Le chanteur Bertrand Cantat accablé par une enquête journalistique

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/12/2017 à 16H21, publié le 30/11/2017 à 18H49
Bertrand Cantat dans son box lors de son procès à Vilnius, en Lituanie, pour le meurtre de Marie Trintignant. Mars 2004. 

Bertrand Cantat dans son box lors de son procès à Vilnius, en Lituanie, pour le meurtre de Marie Trintignant. Mars 2004. 

© PETRAS MALUKAS / AFP

Le journal Le Point a publié le 29 novembre, deux jours avant la sortie d'un nouvel album solo du chanteur, une enquête revenant sur le passif violent de Bertrand Cantat, avant même le drame de Vilnius. Des violences que son épouse Kristina Rady, suicidée en 2010, aurait tues lors du procès, incitant les membres de Noir Désir à faire de même. Ce qu'ils ont démenti en bloc vendredi 1er décembre.

Tout le monde connaît l'histoire tragique de cette nuit du 26 au 27 juillet 2003, à Vilnius, en Lituanie. Après une violente dispute entre Bertrand Cantat et Marie Trintignant, et les coups assénés par le chanteur, Marie tombe dans le coma. Rapatriée en France quelques jours plus tard, elle y décède le 1er août 2003. Son dossier médical mentionne "dix-neuf coups au visage et au corps". 

"Je savais qu'il avait frappé Kristina, mais, ce jour-là, nous avons tous décidé de mentir" 

Et si Marie Trintignant n'était que la face émergée de l'iceberg? C'est la question que pose l'enquête du Point, publiée le 29 novembre, et intitulée : "Bertrand Cantat, enquête sur une omerta". L'article revient notamment sur l'histoire entre Kristina Rady et Bertrand Cantat, mariés en 1993. Cette épouse qui déclare, au moment du procès pour la mort de Marie Trintignant, ouvert à Vilnius le 16 mars 2004, que "Bertrand n'a jamais levé la main sur quiconque avant le 27 juillet 2003. Ni sur moi, ni sur une autre". 

Un son de cloche tout à fait différent de ce que raconte, des années plus tard, au Point, un ancien membre du groupe Noir Désir, sous couvert d'anonymat : "Je savais qu'il avait frappé la femme avec qui il était avant Kristina. Je savais qu'il avait tenté d'étrangler sa petite amie, en 1989. Je savais qu'il avait frappé Kristina. Mais, ce jour-là, nous avons tous décidé de mentir." (Vendredi 1er décembre, les membres de Noir Désir ont démenti ces informations et nié en être à l'origine).

A Vilnius, comme le rappelle Le Point, Cantat n'avait fini par être condamné qu'à huit ans de réclusion pour "meurtre commis en cas d'intention indirecte indéterminée".

"Elle était prête à tout pour lui, jusqu'à lui pardonner sa violence"

L'enquête creuse par ailleurs du côté des parents de Kristina : Ferenc Rady, son père, et Csilla Rady, sa mère. Ferenc Rady a ainsi déclaré au Point que Kristina "sublimait Bertrand. Elle était prête à tout pour lui, jusqu'à lui pardonner sa violence", y compris après le drame de la mort de Marie Trintignant. L'hebdomadaire rappelle que les tensions entre le chanteur et son épouse étaient liées à un homme, François Saubadu, agent d'artistes et amant de Kristina Rady à partir d'avril 2009.

Le Point s'est procuré un mail envoyé par Kristina à François, le 13 juillet 2009, dans lequel elle écrit : "Il me harcèle et s'il apprend quoi que ce soit, ce sera la fin de mon histoire ici bas." Le même jour elle laisse "un message glaçant" sur le répondeur du téléphone du domicile de ses parents, en Hongrie. Elle y raconte les violences répétées de son mari, son désespoir, et ajoute : "J'espère qu'on (Bertrand et moi, ndlr) va pouvoir s'en sortir et que vous pourrez encore entendre ma voix, et sinon, alors vous aurez au moins une preuve que..." 

Un suicide polémique

Le 10 janvier 2010, Kristina se pend dans sa chambre, dans sa demeure à Bordeaux. C'est son fils de 12 ans, Milo, qui retrouvera le corps sans vie de sa mère. L'enquête a rapidemment conclu au suicide. Trop rapidemment pour Yael Mellul, avocate spécialiste des violences faites aux femmes et qui s'est penchée sur l'affaire en 2013. Interrogée par Le Point, elle souligne que "le juge d'application des peines n'a même pas été entendu. Et pourtant, à l'époque, Cantat était encore soumis à des obligations à son égard : à la moindre plainte pour violence conjugale, c'était retour à la case prison." 

L'enquête relance la polémique sur Bertrand Cantat, déjà amplement nourrie par la Une des Inrocks sur l'album solo du chanteur qui avait vivement fait réagir les réseaux sociaux. Marlène Schiappa, la secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes s'était même fendu sur Twitter d'un : "Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coups de poing?" Le magazine "Elle" avait par la suite publié un éditorial intitulé "Au nom de Marie". 
A gauche, la Une des Inrocks sur Cantat, à droite, l'édito de Elle Magazine. 

A gauche, la Une des Inrocks sur Cantat, à droite, l'édito de Elle Magazine. 

© Les Inrockuptibles / Elle Magazine

Les parents de Kristina ne poursuivront pas leur combat pour la vérité

A l'heure actuelle, Bertrand Cantat n'est plus inquiété par la Justice. La demande de réouverture du dossier Kristina Rady, à l'initiative de François Saubadu et l'avocate Me Yael Mellul s'était soldée par un échec, notamment parce que les parents de Kristina souhaitaient clore l'histoire pour "l'intérêt de leurs petits-enfants". En 2016 Ferenc et Csilla Rady ont même soutenu Cantat dans sa plainte pour diffamation contre François Saubadu.