Radio France : le CSA destitue Mathieu Gallet au nom de "l'intérêt général"

Mis à jour le 01/02/2018 à 10H33, publié le 31/01/2018 à 15H48

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Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a annoncé mercredi dans un communiqué avoir "décidé de retirer son mandat" au président de Radio France Mathieu Gallet, condamné le 15 janvier pour favoritisme lorsqu'il dirigeait l'Ina, ce qui avait poussé le gouvernement à réclamer son départ. Dans la soirée, le CSA a assuré avoir pris cette décision au nom de "l'intérêt général" et du "bon fonctionnement.

Auparavant, réagissant à la décision annoncée par le CSA, les avocats de Mathieu Gallet, Christophe Ingrain et Rémi Lorrain, ont déclaré : "C'est une décision que nous regrettons profondément. La pression de l'État a été plus forte que la présomption d'innocence." La défense de Mathieu Gallet s'est exprimée avant de prendre connaissance des motifs de la décision précisés mercredi soir.

Dans les motifs de sa décision publiés en fin de journée, le CSA a récusé avoir cédé à une quelconque influence politique, assurant n'avoir tenu compte que de l'"intérêt général" et du "bon fonctionnement" de Radio France, lequel nécessite des relations "denses, confiantes et permanentes" entre son PDG et l'État. La défense de Mathieu Gallet a réservé sa décision quant à un éventuel recours devant le Conseil d'État.

Le CSA avait précisé plus tôt, dans un communiqué, que la mesure s'appliquait "à compter du 1er mars", à la suite de la condamnation de Mathieu Gallet pour favoritisme lorsqu'il dirigeait l'Institut national de l'audiovisuel, qui avait poussé le gouvernement à réclamer son départ.

De son côté, la ministre de la Culture Françoise Nyssen a rappelé la "position très claire" du gouvernement, à savoir que "l'exemplarité" est "une condition absolue de bonne gouvernance et de légitimité" pour les dirigeants des services publics.

Condamné à une peine de prison avec sursis

Mathieu Gallet a été condamné le 15 janvier à un an de prison avec sursis et 20.000 euros d'amende, pour avoir favorisé deux sociétés de conseil lorsqu'il présidait l'Institut national de l'audiovisuel. Depuis, il était sur la sellette. Le dirigeant, qui n'a cessé de protester de son innocence, avait fait appel et refusé de démissionner, mais la ministre de la Culture Françoise Nyssen avait jugé son maintien en fonctions "inacceptable", et appelé l'intéressé et le CSA à "tirer les conséquences" de sa condamnation.

C'est le CSA lui-même qui avait nommé Mathieu Gallet à la tête de Radio France en 2014, à la surprise générale, faisant du fringuant dirigeant de l'INA, qui vient d'avoir 41 ans, le plus jeune patron de la radio publique. Cette décision est un coup d'arrêt pour celui qui avait jusqu'ici connu une trajectoire météoritique dans l'univers des médias.

Mathieu Gallet était parvenu à surmonter plusieurs épreuves au début de son mandat à Radio France, notamment une polémique sur le coût de rénovation de son bureau et sur ses dépenses en communication, ainsi qu'une grève historique d'un mois contre des suppressions de postes. Mais il pouvait se prévaloir d'un bilan solide, avec des finances qui devraient revenir à l'équilibre cette année et des audiences record, comme il a eu l'occasion de l'expliquer lors de sa longue audition lundi au siège du CSA.

Jean-Luc Vergne va assurer l'intérim

Conséquence de ce départ forcé du dirigeant, c'est le doyen des administrateurs de Radio France nommés par le CSA qui va devoir assurer l'intérim à la tête du groupe public, comme le prévoient les statuts du groupe. Il s'agit de Jean-Luc Vergne, 69 ans, ancien DRH de plusieurs grands groupes (Sanofi, Elf Aquitaine, PSA, BPCE), qui n'avait pas d'expérience de l'audiovisuel avant d'intégrer le conseil d'administration de Radio France, fin 2016.

Comme l'a indiqué récemment son président Olivier Schrameck, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a l'intention de désigner un successeur à Mathieu Gallet, en vertu des règles actuelles, un processus qui prendra plusieurs mois.

Le gouvernement veut confier le pouvoir de nommer et révoquer les dirigeants de l'audiovisuel public aux conseil d'administration des sociétés concernées, une mesure qui devrait figurer dans un projet de loi attendu en fin d'année.

Le syndicat SNJ réclame une suspension de la réforme de l'audiovisuel public

"Aujourd'hui sans capitaine, le navire Radio France, qui pourtant affiche des résultats d'audience exceptionnels, n'a plus ni gouvernail, ni boussole", s'est inquiété le Syndicat national des journalistes, réclamant une suspension de la réforme de l'audiovisuel public.

Un projet de loi doit présenté avant la fin de l'année et les patrons de l'audiovisuel public sont censés remettre ce vendredi à la ministre de la Culture des propositions communes en vue de réaliser des "synergies" au sein du secteur.