Mai 68 : une nouvelle approche décloisonnée de la culture

Par Culturebox (avec AFP) @Culturebox
Publié le 29/03/2018 à 14H59
Orlan, performance : "Le Baiser de l Artiste",  Grand Palais / FIAC, 977

Orlan, performance : "Le Baiser de l Artiste",  Grand Palais / FIAC, 977

© Patrick SICCOLI/SIPA

Dépasser les hiérarchies et les clivages entre les arts plastiques, la musique ou le cinéma : Mai 68 a entraîné une nouvelle approche de la création artistique dont Beaubourg est le symbole.

Pour Eric de Chassey, directeur général de l'Institut national d'histoire de l'art, les "événements" ont marqué "un changement de la pratique artistique".Mais "le décloisonnement est dans l'esprit des années 60" et des expériences avaient eu lieu avant 68 au Centre américain à Paris. Après 68, "l'art sort des cadres dans tous les sens de ce terme, les artistes décident de s'exprimer directement dans l'espace public", note Claude Mollard, qui fut secrétaire général du Centre Pompidou de 1971 à 1978.

"La révolution dans l'art ou l'art pour la révolution"

"Daniel Buren fait des interventions dans la rue non loin du Palais Royal où il réalisera en 1986 ses fameuses colonnes", se rappelle-il.
Daniel Buren, Colonnes, Palais Royal, 1986

Daniel Buren, Colonnes, Palais Royal, 1986

© Pascal GEORGE / AFP
Certains artistes utilisent leur propre corps comme lieu d'expression ou instrument de mesure telle Gina Pane ou Orlan. En 1970, le très austère groupe Supports/Surfaces n'hésite pas à faire des expositions sur les plages pendant l'été, s'exposant à l'incompréhension des vacanciers qui voient dans leurs oeuvres "filets de badminton ou délimitation de champs".

68 est aussi l'occasion de débats virulents entre ceux qui reprochent à l'art de ne pas aborder les problèmes des travailleurs et ceux qui considèrent qu'il faut donner aux masses un accès à l'imaginaire. Un dilemme résumé par la formule: "la révolution dans l'art ou l'art pour la révolution". Parmi les effets de 68, Claude Mollard souligne aussi la remise en cause de la hiérarchie entre peinture, sculpture, arts appliqués (tapisserie, céramique....) et design industriel.

Le centre Pompidou, une "volonté d'être tranversal, de se défaire des hiérarchies traditionnelles"

La construction de Beaubourg a été lancée en 1969, un an après les événements. C'est une des premières décisions de Georges Pompidou, devenu président de la République. "A la fois un musée et un centre de création, où les arts plastiques voisineraient avec la musique, le cinéma, les livres, la recherche audiovisuelle, etc" : ainsi imaginait-il un projet qui lui tenait très à coeur et était loin de faire l'unanimité dans son camp.
"Pompidou ne voit pas les manifestants de Mai 68 comme des trublions, mais comme l'expression d'un mouvement de fond d'aspiration à la culture", souligne Claude Mollard. "La volonté d'être tranversal, de se défaire des hiérarchies traditionnelles a pu se manifester dans la conception même du centre", estime Eric de Chassey, mais pour autant, "le rapport à Mai 68 n'est pas flagrant".

Le "Front des artistes plasticiens"

Une grande partie des artistes qui se sont exprimés en mai 68, notamment ceux regroupés au sein du "Front des artistes plasticiens", percevaient Beaubourg comme un instrument de la droite pour les contrôler. "Il est paradoxal, juge Claude Mollard, qu'au moment où les créateurs prenaient possession de la rue, on ait voulu les mettre dans une boîte", même si elle était très flexible.

Alors que le Centre pompidou vient de fêter ses 40 ans, son président actuel, Serge Lasvignes, veut retrouver "l'esprit initial du centre", rencontre "inattendue" entre un musée, des spectacles vivants, du cinéma, une bibliothèque et un institut de recherche acoustique, "et le mettre à l'épreuve de la vie contemporaine". Il a fait de l'"interdisciplinarité" un des maîtres-mots de son mandat.