Riss, patron de Charlie Hebdo : "La liberté d'expression devient un produit de luxe"

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/01/2018 à 15H54, publié le 02/01/2018 à 15H49
Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo (ici en juin 2015). 

Riss, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo (ici en juin 2015). 

© MARTIN BUREAU / AFP

Le 7 janvier 2015, Charlie Hebdo subissait un attentat terroriste faisant douze morts, parmi lesquels des figures emblématiques de ce journal satirique qui a toujours porté haut la liberté d'expression. Trois ans après, celle-ci devient "un produit de luxe", déplore le directeur de la rédaction Riss, dans un numéro à paraître le 3 janvier, en raison du coût consacré à la sécurisation du journal.

Dans un éditorial du Charlie Hebdo du 3 janvier, intitulé "Liberté d'expression, combien ça coûte?", Riss écrit : "Chaque semaine, au moins 15.000 exemplaires, soit près de 800.000 exemplaires par an, doivent être vendus uniquement pour payer la sécurisation des locaux de Charlie Hebdo". 

Un journal vendu sur deux finance la sécurité de Charlie

"Est-il normal pour un journal d'un pays démocratique que plus d'un exemplaire sur deux vendus en kiosque finance la sécurité des locaux et des journalistes qui y travaillent ? Quel autre média en France doit investir autant d'argent pour lui permettre d'user de cette liberté fondamentale qu'est la liberté d'expression ?", s'interroge-t-il.

"Cette liberté, vitale et indissociable de notre démocratie, est en train de devenir un produit de luxe, comme le sont les voitures de sport ou les rivières de diamants de la place Vendôme, et dont seuls les médias fortunés pourront jouir à l'avenir", regrette le directeur.

"Trois ans dans une boîte de conserve"

Le 7 janvier 2015, l'hebdomadaire satirique a été la cible d'une attaque jihadiste, lors de laquelle deux hommes armés ont exécuté 11 personnes dans les locaux parisiens du journal.
Parmi les victimes, des figures emblématiques du journal comme Cabu, Wolinksi, Honoré, Tignous, l'ex-directeur de la rédaction Charb, ou l'économiste Bernard Maris.

"Trois ans dans une boîte de conserve" titre le numéro anniversaire de mercredi 3 janvier. Sur la une, un dessin de Riss montre la porte d'un bunker où est inscrit "Charlie Hebdo", et où quelqu'un dit à travers un fenestron entrouvert : "Le calendrier de Daech? On a déjà donné." Le journal publie notamment un récit de la tuerie par le journaliste Fabrice Nicolino, intitulé "Ce que ces trois années ont vraiment changé". "Le 7 janvier 2015 nous a propulsés dans un monde nouveau, fait de policiers en armes, de sas et de portes blindées, de trouille, de mort. Et cela en plein Paris, et cela dans des conditions qui n'honorent pas la République française. Est-ce qu'on se marre quand-même ? Oui", raconte-t-il.

Un week-end d'hommages

Des hommages sont prévus avec une journée "Toujours Charlie" samedi, organisée par la Licra, le comité Laïcité République et le Printemps républicain, avec débats, table-ronde et concert aux Folies Bergères à Paris.

Dimanche, un rassemblement est organisé place de la République à l'appel du Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme (MPCT).