serait porté à 400 heures, voire à 600 heures pour ceux qui ne maîtrisent ni la lecture ni l'écriture.

Grâce au dynamisme démographique de l'Afrique, la francophonie est l'espace linguistique à la plus forte croissance : +143% prévu entre 2015 et 2065 (+62% pour l'anglais), selon l'ONU. D'ici à 2065, un milliard de personnes devraient parler français, soit cinq fois plus qu'en 1960, au deuxième rang des langues internationales derrière l'anglais et au troisième des langues les plus parlées (internationales ou pas).

Le français est actuellement cinquième après le mandarin, l'anglais, l'espagnol et, suivant les estimations, l'arabe ou l'hindi, selon l'Organisation internationale de la francophonie. Ces annonces pour promouvoir le français vise à le faire passer de la cinquième à la troisième langue la plus parlée dans le monde. 

Macron célèbre "les profs de français, ces héros"

Emmanuel Macron a rendu un vibrant hommage à "ces héros bien particuliers qu'on appelle les profs de français" et formulé quelques exigences sur leur programme, dont le retour aux "oeuvres intégrales". "Sur ce sujet", a souri le chef de l'Etat, dont l'épouse était professeur de français, "j'ai une forme de conflit d'intérêt biographique qui pourrait conduire à fausser mon jugement, je ne pourrai le nier. Mais je veux néanmoins dire que l'histoire de notre pays fut constituée par ces héros que sont les professeurs de français", a-t-il insisté.

"Le professeur de français est cette figure centrale qui forge l'esprit, la sensibilité, la mémoire, la curiosité car la grammaire, le vocabulaire, l'étymologie et la littérature sont le terreau où nos vies s'enracinent", a-t-il poursuivi, estimant que "tous ici avons un dette à l'égard de ces éveilleurs". 

Il a ensuite cité les fondamentaux qu'il veut voir enseignés à l'école, où "la lecture sera au coeur de l'apprentissage". Il a demandé "des exercices multipliés, de la dictée à la pièce d'éloquence, de la lecture à voix haute à la chanson, de la récitation à la réflexion sur la racine des mots, qui passe par la revitalisation résolue des langues anciennes". "Nous ne pouvons être davantage ce pays où ces reculs avaient été admis", a-t-il critiqué. "Je veux que la littérature française retrouve toute sa place aux dépens des succédanés dont trop souvent on s'est satisfait et je veux que les élèves renouent avec les oeuvres intégrales trop souvent découpées en extraits, avec le plaisir de lire, (...) qui accepte qu'on se perde dans des longueurs", a-t-il réclamé. 

Il a aussi souhaité que soient lus davantage d'écrivains étrangers en langue française et que la journée du 20 mars soit "dédiée à la connaissance des littératures en langue françaises à l'école".

Le château de Villers-Cotterêts, "laboratoire de la francophonie"

Le château de Villers-Cotterêts, petite ville de l'Aisne à la riche histoire, va devenir "un laboratoire de la francophonie", a annoncé Emmanuel Macron. Le président a détaillé le projet, qu'il avait annoncé en septembre, de restaurer ce château où François Ier a signé en 1539 les ordonnances ayant fait de la langue française la langue officielle. 

Ce château du XVIe siècle, propriété de l'État et classé Monument historique, deviendra un "lieu d'exposition, de rencontres, de recherches, de pédagogie, de résidences d'artistes ou de chercheurs, de travail, de création, d'écriture et de spectacle", a-t-il dit. C'est "une tâche titanesque" en raison des importants travaux à réaliser pour réhabiliter ce vaste château, actuellement fermé au public après avoir été un hospice puis une maison de retraite jusqu'en 2014.

Villers-Cotterêts est aussi la ville où le romancier Alexandre Dumas "est né d'un père mulâtre, esclave émancipé devenu soldat de la France", a précisé Emmanuel Macron.