La France renonce à l'Exposition universelle 2025 : après la surprise, la colère

Mis à jour le 21/01/2018 à 19H39, publié le 21/01/2018 à 11H32
A Nancy, en avril 2016, la sphère de la tournée régionale ExpoFrance 2015 pour la promotion de la candidature de la France à l'Exposition Universelle de 2025.

A Nancy, en avril 2016, la sphère de la tournée régionale ExpoFrance 2015 pour la promotion de la candidature de la France à l'Exposition Universelle de 2025.

© NCY/PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPP

La Coupe du monde de rugby 2023, les jeux Olympiques 2024 mais pas l'Exposition universelle 2025 : la France a retiré sa candidature à l'organisation de l'Exposition invoquant le risque financier, au grand dam des promoteurs du projet. Les raisons de ce revirement surprise d'Emmanuel Macron.

La France retire sa candidature à l'organisation de l'Exposition universelle de 2025 : le Premier ministre Edouard Philippe l'a annoncé samedi 20 janvier dans une lettre officielle révélée par le Journal du dimanche (JDD). 

"J'ai décidé de ne pas donner suite à la candidature de la France à l'exposition universelle, qui sera retirée", écrit le chef du gouvernement à Pascal Lamy, président du Groupement d'intérêt public Expofrance 2025, qui porte la candidature française, dans ce courrier cité par le JDD sur son site internet. La candidature française, bâtie autour du pôle scientifique et technologique de Paris-Saclay, au sud de la capitale, avait été déposée fin septembre auprès du Bureau international des expositions (BIE).

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Un risque pour les finances publiques

Le Premier ministre pointe notamment les "faiblesses structurelles" du modèle économique du projet français et précise que dans le contexte de "redressement de nos finances publiques", il refuse de "grever l'avenir (...) d'engagements supplémentaires non maîtrisés". Selon le JDD, la maire de Paris Anne Hidalgo, la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse et le président du comité de candidature Jean-Christophe Fromentin ont également été informés samedi de la décision.

"Je ne me retrouve pas dans cette France qui renonce, qui recule ou qui s'excuse", a réagi sur Twitter Jean-Christophe Fromentin. "Alors que nous pouvions après le rugby en 2023 et les JO en 2024 recevoir le monde avec l'expo universelle en 2025, cette décision est incompréhensible", a tweeté le vice-président du comité d'organisation, Luc Carvounas.

Un manque de partenaires privés

Dans sa lettre adressée à Pascal Lamy, ancien directeur de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), Edouard Philippe estime que les engagements qu'il avait demandés fin septembre concernant la "solidité du dispositif opérationnel proposé par la France" ne sont pas tenus. Pour le Premier ministre, le projet français n'a pas les moyens de se redresser dans "le délai qui nous sépare de la visite de la commission d'enquête du BIE" prévue à la mi-mars. Dans son courrier, Edouard Philippe relève également que "la marge d'aléas" du projet "ne permet pas d'absorber certaines hypothèses de fréquentations défavorables".

La crainte d'une faible participation

Les scénarios envisagés tablaient sur une fréquentation comprise entre 35 et 40 millions de visiteurs avec une hypothèse haute à 65 millions. Mais une fréquentation comparable à celle de l'Expo qui s'est tenue à Milan en 2015 (environ 20 millions de visiteurs) entraînerait une chute des recettes (de 1,3 milliard à 455 millions d'euros) qui représente un risque pour les finances publiques, selon Matignon. Edouard Philippe a mis enfin en avant, selon le JDD, le manque de partenaires privés prêts à s'engager.


Le retrait de la France laisse la voie libre aux trois autres pays candidats pour accueillir l'Exposition de 2025 : la Russie (Ekaterinbourg), le Japon (Osaka) et l'Azerbaïdjan (Bakou). Le choix du pays hôte doit être annoncé le 15 novembre 2018. L'Exposition universelle doit se tenir du 1er mai au 31 octobre 2025.

La bronca des soutiens 

Le présidente de l'Ile-de-France Valérie Pécresse (LR) a dénoncé une "décision précipitée, soudaine", le Premier ministre ayant "unilatéralement décidé que le modèle économique ne lui convenait pas". "Je ne voudrais pas que finalement l'Etat recule sur tous les grands projets d'investissements structurants de ce pays", a-t-elle ajouté au Grand jury RTL/Figaro/LCI, disant sa crainte d'un abandon du projet de la ligne de métro 18 du Grand Paris Express alors que des arbitrages de l'exécutif sont attendus dans la semaine.

Jean-Christophe Fromantin (DVD), président du comité de candidature, a vivement réagi sur Twitter: "Je ne me retrouve pas dans cette France qui renonce, qui recule ou qui s'excuse".
"Incompréhensible" et "triste" que le Premier ministre "décide seul d'annuler un projet porté par les territoires depuis 7 ans", a aussi tweeté le vice-président du comité d'organisation, Luc Carvounas (PS). L'Exposition "était l'occasion pour la France de s'adresser au monde, de réaffirmer ses valeurs universelles et de promouvoir ses talents culturels et scientifiques", a déploré le Parti socialiste, le pays n'ayant plus accueilli d'exposition universelle depuis 1900.
 
"J'ai vu beaucoup d'élus: personne ne comprend la brutalité de cette décision" qui est "mauvaise et sur le fond, et en termes de méthode, et pour l'image de la France à l'extérieur", a lancé l'ancien Premier ministre et député (app. LREM) de l'Essonne Manuel Valls.

Le président du groupe EELV au Conseil de Paris, David Belliard, a jugé que "les JO 2024 -et leurs coûts !- ont bien tué le projet". Des entrepreneurs sont aussi montés au créneau contre la décision d'Edouard Philippe, tel Jean-Charles Simon, candidat à la présidence du Medef, selon qui ce projet était "bien plus structurant" que celui des JO.   

Disant au micro de BFMTV "comprendre la déception", le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a jugé qu'"il faut être responsable, ne pas multiplier les grandes événements comme ça".