"Léopold Sédar Senghor l'Africain universel" : une expo entre poésie et politique

Mis à jour le 31/01/2019 à 10H54, publié le 31/01/2019 à 10H33
Léopold Sédar Senghor en 1974

Léopold Sédar Senghor en 1974

© Bernard Allemane / Ina

A Poitiers où il fut prisonnier pendant la guerre, l'association "Le toit du monde" consacre une exposition à une figure majeure de la poésie francophone, Léopold Sédar Senghor, intitulée "L'Africain universel" . Elle rappelle que l'écrivain eut une importante activité politique, qu'il fut député français avant d'être élu président du Sénégal.

Léopold Sédar Senghor est mort en 2001, il avait 95 ans. Pendant ce presque siècle, il avait eu le temps de vivre plusieurs vies.

Il suit des études littéraires à Paris, rencontrant Aimé Césaire et se liant d'une solide amitié avec un condisciple qui connaîtra lui aussi un destin présidentiel, le jeune Georges Pompidou, également passionné de poésie.
Sa première carrière sera professorale. Léopold Sédar Senghor enseigne les lettres classiques à Tours. Il vient de se faire remarquer en étant le tout premier étudiant originaire d'un pays d'Afrique à décrocher, en 1935, l'agrégation de grammaire.

Bien que naturalisé Français dès 1934, il est versé, à la déclaration de guerre, dans un régiment d'infanterie coloniale composé de combattants africains. Prisonnier de l'armée allemande, il évite par miracle le passage par les armes et reste prisonnier deux ans. Une période qu'il mettra à profit pour écrire de la poésie.

Un poète au gouvernement

Il sera élu en 1945 député du Sénégal et de la Mauritanie alors que les colonies viennent enfin d'acquérir le droit d'avoir des représentants à l'Assemblée nationale. Il le restera jusqu'en 1958, siégeant sur les bancs de la gauche. De 1955 à 1956, le poète intègre le gouvernement français, il est alors secrétaire d'État à la présidence du Conseil dans le gouvernement mené par Edgar Faure. Il participera à la rédaction de la constitution de la Ve République.

Très actif avant la vague d'indépendances autour de 1960, Sédar Senghor devient cette anne-là le premier président de la République du Sénégal. C'est lui qui rédige les paroles de l'hymne du pays "Le lion rouge".

Reportage : France 3 Poitou-Charentes I. Gallou / F. Tabuteau / P. Ritaine

Chantre de la négritude

Tout au long de sa vie et de sa longue carrière politique, il ne cessera d'écire de la poésie. Il sera même, avec des personnalités comme Aimé Césaire, Birago Diop ou Jacques Rabemananjara à l'origine d'un courant appelé la "négritude" né dans l'entre deux guerres. Elargissant son champ bien au delà de l'Afrique elle-même, Senghor la définissait ainsi :

La négritude est un fait, une culture. C'est l'ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d'Afrique et des minorités noires d'Amérique, d'Asie, d'Europe et d'Océanie

Léopold Sédar Senghor

Doux poète, dur politique

Mais au pouvoir, Senghor ne reste pas le doux poète qui chante son pays. Son régime se durcit et il incarcère des opposants, souvent d'anciens proches. Après mai 68 qui a aussi ébranlé son pouvoir, Senghor "fait le ménage" dans le pays. Il expulse les étudiants étrangers et de crise en crise, il est contraint de démissionner en 1980, ne terminant pas son cinquième mandat de président. Entre-temps, son régime a révoqué le multipartisme avant d'y revenir.

Un des pères de la Francophonie

Mais le personnage est toujours auréolé de sa gloire de poète. Avec quelques autres personnalités du monde francophone comme Norodom Sihanouk ou Habib Bouguiba, Senghor est reconnu comme l'un des pères de la Francophonie.

Premier Africain sous la Coupole

Elu en 1983 à l'Académie française, il est le premier Africain (une nouvelle fois) à faire son entrée sous la coupole. François Mitterrand alors président de la Républque assistera à sa réception.

Senghor prendra toujours position contre le racisme. 

Les racistes sont des gens qui se trompent de colère.

Léopold Sédar Senghor


Contraitrement à Césaire, Léopold Sedar Senghor a toujours prêché la primauté du culturel sur le politique. Il meurt en France en 2001 et ses obsèques sont célébrées à Dakar. Comme un symbole, son fauteuil d'académicien ira à Valéry Giscard D'estaing.